FEPS: les protestants du Proche-Orient veulent garder des relations de bon voisinage avec les musulmans

Le modérateur d’une session de la conférence, le Rvd Riad Jarjour de Beyrouth, entouré du cheik Mohammed El Din Afifi de l’université Al Azhar et de l’ancien premier ministre (musulman) du Liban, Ibrahim Shams El Din. Photo : C. Amstutz-Gafner


Malgré la terreur et les persécutions, les Eglises protestantes au Proche-Orient veulent continuer d’œuvrer avec leurs voisins musulmans à un avenir meilleur dans la région. Elles souhaitent en particulier promouvoir l’éducation et la démocratie dans leurs sociétés respectives.


Il y a deux ans, confrontées à de nombreuses menaces et à une émigration croissante, les Eglises protestantes au Proche-Orient avaient déjà discuté de l’avenir de la « présence protestante et chrétienne au Moyen-Orient ». Lors de la deuxième rencontre qui s’est déroulée du 9 au 13 septembre 2014 au Caire, la situation des chrétiens arabes est apparue encore plus désespérée face aux atrocités commises par les milices djihadistes de l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Néanmoins, la conférence a déclaré vouloir «continuer d’œuvrer en faveur d’une cohabitation pacifique avec nos voisins, et ne pas nous laisser guider par la peur, mais par la foi.»

Peur et espoir en fil rouge
Les participants à cette rencontre parlent en connaissance de cause. En effet, la Communauté des Eglises protestantes au Proche-Orient (FMEEC) compte également des Eglises de Syrie et d’Irak. Celles-ci déplorent de nombreuses victimes dans leurs communautés. Peur et espoir ont constitué le fil rouge de la conférence, qui s’est tenue la plupart du temps en arabe. Plutôt que d’insister sur les souffrances endurées dans la situation actuelle, les Eglises mettent l’accent sur l’analyse critique de leur propre rôle aujourd’hui et à l’avenir. Promouvoir l’unité œcuménique parmi tous les chrétiens de la région, redoubler d’efforts en faveur de la paix, de la justice, de la formation et du progrès économique, se concentrer encore davantage sur la foi : tels ont été les mots d’ordre de la conférence. Seuls l’éducation et un revenu peuvent protéger contre l’extrémisme, seules la liberté et une spiritualité vivante peuvent éviter une émigration massive des minorités chrétiennes de la région.

Cette terre appartient aussi aux chrétiens
C’est aussi la première fois que des représentants musulmans de haut rang assistaient à une conférence chrétienne de responsables ecclésiastiques de la région. Lors de la réunion au Caire, des chercheurs et des ecclésiastiques se sont penchés sur des questions touchant à la cohabitation interreligieuse, et ont esquissé de nouvelles stratégies politiques pour le Proche-Orient. Tous ont insisté sur l’importance de la contribution des chrétiens protestants dans la construction d’une société civile démocratique, et ont pris leurs distances par rapport aux exactions commises par les groupes terroristes islamistes, comme l’Isis. « Ces gens ne sont pas des musulmans, ce sont des meurtriers », a déclaré le professeur Mhammad Eddin Afifi, de l’université Al-Azhar du Caire, instance doctrinale de l’islam sunnite. « Cette terre appartient autant aux chrétiens qu’aux musulmans », a-t-il souligné. Le mercredi, une délégation de la conférence et le grand cheikh Tayyeb, directeur de l’université Al-Azhar, ont été longuement reçus par le Premier ministre égyptien Ibrahim Mahlab.

Une leçon pour toutes les Eglises
Quelques partenaires internationaux du FMEEC ont également participé à la rencontre. La Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) y était représentée par Serge Fornerod, responsable des relations extérieures. « Avec l’initiative du FMEEC de donner la parole à des représentants officiels de haut niveau de l’islam sunnite, les Eglises protestantes ont adopté une position qui nécessite à présent une solidarité et un approfondissement œcuméniques », a-t-il relevé, avant de conclure: « La confiance de ces Eglises en leur avenir est une leçon pour toutes les Eglises ».

S’agissant des Eglises sœurs en Europe et aux USA, les participants ont manifesté leur inquiétude devant la montée de l’islamophobie dans le monde occidental, mais aussi face à une certaine indifférence pour le sort des chrétiens persécutés. Ils ont formulé entre autres le vœu suivant: « Aidez-nous à rendre visible la richesse de la cohabitation avec nos voisins musulmans, de même que la richesse spirituelle que nous vous apportons à tous en tant que chrétiens arabes. ». Les Eglises protestantes de la région ont exprimé le souhait d’être accompagnées par la prière dans le monde entier.

FMEEC
Fondée en 1974, la Communauté des Eglises protestantes au Proche-Orient (Fellowship of Middle East Evangelical Churches FMEEC), dont le siège est à Beyrouth, regroupe 16 Eglises anglicanes, luthériennes et réformées de 121 pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. Des Eglises d’Égypte, d’Irak, d’Israël/Palestine, du Liban et de Syrie y jouent un rôle majeur. Le FMEEC est né de la conviction que pour progresser dans la collaboration œcuménique, il était nécessaire d’arriver à une cohésion confessionnelle. En 2006, la Communauté est parvenue à un accord sur la reconnaissance mutuelle du baptême, de la Cène, du ministère et de la consécration entre tous ses membres (Déclaration d’Amman). La FEPS entretient d’étroites relations avec le FMEEC, qui est aussi un partenaire de la Communion d’Eglises protestantes en Europe CEPE. Le FMEEC et la CEPE sont régulièrement en contact l’un avec l’autre.

Lien vers le communiqué officiel de la conférence (en anglais seulement)


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Berne, 18.09.2014

FEPS