Les enjeux de la Conférence générale de l’Église évangélique méthodiste pour Good News


Les délégués en pleine discussions à la Conférence générale 2012 de l’Église évangélique méthodiste à Tampa, Floride. Une photo UMNS de Mike DuBose.


Tous les quatre ans se tient la Conférence générale de l’Église évangélique méthodiste (Église méthodiste unie, The United Methodist Church). Venant des quatre coins du monde, les délégués pasteurs et laïques délibèrent sur les questions intéressant la marche de l’Église en général. Un courant est en première ligne depuis des décennies pour défendre l’approche évangélique sur les questions éthiques, Good News. Son vice-président Thomas Lambrecht partage sur le blog de Good News le programme qu'il défendra à la Conférence générale sous couvert de la Coalition pour le Renouveau et la Réforme (the Renewal and Reform Coalition).

Par Thomas Lambrecht*

Tous les quatre ans, les délégués venus du monde entier se réunissent pour représenter le méthodisme uni mondial (UMC/EMU). Nous célébrons le culte ensemble, soulignons les réalisations essentielles, et passons la plupart de notre temps à essayer de discerner la meilleure voie à suivre pour l'Église évangélique méthodiste (EMU/UMC) pour les quatre années à venir. Plus de 1000 pétitions seront examinées par la Conférence générale 2016 à Portland. Certaines pétitions apportent des modifications mineures à la façon dont nous fonctionnons comme Église, selon le Règlement de notre Église. D'autres pourraient entraîner des changements radicaux.

Depuis 1976, Good News a cru qu’il était important de parler au nom des méthodistes unis orthodoxes et traditionnels dans un environnement où prédominent le plus souvent les voix progressistes et révisionnistes. Au cours  des trois dernières périodes quadriennales, Good News a été rejoint par d'autres associations internes à l’Église évangélique méthodiste pour former  the Renewal and Reform Coalition (Coalition pour le Renouveau et la Réforme). Ensemble, nous représentons un large éventail des préoccupations évangéliques au sein de notre Église. Le Mouvement confessant (The Confessing Movement), l’UMCaction et Lifewatch font tous partie de la coalition. Transforming Congregations (un groupe qui travaille avec les personnes et les familles souffrant d’échecs sexuels) et le Renew Network (un ministère auprès des femmes basé sur la Bible) sont maintenant des programmes de Good News et font également partie de la coalition.

Les priorités pour la Coalition

La Coalition Renewal and Reform Coalition a trois grandes priorités à Portland:

  1. défendre l'enseignement biblique sur la vie, le mariage et la sexualité humaine,
  2. restaurer et renforcer l'intégrité et la responsabilité de notre connexion et de notre alliance en tant que méthodistes unis, et
  3. promouvoir la représentation équitable et l'autonomisation de nos frères et sœurs méthodistes à l'extérieur des États-Unis Permettez-moi de résumer quelques-unes des propositions importantes relatives à nos priorités.

La vie, le mariage et la sexualité humaine

Avortement. Au cours de la dernière décennie, nos déclarations méthodistes unies sur l'avortement sont devenus plus pro-vie. Nous continuons à travailler à renforcer nos déclarations pour défendre la vie des enfants à naître et de leurs mères. L'obstacle le plus important au plaidoyer de notre dénominations pro vie est l’affiliation de notre commission Eglise et Société et du Carrefour des Femmes à la Religious Coalition for Reproductive Choice (Coalition religieuse pour le choix en matière de reproduction - CRCR).

Le méthodisme uni ne doit pas être stigmatisé comme faisant partie d'un groupe de défense marginal pro-avortement. Tout au plus, notre dénomination est-elle un partisan réticent de l'avortement légalisé.

La CRCR appuie l'avortement comme un moyen de contraception. Le méthodisme uni ne le fait pas. La CRCR appuie l'avortement comme méthode de sélection entre les sexes. Le méthodisme uni ne le fait pas. La CRCR appuie l'avortement pour les bébés souffrant de handicaps physiques ou mentaux potentiels ou réels. Le méthodisme uni ne le fait pas. La CRCR favorise même l’horrible procédure d'avortement tardif connue comme avortement par naissance partielle. Le méthodiste uni ne le fait pas.

Soyons clairs, la CRCR n'a jamais soutenu la moindre restriction du droit à l'avortement, quelle qu’elle soit. Les positions radicales de la CRCR sont en contradiction avec notre compréhension nuancée méthodiste unie. Par conséquent, nous faisons la promotion de la législation qui obligerait les organisations de l’EEM à quitter la coalition CRCR.

Mariage et sexualité

Mariage et Sexualité. Depuis 1972, l'Église évangélique méthodiste a maintenu sa position équilibrée et biblique, à savoir que toutes les personnes sont aimés par Dieu et ont un caractères sacré, et que notre sexualité ne doit se pratiquer que comme Dieu l’a prévu, dans les limites du mariage monogame, hétérosexuel. Cela signifie que nous considérons la pratique de l'homosexualité comme « incompatible avec l'enseignement chrétien », que nous ne permettons pas à des pasteurs de célébrer des mariages ou des unions de personnes de même sexe et que nous n'acceptons pas des personnes homosexuelles déclarées comme pasteurs ordonnés.

Depuis 1972, cependant, il y a eu des efforts concertés pour inverser ou abandonner cette position de principe qui s’accorde avec 2000 ans d'enseignement chrétien et avec 95 % de tous les chrétiens du monde entier. La Conférence générale de Portland ne fera pas exception.

Règlement de l'Église

Nombreuses sont les pétitions tendant à réécrire nos déclarations dans le Règlement de l’Église pour inverser nos normes bibliques et empreintes de compréhension pour le mariage et la sexualité. Notre coalition plaidera contre de telles pétitions.

D’autres pétitions déclarent aussi que dans l'Église évangélique méthodiste, tous n’étant pas du même avis, il fallait donc laisser à la conscience de chacun de célébrer des mariages de personnes de même sexe ou d’approuver l’ordination comme pasteurs de personnes homosexuelles déclarées. Cet effort de préserver l'unité de l'Église au prix de l'abandon de l’enseignement biblique clair et net créerait une forme de congrégationalisme au sein du méthodisme qui est étranger à notre éthique connexionnelle. Notre coalition contrera également ces efforts.

Changement de structure

Une autre façon de gérer le conflit autour du mariage et de la sexualité est de changer la structure de notre Église. La version la plus subtile de cette approche est de créer une nouvelle Conférence centrale des Etats-Unis qui permettrait aux États-Unis de définir pour ses pasteurs des normes et des codes de conduite différentes des normes et des codes de conduite prévalant pour les méthodistes unis dans les autres parties du monde. Par exemple, cette approche pourrait permettre des mariages de personnes de même sexe et des pasteurs homosexuels déclarés aux États-Unis, tandis que d'autres parties de l'Église pourraient maintenir les normes en vigueur. Une autre version de cette approche permettrait à chaque juridiction au États-Unis de fixer ses propres normes pour les ministres du culte, puis de permettre aux Conférences annuelles et aux églises locales de s’affilier à l’instance qui représenterait le mieux leur compréhension du ministère.

Ces propositions structurelles, dans certains cas, ajouteraient un niveau  supplémentaire de bureaucratie coûteuse dans l'Église, et entraîneraient dans tous les cas l’affaiblissement de notre connexion dans le monde entier en tant que méthodistes unis. De nombreux conservateurs dans l'Église ne pourraient pas accepter de faire partie d'une dénomination qui permettrait d'inverser ou d'abandonner l'enseignement de notre dénomination sur le mariage et la sexualité. Ceci est une recette pour le schisme ou la séparation, et nous nous opposons donc à ces propositions.

Intégrité et responsabilité

Nous ne voyons pas le désaccord sur le mariage et la sexualité comme une menace majeure pour l'avenir du méthodisme uni. Après tout, nous avons survécu à 40 ans de controverse. Au lieu de cela, la principale cause de schisme potentiel est la désobéissance et la contestation délibérées de nos politiques et de nos exigences confessionnelles.

Dans de nombreuses régions des États-Unis, des pasteurs effectuent des mariages et des unions de personnes de même sexe sans en subir les conséquences, et souvent avec le soutien de leur évêque. Des personnes homosexuelles déclarées, souvent mariées ou vivant avec une personne du même sexe, sont des pasteurs ordonnés en activité et sans entraves. Nos normes méthodistes unies sont en train de perdre de leur pertinence dans certaines parties de l'Église.

Cette désobéissance flagrante et croissante sape la confiance et la connexion qui nous lient ensemble en tant que méthodistes unis. Si certaines parties du Règlement peuvent être ignorées en toute impunité, pourquoi pas d'autres parties? Si les uns et les autres sont autorisés à continuer…, cet état d'esprit finira par détruire notre dénomination ou à la transformer en une confédération plus ou moins structurée de congrégations et de Conférences annuelles.

Nos propositions

Notre seul espoir de rester unis comme Église est de rétablir l'intégrité et la responsabilité de notre alliance. Voilà pourquoi notre coalition plaidera en faveur des propositions suivantes. Notre coalition :

• exige que les personnes qui déposent des plaintes contre les pasteurs acceptent impérativement le règlement de ces plaintes (au lieu de permettre de déposer des plaintes contre les pasteurs qui célèbrent des mariages de personnes de même sexe tout en les laissant tranquillement en fonction sans conséquences pour eux).

• exige que tout règlement d'une plainte inclue des excuses et la promesse de ne pas répéter l'infraction.

• exige que l’on revoie le processus de reddition de comptes pour les évêques, afin que les plaintes contre les évêques soient gérées par une instance mondiale formée de pasteurs et de laïcs, plutôt que par les propres collègues de l'évêque.

• demande l’imposition d'une peine minimale obligatoire pour le pasteur reconnu coupable de la célébration d’un mariage de personnes de même sexe, - d’une suspension d'un an pour une première infraction et de la restitution des papiers d’ordination pour une deuxième infraction.

• exige que tout avocat de l'Église soit d'accord avec la disposition selon laquelle le défendeur est accusé de violer (au lieu de permettre aux évêques de nommer des personnes qui sont en désaccord avec le Règlement d'agir comme procureur et de faire respecter le Règlement dans cette affaire).

• demande de permettre aux congrégations et aux pasteurs qui ne peuvent pas en leur âme et conscience respecter le Règlement de quitter la dénomination avec leurs biens et l’intégralité de leur pension.

• demande l'élargissement de la définition de «personnes homosexuelles déclarées » de sorte que ceux qui sont mariés à une personne de même sexe ou qui ont reconnu publiquement être un homosexuel déclaré ne soient plus en mesure de servir l’Église comme pasteurs.

• demande l’ajout d'une infraction à charge «venir perturber la vie de la Conférence générale ou d’un autre organisme ou agence méthodiste unie pour les empêcher de mener à bien leurs activités, afin de contrecarrer les perturbations que des militants peuvent causer au sein de la Conférence générale et d'autres organismes.

• exige que toutes les pétitions qui passent à un comité législatif à la Conférence générale fassent l’objet d’un vote en session plénière (au lieu de laisser les opposants faire obstruction et retarder le processus pour éviter l'action).


Représentation et autonomisation équitable

L'Eglise évangélique méthodiste (UMC) et ses prédécesseurs ont commencé comme une Église des Etats-Unis avec des missions étrangères. Nous sommes maintenant en train de devenir une Église mondiale de partenaires égaux. Les méthodistes unis extérieur aux États-Unis représentent environ 40 % du nombre total de membres de notre dénomination. L'égalité de notre partenariat, cependant, est encore entravée, à la fois par une attitude occasionnelle de supériorité des Etats-Unis et par l'absence d'une représentation égale au sein des organes directeurs de l'Église. Certaines de nos agences générales d'Église ont fait des progrès au service de l'Église mondiale, et non pas seulement au service des États-Unis. D'autres organismes ont encore à franchir cette étape.

Un des plus grands obstacles à la perception de l'égalité est d'ordre financier. Environ 99 % de tout l’argent collecté provient des membres d'église américains. Cependant, les églises en dehors de la États-Unis contribuent à la hauteur de 1 million $ par année environ sur une base strictement volontaire (principalement de l'Europe).

Pour la première fois, la Conférence générale est sur le point d'adopter une formule de répartition pour toutes les églises en dehors des États-Unis Cette formule fixera des objectifs pour toutes les églises non-américaines, en fonction de leur capacité financière, elle permettra une expression plus complète du partenariat et aidera les églises non-américaines à renforcer leur capacité à participer sur un pied d'égalité au soutien financier des ministères de l'Église. La Coalition pour le Renouveau et la Réforme (Renewal and Reform Coalition) appuie cette démarche.

Une autre façon pour certaines Conférences centrales d’être traitées de façon inégale est dans l'attribution des évêques. Aux États-Unis, la fourchette de membres dont chaque évêque est responsable varie considérablement. Le diocèse le plus petit compte 33.000 membres, tandis que le plus grand compte 362.000 membres. En Afrique, en revanche, le diocèse le plus petit compte près de 13.000 membres, tandis que le plus grand compte près de 1,4 million de membres!

Les régions africaines qui ont plus de membres par évêque que toute région aux États-Unis sont le Nigeria (458.000), Côte d'Ivoire (677.000), Congo australe (1055000), et le Nord Katanga (1.382.000). Les routes et les autres carences en infrastructure rendent beaucoup plus difficile le travail adéquat de supervision et de leadership des évêques africains.

Les demandes d'évêques supplémentaires pour l'Afrique ont été faites en 2012, mais la Conférence en a reporté l’examen. Maintenant, le Comité permanent des affaires centrale de la Conférence reconnaît que cinq nouveaux évêques sont nécessaires en Afrique, mais veut en reporter la décision en 2020. Pendant ce temps-là, les diocèses les plus dynamiques dans l'Église souffrent avec les évêques qui ne peuvent pas accompagner cet essor. La Coalition pour le Renouveau et la Réforme (Renewal and Reform Coalition) appuie la demande africaine pour des évêques supplémentaires pour le Nigeria, le sud du Congo et du Nord Katanga dès 2016. Cette demande ne peut pas attendre encore quatre ans.

La représentation équitable des églises en dehors des États-Unis à la Conférence générale a été améliorée, mais il y a encore des problèmes. Alors que les églises africaines totalisent à elles seules près de 40 % des membres de la dénomination, elles n’ont droit qu’à  30 % de délégués à la Conférence générale. En effet, l'Europe et les Philippines ont davantage que leur juste part de délégués. Le déséquilibre est causé par l'exigence que chaque Conférence annuelle a droit à au moins à deux délégués à la Conférence générale. La Coalition pour le Renouveau et la Réforme (Renewal and Reform Coalition) appuie une proposition visant à garantir un minimum de deux délégués par diocèse, ce qui porte davantage les chiffres à l’équilibre.

Le dernier domaine où la représentation équitable est nécessaire est au niveau des commissions et des agences de l’Église en général. À l'heure actuelle, les membres de l'Église en dehors des États-Unis représente plus de 40 % de tous les méthodistes unis, mais seulement environ 10 % de membres des commissions et des agences. Même la Table Connexionnelle, agence de coordination la plus importante du méthodisme, ne dispose que de sept membres non-américains sur 59. La Coalition pour le Renouveau et la Réforme (Renewal and Reform Coalition) appuie les efforts visant à accroître les membres non-américains dans nos commissions et nos agences, au service de l’Église globale.

En résumé

Les enseignements bibliques, l'intégrité et la responsabilité, ainsi que la représentation équitable et l'autonomisation sont au cœur du programme de la Coalition pour le Renouveau et la Réforme (Renewal and Reform Coalition) à la Conférence générale 2016. Nous croyons que ces thèmes ne reflètent pas un programme bassement partisan, mais incarnent ce qui est nécessaire pour aider l'ensemble de l’Église évangélique méthodiste (UMC) à prendre des mesures positives en vue de son renouveau. Alors que nous sommes confrontés à la crise de baisse du nombre de membres et du soutien financier, notre Église a besoin

  • de s'unir autour de son tronc commun d'enseignements bibliques,
  • de tenir ses dirigeants et ses membres responsables de l'intégrité de notre alliance,
  • et de faire de ses membres non-américains des partenaires égaux dans une ministère mondial partagé.

Ceci est vraiment la voie à suivre pour notre Église bien-aimée.


Thomas Lambrecht est pasteur méthodiste uni et vice-président de Good News.

13 avril 2016

Traduction eemni

GOOD NEWS