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Son histoire

Présentation générale

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Nous rappellerons sur ce site l'histoire de l'Eglise Evangélique Méthodiste avec d'abord une esquisse biographique de John Wesley, qui a été l'instrument de Dieu pour le développement de ce mouvement de réveil à la base de ce qui est devenu une Eglise à dimension mondiale.

Son expansion dans le monde, du 18e siècle. à nos jours, fait l'objet d'une nouvelle page.

Nous nous concentrerons ensuite sur l'histoire spécifique des Eglises composant l'EEM, ses antécédants avec à la fois la branche épiscopalienne et celle de l'"Evangelische Gemeinschaft", son implantation actuelle en Alsace-Lorraine comme dans le Sud-Ouest.

Son mode de fonctionnement, ses caractéristiques propres sont aussi détaillées, tant dans sa piété que dans son ouverture au monde (évangélisation, action sociale).

Patrick Streiff, évêque de la Conférence Centrale du Centre et du Sud de l’Europe (CCCSE) trace de son côté l’histoire du méthodisme francophone en Europe.

Nous remercions le pasteur Frédéric Delforges de nous avoir autorisé à reprendre un de ses articles historiques sur John Wesley et l'origine du méthodisme.

Nos autres sources sont des documents internes à l'EEM.

Fichier pdf de ce dossier sur l’histoire de l’EEM

John Wesley à l'origine du méthodisme

Son histoire

John Wesley à l’origine du méthodisme

John Wesley à l'origine du méthodisme

Les débuts de son engagement

L'anglais John Wesley se trouve à l'origine du méthodisme, le dernier mouvement important issu de la Réforme. Avec John Wesley, le piétisme atteint les masses populaires anglo-saxonnes du XVllle siècle et créé une nouvelle Eglise, l'Eglise Méthodiste, qui joue un rôle intéressant au sein de l'Eglise universelle. Le fondateur de cette nouvelle Eglise, John Wesley, naît le 17 juin 1703 à Epworth (Lincolnshire), au foyer d'un pasteur de l'Eglise anglicane. Il connaît la stricte pédagogie d'une mère à la fois douce et ferme.

L'enfant n'a pas encore six ans quand le presbytère d'Epworth brûle dans la nuit du 9 février 1709; sauvé de justesse, John se considère comme un «brandon arraché des flammes» ; et cette image devient son emblème. En juin 1720 John entre au collège de «Christ Church», à Oxford. Pendant cinq ans il mène la vie habituelle des autres étudiants, tout en s'appliquant à l'étude des langues anciennes et de la philosophie. En 1725, après la lecture et la méditation de l' «Imitation de Jésus-Christ» et d'ouvrages de Jeremy Tailor, il décide de réformer sa vie, de l'organiser selon un emploi du temps strict, de la consacrer à la piété. En septembre 1725, il est ordonné diacre de l'Eglise anglicane et s'engage ainsi dans le ministère pastoral. En 1726 il est nommé professeur au Lincoln's Collège d'Oxford, ce qui lui procure l'indépendance financière. Après avoir passé quatorze mois comme vicaire auprès de son père malade, il revient à Oxford. Avec son frère Charles et quelques amis, il fonde un Club de sainteté («Holy Club»). Par ironie, compte tenu de l'application et de la méthode de ceux qui composent ce 'Club', on les appelle «Méthodistes». Sobriquet qui subsistera bien au-delà du groupe d'amis qui communient fréquemment, visitent les malades, les pauvres, les prisonniers, qui étudient avec soin les Ecritures, qui prient avec ferveur. En 1735 se produit un événement important pour la vie des deux frères. Ils s'embarquent pour la Géorgie (Sud des Etats-Unis) sous le patronage de la «Société pour la Propagation de l'Evangile». Charles ne reste que sept mois aux Etats-Unis.

Sa conversion

John quitte l'Amérique à la fin de 1737. L'expérience a été décevante. Convaincu d'avoir échoué dans sa fonction, il retourna en Angleterre. Pendant son voyage de retour, il nota dans son journal: «Je suis allé en Amérique afin de convertir les Indiens. Mais qui me convertira, moi?» Mais au cours de ce voyage et lors de son retour à Londres, John Wesley a rencontré des Frères Moraves qui lui ont ouvert de nouvelles perspectives de vie. Ces chrétiens, qu'anime le comte de Zinzendorf, lui font partager leurs expériences spirituelles et leur consécration totale à Dieu. Un Allemand de la Communauté des Frères Moraves fondée par Zinzendorf, s'employa à faire connaître à John Wesley le chemin qui mène à la foi vivante. Et le 24 mai 1738, John Wesley connaît une vie totalement nouvelle. Ce jour-là, au cours d'une réunion qui a lieu à Aldersgate (Londres), on lit la préface de Luther à l'épître aux Romains.

John Wesley a alors la certitude que Christ l'a sauvé «de la loi du péché et de la mort» ; en une véritable conversion, il s'abandonne totalement à Dieu. L'événement le bouleverse: «J'ai senti mon coeur saisi d'une manière étrange. Je ressentais que je faisais confiance au Christ, uniquement à la délivrance par Jésus-Christ, et soudain j'eus la conviction qu'il avait enlevé mes péchés, oui les miens, et qu'il m'avait délivré de la loi du péché et de la mort.» Il ne s'agissait pas d'une approbation strictement intellectuelle de thèses dogmatiques, mais d'une foi vivante, d'une foi qui vient du coeur. La Bible appelle ce bouleversement «conversion» ou «nouvelle naissance». Les grands Réformateurs eux-mêmes nous relatent, avec plus ou moins de détails, une telle expérience.

Son ministère d'évangéliste


John Wesley commence dès lors un nouveau ministère d'évangéliste. Dans son ministère de prédicateur itinérant, il témoigne en 1738 d'un nouvel élan de vie et confesse cette foi vivante, partout où il en avait la possibilité. Il se rend ensuite à Herrnhut (Saxe) chez le comte de Zinzendorf. La vie des Frères Moraves est pour lui source d'enrichissement spirituel et de joie. A son retour de Saxe, John Wesley se heurte rapidement à l'hostilité de l'Eglise établie, qui n'accepte pas d'autre style de piété que la sienne. Un fidèle compagnon de Wesley, George Whitefield (1714-1770), que l'on peut considérer aussi comme fondateur de l'Eglise Méthodiste, rompt alors avec les traditions anglicanes. Ne pouvant plus prêcher dans les églises, il s'adresse en plein air à de vastes auditoires. John et Charles Wesley en font autant. A partir de 1739, ils parlent eux aussi en plein air à des foules heureuses d'entendre prêcher la justification par la foi et le salut pour tous. Avec ces quelques collègues d'études, il parcourut l'Angleterre en prêchant l'Evangile. Cette prédication suscita l'intérêt des foules si bien que l'on chercha un nom pour ce phénomène et l'on eut recours à nouveau à l'ancienne dénomination de «méthodistes». Il faut cependant observer qu'il existe une différence entre la piété légaliste de l'ancien groupe d'étudiants sur nommés méthodistes et cette proclamation de la foi vivante, selon l'Evangile. C'est de cette foi vivante que John Wesley a également parlé lors d'un sermon prononcé dans une circonstance solennelle à l'université d'Oxford. Les autorités universitaires, à la fin du culte, lui réclamèrent le manuscrit du sermon afin d'en vérifier la conformité doctrinale avec l'Eglise d'Angleterre. John Wesley le fit publier sous le titre «La foi qui sauve». Plus tard il fut incorporé, avec d'autres sermons, dans les textes fondamentaux du méthodisme. La foi qui est la confiance venant du coeur, demeure l'affirmation centrale du méthodisme.

Son rapport avec l'Eglise Anglicane

Au début, c'est entre Londres et Bristol que circulent les deux frères John et Charles. Mais en 1742 John se rend à Newcastle; jusqu'à sa mort en 1791, c'est dans toute l'Angleterre qu'il exerce son ministère itinérant, à raison de 6 à 8000 km par an. Mais il se rend aussi en Irlande et en Ecosse, sans compter quelques brefs voyages sur le continent. Beaucoup d'ecclésiastiques expriment de sérieuses réserves sur le ministère de John Wesley. Sommé par l'évêque de Bristol de cesser toute prédication en plein air dans son diocèse, John Wesley répond: «Les ordres qui m'ont été conférés m'ont fait ministre de l'Eglise universelle.» Avec pour corollaire la liberté d'annoncer l'Evangile partout où c'est possible.


John Wesley n'a plus jamais exercé les fonctions de pasteur, mais a oeuvré comme évangéliste libre en Angleterre, et ce dans le cadre de l'Eglise Anglicane. Pasteur de cette Eglise officielle, il ne songe pas à la quitter. Il y organise une sorte de «mission intérieure» dont il est le directeur. Souvent déchiré par les tendances séparatistes d'un certain
 nombre de ceux qui le suivent, il essaie de demeurer dans le cadre de l'Eglise anglicane; en 1758 il publie même «Douze raisons contre une rupture avec l'Eglise anglicane». Ainsi ceux qui avaient été touchés par ses prédications, tout en restant membres de l'Eglise Anglicane, se rassemblèrent dans des groupes comparables aux actuels cercles bibliques de quartiers. Certes, l'Eglise Anglicane, alors consciente de son déclin avait encouragé de petites réunions visant à l'édification religieuse: Wesley avait depuis longtemps des relations avec l'un de ces cercles qui se réunissait à Londres à Fetter-Lane. Il retint la formule, mais il en renouvela l'esprit et l'organisation, lui assurant ainsi un remarquable succès. Il rassembla ses adeptes en «cercles bibliques réunis» pour lesquels il rédigea les «Règles Générales» (qui font partie de la «profession de foi» du méthodisme ). On y lit: «On attend de ceux qui veulent rester dans les cercles bibliques qu'ils prouvent leur soif de salut par des gestes de bienfaisance. . . , qu'ils enseignent, corrigent et exhortent tous ceux qu'ils fréquentent.» Cet accent explique que l'on définisse parfois le méthodisme comme le «christianisme pris au sérieux». Il ne faut pas comprendre la formule comme une expression d'orgueil ou de supériorité; en effet, c'est une évidence que dans toutes les églises, la foi devrait être vécue avec la même volonté de sérieux. Pour Wesley, il serait tout aussi vain d'attendre le don de la foi vivante pour commencer à faire le bien que Dieu désire, que de rechercher la justice qui compte devant Dieu en faisant des oeuvres bonnes qui tiendraient lieu de foi.

Le style de piété

Avec le méthodisme, c'est ainsi un nouveau style de piété qui se manifeste, en particulier dans la forme du culte et dans le chant. L'accent est mis sur la conversion et la sanctification du croyant. Les laïcs jouent un rôle important dans l'évangélisation, la prédication et l'enseignement. Mais le méthodisme c'est aussi une nouvelle théologie, et donc des discussions théologiques souvent vives.
Un des thèmes dominants du message de Wesley est celui de la grâce: la grâce de Dieu offerte sans distinction à tous les hommes, quels qu'ils soient, comme une offre gratuite de la vie nouvelle. Cette offre de Dieu, les hommes ont à l'accepter et à y répondre par la foi. C'est ce qu'affirme John Wesley dans son sermon «Libre miséricorde», imprimé tout d'abord sous forme de tract, puis incorporé dans la collection de ses sermons; c'est aussi ce qu'exprime son frère Charles dans de nombreux cantiques, en particulier celui qui s'intitule «Rédemption universelle». John Wesley, toutefois, a eu la douleur de voir son ami très proche, le grand prédicateur George Whitefield, adhérer à la doctrine calviniste de la double prédestination, d'après laquelle, selon un décret divin, certains sont destinés au salut, et les autres à la damnation; inversement, certains méthodistes ont poussé à l'extrême l'affirmation d'un salut universel, indépendant de toute acceptation de la part de ceux auxquels il s'adresse; néanmoins, ni Wesley, ni l'église méthodiste durant toute son histoire n'ont jamais inclus ces doctrines dans leur enseignement. Ils ont par contre annoncé joyeusement la bonne nouvelle du salut offert gratuitement à tous, cette grâce prévenante faisant appel à une libre réponse de l'homme qui engage sa responsabilité.

Son rapport avec les autres Eglises

C'est en tant que mouvement d'évangélisation au sein de l'Eglise anglicane que le méthodisme a commencé. Ses propres convictions religieuses ont pris forme dans la confrontation avec différents points de vue théologiques. John Wesley ne s'est jamais considéré comme l'unique représentant véritable de la foi chrétienne. Dans un sermon intitulé: «L'esprit oecuménique», John Wesley prend ses distances par rapport à l'indifférentisme doctrinal. En se fondant pourtant sur le propos de Jéhu à Jonadab (2 Rois 10:15): «Ton coeur est-il sincère, comme mon coeur l'est envers le tien?», John Wesley affirme que la pensée oecuménique, c'est l'amour oecuménique. Fort de cette conviction, il aimerait tendre la main aux autres, comme Jéhu l'a tendue à Jonadab. Il termine son propos par l'exhortation: «Prends garde à toute versatilité dans le jugement ainsi qu'à toute étroitesse de coeur! Garde le même pas, enraciné dans la foi qui a été transmise aux chrétiens une fois pour toutes et fondée sur l'amour, le vrai amour oecuménique, jusqu'à ce que tu sois englouti dans l'amour, d'éternité en éternité.» Cette conception généreuse a eu pour effet que les groupements méthodistes n'ont pas toujours revendiqué comme leurs les mouvements dont ils étaient à l'origine. L'Eglise Méthodiste a souvent refusé de s'enfermer en elle-même pour considérer la relation avec les autres comme prioritaire. C'est dans cette ligne que se comprennent la collaboration et la fusion occasionnelles avec d'autres églises. En Suisse et en France, l'Eglise Evangélique Méthodiste est affiliée à diverses fédérations d'églises protestantes ainsi qu'à des groupes de travail chrétiens. Il existe aussi une collaboration avec d'autres églises en ce qui concerne la mission et les oeuvres sociales.


Parmi les thèmes controversés qui déchirèrent des hommes aussi proches que Wesley et Whitefield, en 1741, la prédestination et de l'universalisme du salut: à cause de leurs divergences de vue, ils se séparent. C'est une grande perte pour l'oeuvre de Wesley, car Whitefield est un remarquable «revivaliste» et un excellent directeur d'âmes.

La mise en place de la première   Conférence (Synode)

Pourtant il fonde des chapelles là où le besoin s'en fait sentir; en 1739 à Bristol; puis à Londres, dans une ancienne fonderie de canon, d'où son nom: «Foundry». C'est dans cette Foundry que se tient du 25 au 30 juin 1744 une réunion considérée comme le premier synode méthodiste; aux côtés de Charles et de John Wesley se retrouvent quatre pasteurs anglicans et quatre prédicateurs laïcs. Wesley accepte l'épiscopat historique de l'Eglise Anglicane, tout en affirmant que le Saint-Esprit peut constituer un épiscopat charismatique; c'est ainsi qu'il agit en évêque à l'égard des Eglises des Etats-Unis : il ordonne un surintendant et deux pasteurs destinés aux anciennes colonies britanniques (1784). Il finit donc par y avoir rupture entre Wesley et l'Eglise anglicane, et création d'une nouvelle Eglise appelée «Méthodiste», une Eglise qui tente d'adapter l'Evangile à un XVllle siècle en pleine effervescence. Le monde occidental commence à connaître les perspectives nouvelles nées de la révolution industrielle, mais aussi les nombreux et douloureux problèmes posés par une industrialisation rapide et souvent désordonnée. Si une minorité profite largement du développement industriel, les classes laborieuses vivent en permanence dans l'insécurité et la menace de la mort; aussi l'ivrognerie, le jeu, la prostitution, la mendicité, la violence augmentent-ils tout au long d'un siècle qui est plus celui de la démoralisation que de l'immoralité.

Le combat de Wesley


Le combat mené par Wesley se situe donc sur plusieurs fronts. Sous son influence naissent des sociétés d'éducation (en particulier les écoles du dimanche), des sociétés missionnaires, des sociétés de diffusion de la Bible, mais aussi des groupements pour la lutte contre l'esclavage, des mouvements en vue de réformes sociales et politiques. Quand John Wesley meurt le 2 mars 1791, il y a environ 70000 méthodistes en Grande-Bretagne. Mais Georges III, qui règne de 1760 à 1820, ne reconnaît pas d'autre Eglise que l'Eglise Anglicane. C'est seulement sous George IV que l'Acte d'Emancipation (1829) résout le problème religieux en Grande-Bretagne en accordant la pleine citoyenneté aux non-conformistes (donc aux méthodistes) et aux catholiques romains. Au cours de sa vie, John Wesley voit se produire des événements qui modifient considérablement la physionomie du monde, y compris du monde britannique. C'est ainsi qu'au cours des dernières années de sa vie il assiste à la naissance des Etats-Unis d'Amérique et au début de la Révolution Française. Mais en toute circonstance, il veut être et demeurer évangéliste, témoin du Dieu de Jésus-Christ. On lui doit cette phrase célèbre: «Je considère le monde entier comme ma paroisse, par où je veux dire que, en quelque partie du monde que je me trouve, je considère que c'est mon droit et mon devoir strict d'annoncer à tous ceux qui veulent m'entendre la bonne nouvelle du salut."


d'après F. DELFORGE

Voir aussi

Biographie condensée de John Wesley, apôtre des foules, pasteur des pauvres

Biographie condensée de F. Lovsky (Merci à Réveil Digeste Chrétien        N°11/1951)

L'expansion du méthodisme

Son histoire

L’expansion du méthodisme

LE MÉTHODISME AUX ETATS-UNIS

C’est par divers groupes d’émigrants que, dans la deuxième moitié du XVlIIe siècle, la pensée méthodiste a été apportée dans le Nouveau Monde. Lorsque certaines colonies britanniques d’Amérique du Nord se rendirent indépendantes en 1783, il se produisit, dans les États-Unis nouvellement créés, un vide religieux, car les ecclésiastiques anglais fidèles à la royauté étaient retournés dans leur patrie.

C’est dans ces circonstances que fut fondée, à Noël 1784, l’Église Méthodiste Épiscopale, plus tard dénommée “ The United Methodist Church ” (UMC) — Église Évangélique Méthodiste (EEM) -, qui entreprit aussitôt une œuvre d’évangélisation et d’édification dont le rayonnement allait au-delà des barrières linguistiques existantes.

En Grande-Bretagne, le méthodisme, même après la mort de John Wesley, restait fidèle à la pratique des « cercles d’édification » au sein de l’Église anglicane, il n’en fut pas de même aux États-Unis, où la constitution politique interdisait la reconnaissance d’une église d’État : le méthodisme s’y organisa en église indépendante. Celle-ci institua le ministère d’évêque qui consiste à présider les conférences annuelles, ordonner les pasteurs et leur donner une affectation, ainsi qu’à promouvoir l’unité au sein de l’église.

Les méthodistes américains s’organisèrent en église pour faire face à une réalité politique inédite et non pour se distinguer de l’anglicanisme.

LE MÉTHODISME EN FRANCE ET EN SUISSE

En France et en Suisse, le méthodisme était représenté par différentes branches.

La première branche dite wesleyenne était issue du méthodisme anglais et travaillait dans les deux pays. En 1900, elle s’est retirée de la Suisse et a vendu son seul immeuble à Lausanne à l’Église Méthodiste Épiscopale. En France, elle s’est unie à l’Église Réformée de France (ERF) en 1938, à l’exception de quelques églises du Sud-Est regroupées sous la dénomination d’« Église Méthodiste de France » (EMF).

L’Église Méthodiste Episcopale et l’Union Évangélique (« Evangelische Gemeinschaft ») ont leur origine aux Etats Unis. Dans la première moitié du XIXe siècle, en effet, des immigrés de langue allemande qui avaient connu là-bas le mouvement méthodiste écrivaient volontiers à leurs parents et amis restés au pays. Ils leur souhaitaient de connaitre à leur tour cette expérience si différente du rationalisme ambiant.

Ainsi, lorsque les premiers prédicateurs méthodistes de langue allemande arrivèrent en Alsace (1854) et en Suisse (1856), leur présence était déjà souhaitée et sollicitée en maints endroits : le champ était prêt pour la moisson.

L’Église Méthodiste Épiscopale et l’Union Évangélique (« Evangelische Gemeinschaft ») qui avaient une origine commune et avaient entretenu d’intenses relations durant de nombreuses décennies fusionnèrent, en 1968 pour former l’Église Évangélique Méthodiste (en France, l’UEEM).

En 2006, les quelques églises méthodistes issues de la tradition « wesleyenne se sont unies à l’UEEM pour former dorénavant l’Union de l’Église Évangélique Méthodiste de France (UEEMF).

L’article suivant rédigé par l’évêque Patrick Streiff vous fera entrer plus à fond dans l’histoire du méthodisme francophone en Europe. 

Le méthodisme francophone en Europe

Son histoire

Le méthodisme francophone en Europe

Le méthodisme francophone en Europe
par Patrick Streiff, évêque

Actuellement, en 2008, les églises méthodistes en Europe francophone font toutes partie de l’Eglise Evangélique Méthodiste (United Methodist Church). Les statistiques de fin 2006 mentionnent pour la France 20 circuits avec 1153 membres confessants et 568 amis. Une moyenne de 948 adultes et 279 enfants fréquentent les cultes du dimanche. En Suisse romande, 4 circuits rassemblent 322 membres confessants et 193 amis. Lors des cultes du dimanche, une moyenne de 259 adultes et 44 enfants se réunissent. Cette unité dans une seule église méthodiste s’est construite lentement à partir d’une diversité de missions méthodistes. Peu de pays en Europe ont vécu autant de bouleversements dans la présence méthodiste comme la France, bien qu’elle ait été le premier pays en Europe en dehors des territoires britanniques, qui a vu l’arrivée de méthodistes.

1) La branche anglaise du méthodisme et sa mission francophone en Europe (en France 1791-1939 ; en Suisse 1840-1900) 

Un commerçant méthodiste des Iles de la Manche voyagea en Normandie. Il s’aperçut du manque de pasteurs réformés, mais rencontra une ouverture auprès des réformés disséminés pour écouter son témoignage. Un premier missionnaire fut envoyé en 1791. Celui-ci demeura en Normandie pendant toute la période révolutionnaire, puis napoléonienne. Suite aux émeutes contre les protestants à Nîmes en 1814/15, l’intérêt des anglais pour les protestants persécutés fut ranimé. La société de mission méthodiste trouva un nouveau missionnaire à envoyer : Charles Cook. Cook développa et organisa le méthodisme en France pendant quatre décennies (de 1818 jusqu’à sa mort en 1858). Il débuta son ministère en Normandie. Après un voyage dans la région de Nîmes, il élargit la présence méthodiste vers le sud, dans la région du Gard. Partout, il œuvra au sein de l’Eglise réformée.

En 1820, Cook fit également un voyage en Suisse pour faire connaissance avec les personnes engagées dans le réveil. Le réveil du début du XIXème siècle en Suisse romande fut souvent appelé « méthodiste » et ses adeptes « mômiers ». Toutefois, ce « méthodisme » ne fut pas la conséquence directe d’une présence personnelle ou littéraire liée au méthodisme wesleyen. Charles Cook ne revint à Lausanne qu’en 1840 et y créa la base de la première communauté méthodiste (wesleyenne et francophone) en Suisse. Dès les années cinquante, une « école de théologie » pour la formation des futurs prédicateurs en Suisse et en France fut créée à Lausanne.

Cook souligna « l’arminianisme évangélique » des wesleyens (plus tard souvent appelé « arminianisme wesleyen ») en soulignant l’offre de la libre grâce de Dieu pour tous. Un petit nombre d’ouvrages théologiques fut publié dans la première moitié du XIXème siècle. « L’arminianisme évangélique » fut au centre des préoccupations en opposition avec le calvinisme strict dans le réveil genevois. Puis, dans les années quarante, la compréhension de la sanctification et la notion wesleyenne de la perfection chrétienne furent au centre de la controverse avec le darbysme. Lors de la montée du mouvement de sanctification en France dans les années 70, les méthodistes wesleyens espéraient voir son influence sur l’ensemble du protestantisme « évangélique » français. Mais le mouvement fut de courte durée.

La croissance numérique des sociétés méthodistes locales ne fut pas comparable à la croissance du méthodisme dans les Iles de la Manche, en Angleterre ou dans la mission outre-mer. La France était un terrain différent du point de vue de la mentalité des gens, de la situation religieuse et du droit ecclésial. En 1852, les méthodistes français reçurent l’autorisation de créer leur propre conférence annuelle ce qui leur donna une large autonomie par rapport à Londres. Mais trois problèmes majeurs restèrent. Premièrement, une représentation des laïcs à la conférence annuelle, fort nécessaire en France, ne fut possible qu’à la suite de son introduction dans l’Eglise-mère en Angleterre en 1878. Deuxièmement, la création d’une conférence annuelle intensifia l’ambiguïté sur le statut ecclésial de l’œuvre méthodiste. Celle-ci avait commencé à l’intérieur de l’Eglise réformée (concordataire) pour y apporter un renouveau à l’image de la mission initiale du méthodisme en Angleterre. Les méthodistes français y tenaient, mais les critiques interprétèrent la nouvelle autonomie comme une création d’une Eglise indépendante – à l’image de la scission de 1848/49 parmi les réformés. Dorénavant, les méthodistes naviguaient entre un statut interne à l’Eglise réformée (et de son aile évangélique) et un statut indépendant d’Eglise libre. Et troisièmement, la dépendance financière de Londres demeurait un problème.

En 1870, les méthodistes franco-suisses étaient dispersés sur 184 chapelles ou lieux de réunions, 30 pasteurs ou proposants, 22 évangélistes et 101 prédicateurs laïques sur un total de 2.000 membres adultes et environ 2.500 enfants dans les écoles du dimanche. L’influence du mouvement de sanctification des années 70 donnait des ailes à de nouvelles initiatives méthodistes, mais contrairement aux pays alémaniques, les résultats à long terme étaient maigres en France. Londres finança une nouvelle œuvre d’évangélisation, conduite par William Gibson, et dirigée vers la population catholique dans les grandes villes de France. En 1893, une partie de cette œuvre fut réintégrée à la Conférence Annuelle franco-suisse et les cercles dans la banlieue parisienne furent transférés aux Réformés ou au Luthériens les plus proches. Une mission méthodiste en Kabylie, Algérie, fut créée en 1886. Cette mission s’unira plus tard avec celle des méthodistes américains. Vers la fin du XIXème siècle, les méthodistes wesleyens en France devaient faire face à un effectif de membres diminuant et à des dettes financières de plus en plus pesantes. Ils travaillèrent depuis toujours parmi une population très pauvre et n’arrivèrent jamais à créer suffisamment de recettes parmi leurs membres ce qui précipita leur fin. L’œuvre en Suisse romande fut abandonnée en 1900.

Après la première guerre mondiale, la société de mission de Londres poussa les méthodistes en France à abandonner leur indépendance. En 1939, la majorité des méthodistes rejoignit l’Eglise réformée nouvellement réunie. La paroisse anglophone à Paris en fut exclue et les méthodistes anglais y continuèrent jusqu’en 1977. Une petite minorité de méthodistes français garda son indépendance et forma l’Eglise Méthodiste de France. Celle-ci s’est unie à l’Eglise Evangélique Méthodiste en 2005.

2) Les ramifications du méthodisme américain et ses missions francophones (Eglise méthodiste épiscopale 1905-39 en France et à partir de1856 en Suisse romande ; Evangelische Gemeinschaft à partir de 1868 en Alsace ; Eglise méthodiste épiscopale du Sud 1920-69 en Belgique)

Trois ramifications du méthodisme américain œuvraient en Europe francophone. La branche la plus importante, l’Eglise méthodiste épiscopale, commença par un soutien financier à l’œuvre d’origine britannique. Au tournant du XXème siècle, elle voulut intensifier sa mission dans les pays catholiques de l’ouest et du sud de l’Europe. La séparation entre Etat et Eglise en France en 1905 fut considérée comme un signe favorable à l’ouverture d’une mission autonome. Les attentes de succès furent complètement démesurées. Les premiers pasteurs et évangélistes pour la nouvelle initiative venaient des méthodistes d’Italie, de la Suisse romande et du Canada, ou de l’Armée du Salut. En Suisse romande, l’Eglise était présente depuis 1856, mais travaillait essentiellement en allemand. 

Les méthodistes « américains » s’implantèrent à l’est du Rhône où les « britanniques » n’étaient pas présents. L’idée initiale d’atteindre la population ouvrière dans cinq centres urbains échoua, mais les prédicateurs et évangélistes méthodistes furent surpris du bon accueil dans les villages savoyards.  En comparaison avec la stagnation parmi les méthodistes britanniques, l’œuvre des méthodistes « américains » se développa plutôt bien quoique loin derrière les rêveries des débuts. A la suite de la première guerre mondiale, l’Eglise méthodiste épiscopale créa trois diocèses d’évêques en Europe dont un prit résidence à Paris. Les difficultés financières de la société de mission méthodiste aux Etats-Unis au milieu des années vingt ne permirent pas de réaliser l’ensemble des projets. Entre-temps, la branche américaine avait atteint à peu près la même taille que la branche anglaise, chacune environ 1.200 membres adultes. 

Au début des années trente, les coupes budgétaires successives devinrent dramatiques. Une union avec les méthodistes britanniques ne fut plus possible, car leur Eglise-mère voulait également se désengager et poussait vers une union avec les Réformés. Un cri d’alarme pour trouver un soutien auprès des amis américains fut lancé, mais la situation s’aggrava à cause du décès subit de l’évêque responsable qui siégeait à Paris. Finalement, les méthodistes américains abandonnèrent l’œuvre en 1935 et offrirent aux Réformés de continuer le travail s’ils le voulaient et le pouvaient. Il ne restait alors que trois lieux de cultes en Alsace – de langue allemande – qui rejoignirent la conférence annuelle en Suisse.

Une autre ramification du méthodisme américain était de langue allemande, la « Evangelische Gemeinschaft ». Cette branche ouvrit une mission en Alsace peu avant la guerre franco-allemande de 1870/71. Après la guerre, l’Alsace devint allemande. La présence méthodiste continua en langue allemande jusqu’aux années 1960. L’« Evangelische Gemeinschaft » était mieux implantée en Alsace que l’Eglise méthodiste épiscopale avec ses trois lieux de cultes. En 1968, les deux Eglises se réunirent au niveau mondial pour former l’Eglise Evangélique Méthodiste. Toutes ces églises locales d’origine alémanique en Alsace et Lorraine ainsi que quatre en Suisse romande sont devenues francophones dans la deuxième moitié du XXème siècle. Deux nouvelles églises locales furent implantées dans le Sud-Ouest de la France. A travers la migration, de nouvelles communautés ont été créées ou se sont jointes à l’Eglise Evangélique Méthodiste, particulièrement dans les grandes villes. Les unes sont francophones et formées par des migrants caraïbes ou africains, d’autres sont de langues étrangères et formées par des migrants d’Amérique latine ou d’Asie.

En Belgique, les méthodistes britanniques tenaient des réunions dans les environs de Bruxelles à partir de 1816 et ce pendant quelques décennies. Après la première guerre mondiale, l’Eglise méthodiste épiscopale du Sud (Etats-Unis) décida de venir en aide à la reconstruction et l’évangélisation en Europe, entre autres en Belgique. Elle commença dans les environs de Bruxelles avec des institutions sociales et la distribution de Bibles et traités chrétiens. Elle fut également frappée par la crise économique mondiale des années trente. L’Eglise-mère voulait abandonner l’œuvre en Belgique. Les méthodistes belges (environ mille membres adultes) tenaient à continuer. Après la deuxième guerre mondiale, le méthodisme en Belgique se développa à nouveau grâce au soutien de l’Eglise-mère en faveur de la reconstruction en Europe. Dans un esprit œcuménique, les méthodistes belges s’engagèrent dans la fondation d’institutions protestantes de formation (écoles, faculté de théologie à Bruxelles). Dès les années soixante, une fédération ou union d’Eglises protestantes fut discutée. En 1969, les méthodistes belges s’unirent avec l’Eglise Evangélique Protestante de Belgique (de tradition luthérienne). Après une deuxième union avec les Réformés, l’Eglise unie a pris le nom « Eglise Protestante Unie de Belgique ». Celle-ci a gardé des liens fraternels avec l’Eglise Evangélique Méthodiste.

Pour plus d’information sur le méthodisme francophone en Europe, voir les documents sur le site internet du Centre Méthodiste de Formation Théologique (CMFT) :

www.cmft.ch

Aujourd'hui

Son histoire

Aujourd’hui

L’EEM vit la réalité de l’église comme un réseau de membres vivant en interconnexion et interactivité permanentes, localement et globalement, grâce au Christ, chef de l’église.


ENGAGEMENT SOCIAL ET PRISE EN COMPTE DES RÉALITÉS CONTEMPORAINES

John Wesley ne s’est pas contenté d’évangéliser, il est aussi venu en aide de bien des manières à beaucoup d’hommes et de femmes de son temps qui vivaient dans la pauvreté et la misère. Son exemple nous encourage et nous stimule encore aujourd’hui. C’est ainsi que l’Église Évangélique Méthodiste en Suisse et en France gère divers hôpitaux et établissements médicosociaux, des œuvres diaconales et encourage des initiatives au niveau des églises locales.

En 1908, pour la première fois, la conférence générale a formulé un « engagement social ». Ce fut un évènement important dans l’histoire du méthodisme.

Les débats intenses qui en ont résulté ont influencé — et c’est encore aujourd’hui perceptible — l’ensemble du mouvement œcuménique. Il faut en effet remarquer que, depuis sa première rédaction, l’« engagement social » a été constamment adapté aux grands problèmes sociaux du moment. De la sorte, l’EEM a su, en ce domaine, rester ferme sur les principes et a suggéré et recommandé des orientations précises sur le plan éthique en fonction des moments et des lieux.

Le méthodisme 

Au début du XXIe siècle, le méthodisme français se distingue par sa discrétion. ... Deux siècles auparavant, ce sont pourtant les méthodistes qui occupaient l'avant-scène médiatique. «Méthodiste» était même devenu synonyme de dissident régénéré, trouble-fête porté par une ferveur suspecte. Né au XVIIIe siècle d'une tentative de renouvellement de l'Eglise anglicane, le méthodisme peut à certains égards être considéré comme une nouvelle Réforme1, tant son impact a renouvelé le protestantisme. Initié par John Wesley (1738- 1791), ce mouvement a mis en avant la conversion, la piété personnelle et l'évangélisation. S'opposant à la doctrine de la double prédestination défendue par le réformateur Jean Calvin, Wesley insiste sur la possibilité pour tous de vivre l'expérience de la « nouvelle naissance », conversion qui doit se traduire par une vie de sanctification, des œuvres bonnes et une discipline « méthodique » de vie. Durant les cinquante années qui suivirent la conversion de Wesley (en 1738), le mouvement d'évangélisation populaire qu'il initia avec son compagnon Whitefield (1714-1770) aboutit à la constitution d'une nouvelle dénomination protestante dont les premières entreprises en France remontent à la période révolutionnaire. Au début du XIXe siècle, son impact croissant en France va conduire à bien souvent identifier « protestant réveillé» et « méthodiste ». 

1. Cf. Bernard COTTRET, Histoire de la Réforme protestante, Luther, Calvin, Wesley, XVIe XVIIIe siècle, Paris, Perrin, 2001. Au sujet de Wesley, il se demande s'il est un « réformateur » ou un « refondateur ».

Extrait de Sebastien Fath, Du ghetto au réseau, les protestants évangéliques en France de 1800 à 2005, Genève, Labor et Fides, 2005

DEVANT DE NOUVEAUX DÉFIS

Notre brève présentation des caractères essentiels du Méthodisme a certainement montré la nécessité de se mettre à l’écoute des défis de l’actualité afin de prendre les décisions indispensables. De nombreux exemples auraient pu être cités dans ce domaine. Nous sommes confiants que les méthodistes sauront rester assez réceptifs pour faire face aux nouveaux défis qui se présenteront à l’avenir.

Rien ne saurait mieux les y préparer que cette réflexion de John Wesley écrite en 1786, dans son mémoire « Réflexions sur le méthodisme » : « Je n’ai pas peur que ceux que l’on appelle méthodistes cessent un jour d’exister en Europe et aux Etats-Unis ; mais j’ai peur qu’ils ne puissent exister que comme une secte morte ayant l’aspect extérieur de la piété mais dépourvue de sa force vitale. Cela se produirait sans aucun doute, s’ils ne restaient pas fidèles à la doctrine, à l’esprit et à la discipline de leurs débuts ».


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