Un engagement politique au service des autres

Christopher Sinclair

Église Évangélique de la Bonne Nouvelle de Strasbourg, diacre

En cette année d’élections, l’Entente des Églises Évangéliques de la Communauté Urbaine de Strasbourg et le Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine ont voulu sensibiliser les chrétiens « Chrétiens et citoyens », le 10 février à l’Église de Pentecôte Internationale de Strasbourg. Dans cet article publié conjointement par Christ Seul et En route, Christopher Sinclair offre une synthèse de cette soirée publique dédiée à l’engagement politique.

La présence des trois invités, trois élus chrétiens français et suisse, a montré que « des chrétiens francophones avec des responsabilités politiques », ça existe ! Et la formule table-ronde, animée avec brio par le pasteur-évangéliste Emmanuel Maennlein, leur a permis de témoigner de leur cheminement personnel et de leurs convictions politiques, ce qu’ils ont fait à la fois avec franchise et respect, équilibre et enthousiasme.

Vocation de longue date





Pour les trois intervenants, leur engagement politique correspond à une vocation personnelle ancienne et profonde, qui a pu s’épanouir lorsque l’opportunité leur en a été donnée. Fabienne Rubach, enseignante à Blaesheim, une commune rurale de la Communauté Urbaine de Strasbourg, avait reçu de son éducation protestante l’appel à « se mettre au service des autres » ; c’est ce qui l’a motivée pour être candidate sur une liste municipale (sans étiquette politique), puis pour accepter le poste de maire. Luc Maroni,





pasteur baptiste, voulait « exprimer les valeurs de Jésus-Christ dans le champ social », ce qu’il a d’abord fait en s’engageant dans des associations en faveur des pauvres et des demandeurs d’asiles. Cela s’est prolongé par des responsabilités politiques, lorsque le maire socialiste de Montpellier lui a demandé de faire partie de l’équipe municipale. Il est maintenant à Lens, dans le nord de la France, où il est à la fois pasteur d’une église évangélique et adjoint au maire (socialiste). Quant à Jean-Pierre




Graber, citoyen suisse, il a senti très tôt que Dieu lui avait donné « un intérêt et un talent pour comprendre la chose publique » ; d’abord engagé au parti socialiste, il a ensuite évolué jusqu’à devenir membre de l’Union Démocratique du Centre, un parti de droite qu’il a représenté comme conseiller national de 2007 à 2011.

Points de convergence

J’ai retenu ces trois points de convergence entre les invités :

Chacun a dû se battre à un certain moment pour refuser certaines compromissions et préserver son intégrité et ses convictions chrétiennes, mais aucun ne regrette son engagement politique ;

Tout en reconnaissant qu’être candidat à des élections demande une vocation particulière, les trois encouragent fortement les chrétiens à être actifs par rapport à des questions de société, déjà au niveau associatif et en allant voter ;

Même s’il n’est pas question d’imposer des valeurs chrétiennes à la société, ou que les Églises soutiennent tel ou tel parti, les chrétiens ne doivent pas avoir honte d’exprimer et de défendre leurs valeurs, idées et propositions dans le cadre du système démocratique, comme le font les autres individus et groupes de la société.

Opportunité d’un parti chrétien ?

Faut-il des partis politiques chrétiens ? Sans condamner ceux qui choisissent cette voie, Luc Maroni a souligné le fait qu’en France, les partis chrétiens (Parti Républicain Chrétien, Parti Chrétien Démocrate) n’ont actuellement aucune chance d’accéder aux responsabilités ; leurs programmes restent donc très idéalistes, centrés avant tout sur des valeurs, et il leur manque des propositions réalistes et applicables. Par contre, Jean-Pierre Graber a rappelé qu’en Suisse le système proportionnel permet à des candidats de partis chrétiens (Union Démocratique Fédérale, Parti Évangélique Suisse) d’être élus et de se confronter aux réalités.

Mêlé aux autres

En tout cas, pour les trois intervenants, le plus utile c’est que (comme le sel qui se mélange aux aliments) les chrétiens s’engagent dans les partis « non-chrétiens » existants et y fassent entendre leur voix ; mais en évitant les partis extrêmes, « qui mettent toujours en péril l’équilibre démocratique ».


Les CDs audio de la table-ronde peuvent être commandés auprès du CPDH, BP 70261, F67021 Strasbourg Cedex 1 ; tél : 0033 (3) 88 79 41 20 ; email : contact@cpdh.eu




Mes 20 propositions

«Mes 20 propositions» proposé par le blog des Éditions Mennonites en ces temps d’élections (www.editions-mennonites.fr/blog). La parole est donnée à des personnalités de tous bords et tout âge: un enfant, Marie-Noëlle von der Recke, secrétaire générale de Church and Peace, Jean-Arnold de Clermont, pasteur de l'Église réformée de France, président de la Fédération protestante de France de 1999 à 2007, président de la Conférence des Églises européennes de 2003 à 2009, Florian Rochat, pasteur de la Communion d'Églises protestantes évangéliques dans le Jura, et président du Jour du Christ France, Erwan Cloarec, rédacteur en chef du magazine du Conseil national des évangéliques de France Connexions, Ernest Nussbaumer, engagé dans des instances associatives nationales du secteur social, Christophe Hahling, pasteur de l’Église Évangélique Baptiste de l’Orléanais (FEEBF), Daniel Goldschmidt, médecin du travail, Frédéric Rognon, pasteur et  professeur de philosophie des religions à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg, Bernard Rodenstein, pasteur, président fondateur de l'association Espoir à Colmar,  Philippe Malidor, journaliste à Réforme, auteur et traducteur, Frédéric de Coninck, professeur et chercheur en sociologie.


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