La crise ivoirienne ou le malheur d’un vote en Côte d’Ivoire

Voici une élection présidentielle qui débouche sur une crise sans précédent, deux présidents prétendant aux plus hautes fonctions, un pays qui se déchire et s’asphyxie à petits feux par la volonté internationale

Photo : le Christ en croix à la Cathédrale de Yamoussokro (CI) - jpw

Pasteur Philippe Adjobi,

Surintendant de District EMUCI

Voici le cri de cœur d’un responsable d’église ivoirien qui nous appelle tous à prendre fait et cause pour le peuple ivoirien soumis à rude épreuve depuis les élections présidentielles aux résultats contestés. À mille lieux des versions que véhiculent les médias occidentaux, son appel à la résistance et à la prière mérite d’être entendu.

Pluie de sanctions

La population ivoirienne périt, pour avoir voté pour élire un Président de la République ! Laurent Gbagbo ou Alassane Ouattara, n’importe lequel. Pour 5 millions de votants sur 20 millions d’habitants, tout le monde paie équitablement le prix d’un vote, source de malheur et d’effondrement de la nation ivoirienne. Depuis décembre 2010 à ce jour, il ne cesse de pleuvoir sur la tête de la population des sanctions tous azimuts, des plus impopulaires au plus inédits, visant, en un tir groupé, la Vie qui est le droit le plus sacré de tout être humain. Tout se passe comme si l’élection d’un Président de la République est la fin du monde. La Côte d’Ivoire ne devrait plus vivre. Elle doit mourir pour avoir commis l’infamie d’un vote.

Mort à petit feu

Tuer un peuple, c’est l’objectif tout à fait macabre que visent toutes sortes de sanctions telles que : interdiction de voyager, gel des avoirs, menaces de TPI (Tribunal Pénal International) de tout responsable se prévalant de patriotisme et intervenant à visage découvert en faveur de Laurent Gbagbo – et Dieu seul sait combien la liste est longue –, embargo sur les armes comme si l’armée régulière de Côte d’Ivoire n’a pas le droit de défendre la nation, alors que de l’autre côté, libre cours est laissé aux forces armées rebelles, de s’armer sans sourciller, embargo sur l’exportation du cacao (dont la Côte d’Ivoire est le premier pays exportateur) qui fonde l’existence de plus de dix millions d’habitants, embargo sur les produits pharmaceutiques, ce qui est un déni flagrant au droit à la santé que défend l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS), suspension de l’aide au VIH/SIDA, etc. Sur dix-huit établissements bancaires, fondés pour recueillir l’épargne des Ivoiriens et soutenir le commerce, quinze ont fermé en catastrophe, sans aucune information préalable, privant volontairement ainsi les populations de tout support financier et vital, et que sais-je encore…

Tous ligués contre…

Non contentes ou non satisfaites de la lenteur de l’assaut fatal contre Laurent Gbagbo – puisque c’est lui qui serait la source des malheurs des Ivoiriens –, l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et les Forces Françaises Licorne se sont ouvertement liguées pour appuyer les rebelles qu’elles n’ont pas voulu désarmer depuis l’éclatement de la crise en 2002. Or selon de nombreux témoignages, il s’avère que ceux-ci s’organisent pour tuer, égorger, éventrer, violer, brûler vifs les Ivoiriens. Tous les quartiers précaires d’Abidjan sont aujourd’hui infestés de rebelles. Le combat engagé dans des Communes du District d’Abidjan, à Abobo, à Koumassi, comme à l’ouest de la Côte d’Ivoire, à Duékoué, à Zouan-Hounien, à Bin-Houyé, à Man, à Toulépleu en dit long. À longueur de journée, à Abidjan, ce sont des hordes d’engins de guerre alignés pour investir le pays.

L. G.

Finalement, pour la communauté internationale, toute la vie présente et à venir de la Côte d’Ivoire ne se résume qu’en un Laurent Gbagbo, intraitable ou « infréquentable », qu’il faut absolument abattre par tous les moyens et de toutes les manières. Peu importent les effets collatéraux vitaux de cette haine durement ressentis par tout le peuple. Dans tout cela, où sont les organisations internationales des Droits de l’Homme ? Elles n’ont d’oreilles et d’yeux que pour tout moindre acte venant du « camp Gbagbo ».

Le peuple fait les frais

La population ivoirienne, toutes tendances politiques confondues, tout à fait innocente, paye ainsi le lourd tribut d’une élection qu’on l’a forcée à faire au-delà de l’insécurité générale provoquée depuis 2002 par une rébellion armée chérie par la communauté internationale. Celle-ci n’a plus de parole. Tout est en termes de sanctions individuelles, économiques, alimentaires, sanitaires, toutes choses que les Ivoiriens se les expliquent difficilement. Quand est-ce que la communauté internationale et ses médias comprendront que tout en Côte d’Ivoire n’est pas forcément en termes de « camp Gbagbo », « camp Ouattara », « pro-Gbagbo », « pro-Ouattara » qu’ils rabâchent à longueur de journée pour opposer les Ivoiriens les uns aux autres dans une quête permanente de guerre civile ? Point n’est besoin d’affecter le qualificatif de « civile » à une guerre qui existe déjà, ouverte sur tous les fronts au péril du peuple de Côte d’Ivoire.

Traversée du désert

La Côte d’Ivoire, sur pression, est en effet forcée à une véritable traversée du désert. Les Ivoiriens souffrent, endurent, pleurnichent, se résignent, se serrent la ceinture et se disent, en plein « désert », qu’il y a une délivrance au bout. Ils se sont forgés une mentalité de résistants et espèrent, par la foi et par la foi seule en un Dieu juste, que cette épreuve qui leur est si injustement imposée débouche sur une plus grande expression de liberté, de prospérité et de paix. Sur l’autel du sacrifice suprême où beaucoup des leurs ont déjà laissé et continuent de laisser leur vie, il n’y a plus rien à redouter.

De grâce, priez pour nous !

Frères et sœurs, chrétiens du monde, priez pour nous ! Il ne nous fallait pas ouvrir la boîte de Pandore par ces maudites élections. Elles étaient pour nous un piège, une faute, une erreur. Avec tous les efforts faits depuis 2002 pour en arriver là, nous ne le savions pas. Priez pour nous. Demandez le pardon et la pitié du Seigneur pour nous ainsi que pour tous les peuples épris de liberté et de paix dans le monde qui souffrent comme nous !

eemni / en route