Les Églises suisses s’opposent à l’ouverture des magasins en continu : le dimanche est encore sacré

Décision du Parlement contesté

Le Parlement a pris la décision le 14 décembre dernier d’introduire l’ouverture 24 heures sur 24 des magasins des stations-service et d’autoriser le travail le dimanche.  Cette nouvelle loi demande que les stations-service puissent vendre entre 1 heure et 5 heures du matin ainsi que le dimanche une gamme complète d'articles, dont des produits frais. Pour l’heure, ces échoppes doivent se contenter de vendre de l'essence et quelques articles pendant ce laps de temps.

Début d’une fronde

Cette dérèglementation a été le point de départ d’une fronde massive. Un collectif l’a initiée, à savoir l’Alliance pour le dimanche regroupant un certain nombre d’organisations et d’églises chrétiennes, dont la Commission Justice et paix, la Conférence des évêques suisses (CES), l’Eglise évangélique méthodiste, la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), la Ligue suisse des femmes catholiques et les Femmes protestantes de Suisse.

Référendum contre la révision de la Loi sur le travail

Les organisations de l'Alliance pour le dimanche ont lancé le mardi 8 janvier le référendum contre la révision de la Loi sur le travail qui à leur avis «sape des libertés sociales importantes». L'ouverture 24 heures sur 24 des magasins des stations-service constitue une brèche menaçant l'ensemble du commerce, la porte ouverte à la libéralisation du monde de travail de l’avis même de Vania Alleva, coprésidente d’Unia : « Ce projet de loi ouvre la porte à de nouvelles tentatives radicales de libéralisation au Parlement ».

Dangereux engrenage vers une journée de travail de 24h

« La nuit et le dimanche nous appartiennent et ne seront pas sacrifiés sur l'autel de la libéralisation », affirme Kurt Regotz, président du syndicat Syna. Le personnel de vente pâtit d'ores et déjà de salaires bas, d'horaires de travail morcelés et du travail sur appel. Les femmes, qui constituent presque 70 % du personnel de vente, sont frappées de plein fouet par la prolongation des horaires d'ouverture. Liselotte Fueter, coprésidente des Femmes Protestantes en Suisse, ajoute : « Il est question d‘emplois classiquement féminins avec de mauvaises conditions de travail ». En plus, le travail de nuit et le travail du dimanche portent atteinte à la santé. Klaus Stadtmüller, président de la Société Suisse de Médecine du Travail, le sait d'expérience : « La possibilité de faire ses achats 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 est un luxe qui ne justifie pas d'imposer aux employés des contraintes supplémentaires et de mettre leur santé en danger ».

Remise en cause des acquis historiques

Qui plus est, le commerce de détail n'est pas le seul touché. Car le projet de loi sape la Loi sur le travail sur un point essentiel : l'interdiction du travail nocturne et du travail dominical. Tous les employés sont concernés. On leur demande toujours davantage une disponibilité permanente. Avec la flexibilisation continue des horaires de travail, des libertés sociales importantes se perdent. « Le dimanche férié nous offre le temps du repos et de la régénération. Non seulement en tant qu'individu, mais aussi en tant que membre de la société ». L'Alliance pour le dimanche est convaincue qu'il ne faut pas renoncer à ces acquis de manière inconsidérée. 

Le dimanche est sacré à plus d’un titre

On comprend la véhémence de l’opposition de l’Alliance pour le dimanche à cette révision du Droit du travail qui sape des libertés sociales importantes. 

La fin du repos dominical va entraîner le stress des familles et la fin de la régénération pour l'individu, estime l’abbé d’Einsiedeln, Mgr Martin Werlen à l’Agence APIC : « Le dimanche férié nous offre le temps du repos et de la régénération, un espace de temps pour la famille, les amis, la communauté. Non seulement en tant qu’individu, mais aussi en tant que membre de la société. Cette journée permet aussi de partager la célébration religieuse, ajoute Mgr Martin Werlen, soulignant aussi que «l'homme n'est pas là pour l'économie». 

L’Eglise évangélique méthodiste participe à l’Alliance du dimanche

Depuis sa session en juin 2012,  la Conférence Annuelle Suisse/France/Afrique du Nord 2012 a rejoint le collectif «L’Alliance pour le dimanche», dénonçant la marchandisation croissante du dimanche.

Le but de l'»Alliance du dimanche» est de préserver le dimanche comme un jour à partager en famille, un jour de congé, protégeant ainsi la vie familiale et sociale des personnes, écrit la commission dans son rapport.

Heiner Studer, ancien membre du Conseil national et membre de la commission, a expliqué le but de l'Alliance sur la base de la déclaration fondatrice: «le dimanche et les jours fériés sans travail sont un atout précieux. Ce sont des jours de paix, de communion, de liberté réservés à la famille. Le dimanche, c’est du loisir (Musse), et non pas une obligation (Muss). Le jour de repos hebdomadaire un cadeau. «Il crée un espace pour l'âme et l’approche solidaire. C’est là que se vit l’engagement de nombreuses personnes dans la sphère culturelle, religieuse, sportive, sociale ou politique. Le dimanche sans le travail est un acquis social de longue date et un pan de notre culture».

Avec beaucoup de conviction, la Conférence a approuvé son adhésion à la déclaration  de l’Alliance du dimanche. Voir http://goo.gl/woSpC

Bientôt l’épilogue ?

Ce bras de fer sur les stations-service n’est qu’un épisode de plus d’une poussée de «frénésie dérégulatrice» typique du libéralisme sauvage. Pour l’Alliance du dimanche, le repos dominical est encore sacré : elle espère que le peuple lui donnera raison lors du prochain référendum

9/1/13

La Croix / APIC / Tribune de Genève / Le Temps / RTS / UNIA / EEMNI