Festival de Cannes : Prix du Jury oecuménique 2014 attribué à Timbuktu

 


Festival de Cannes

Prix du Jury œcuménique 2014 

Le Jury oecuménique 2014 attribue son Prix au film :
 

Tumbuktu

de Abderrahmane Sissakoa

 Pays : Français, Mauritanien

Genre : Drame

Durée : 1h40min

Réalisateur : Abderrahmane Sissako

Acteurs principaux : Ibrahim Ahmed, Toulou Kiki, Abel Jafri

Tombouctou est réduite au silence, portes closes, ruelles désertes. Plus de musique, plus de football, ni de

 cigarette. Fini les couleurs vives et les rires, les femmes ne sont plus que des ombres. Des extrémistes religieux sèment la terreur.

Loin du chaos, sur les dunes, Kidane mène une vie paisible avec sa femme, sa fille et Issan son petit berger. Sa quiétude sera de courte durée. En tuant accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à sa vache préférée, Kidane doit faire face à la loi des occupants qui prennent en otage un islam ouvert et tolérant.

Face à l’humiliation et aux sévices perpétrés par ces hommes aux multiples facettes, Timbuktu raconte le combat silencieux et digne de femmes et d’hommes, l’avenir incertain des enfants et la course pour la vie, la vie et la résistance digne d'hommes et de femmes à Tombouctou qui veulent vivre selon leur culture et leurs traditions, tout en intégrant les moyens modernes de communication. Il dénonce de manière forte mais subtile les horreurs issues d'une vision extrémiste de la religion. 

Le Jury œcuménique a voulu récompenser ce film d'une très grande beauté formelle, pour son humour et sa retenue. Ce film, tout en critiquant l'intolérance, éclaire l'humanité qui demeure en chaque homme.

Dossier de presse du film au format pdf

Extraits du film





Deux critiques du film

vendredi 16 mai 2014

Une fois dépassé le poste dit « bidon V » la piste pour Gao et Tombouctou s’étire entre fech-fech et dunes. C’est le désert saharien. L’on peut y écouter le vent : c’est beau et désolé, mais nous sommes en... 1930 ! Depuis, le son strident des sonneries de smarphone rivalise avec les pétarades des deux-roues, voire celui plus assourdissant des kalachnikov.

Pourtant il y demeure encore quelques pacifistes qui continuent à scruter les étoiles, comme ce berger targui, musicien. Il vit en famille dans cette région où grouillent les djihadistes, malgré la peur. La mort rode. La police islamique sévit dans les faubourgs de Tombouctou et les habitants choisissent leur camp, quand ils le peuvent. « Mektoub » dit le réalisateur : leur destin sera scellé par la fureur d’une histoire trop récente. L’un parle le tamasheq (les touareg) l’autre l’arabe, mais encore l’anglais (un combattant syrien ne parle pas français) ; voilà l’illustration d’une communication impossible. Certains sont éduqués, d’autres pas et se perdent dans un islam revu et corrigé. Les plans larges soulignent l’intensité des évènements, si cela est encore possible !

Mimer un match de football, pleurer dans le vent pour le respect de la liberté, danser, chanter c’est ce que tentent de faire certains pour illustrer l’amour et la tolérance.

par Catherine Oubrayrie

vendredi 16 mai 2014

Ce film, inspiré d’un atroce fait divers de lapidation d’un couple non marié en 2012 au nord du Mali, est un cri d’alarme et de révolte poussé par un des meilleurs réalisateurs africains. Des extrémistes musulmans ont envahi Tombouctou, ville d’histoire et de mystère, et font régner, en sillonnant la ville et ses environs à moto, la terreur de la Charia, proscrivant toute musique et allant dérisoirement jusqu’à contraindre les femmes à porter des chaussettes et des gants ! Dès l’ouverture les images promettent une apothéose du sens :la course éperdue d’une gazelle poursuivie par les militaires, métaphore de la chasse à l’homme et le mitraillage poignant par ceux-ci d’innombrables masques africains qui signe l’agression de la culture. Le film se déroulera ensuite implacablement, dans le cadre superbe de dunes brunes tachetées de touffes vertes, adouci par quelques notes d’humour, les propos soufistes d’un imam lumineux qui tient tête aux barbares, et l’amour tendre d’un paisible couple d’éleveurs et de sa petite fille sur lequel s’abat un drame. Les dialogues sont touchants et captivants et la guitare et le n’goni baignent le film d’une musique sereine.

par Jean-Michel Zucker

Et deux Mentions spéciales aux films :

The Salt of the earth (Le sel de la terre)
de Wim Wenders, Juliano Ribeiro Salgado

Ce documentaire basé sur l'œuvre photographique de Sebastião Salgado témoigne magistralement de l'histoire contemporaine, de la condition humaine à travers le monde et de la possibilité de créer une vie meilleure.

Hermosa juventud (La belle jeunesse)
de Jaime Rosales

Face à la crise un jeune couple espagnol avec un bébé cherche à survivre. 
Ce film nous montre dans un style presque documentaire des hommes et des femmes qui sont confrontés à des situations et des choix difficiles qui mettent leur dignité en question.

Le Jury 2014 était composé de : 

Guido Convents, Belgique, Président,     Kristine Greenaway, Canada

Jacques Champeaux, France                                      Julia Helmke, Allemagne

Hervé Giraud, France                            María José Martínez Ordóñez, Équateur

FPF / Jury Oecuménique