DEVOIR DE RECIPROCITE

Des pasteurs plaident pour le devoir de réciprocité entre cultes d’un pays à l’autre

Photo : le signe ostensible de la croix près de la Casba à Alger (Algérie) © jp.w

ALGERIE : DES PASTEURS DEFENDENT LA LIBERTE DE PENSEE ET D’EXPRESSION DES CHRETIENS ALGERIENS

Les Dernières Nouvelles d’Alsace dans leur édition du 23 mars ont permis à deux pasteurs évangéliques de s’exprimer dans une libre chronique à propos des restrictions dont souffrent les chrétiens algériens. Ils plaident en faveur de réciprocité entre cultes d’un pays à l’autre.

Le droit d'opinion religieuse La liberté de pensée peut-elle être morcelée? 

PAR JEAN-MARIE RIBAY ET SAMUEL PETERSCHMITT 

Les restrictions apportées par les autorités algériennes aux cultes évangéliques ouverts en Algérie (DNA du 16 mars) inquiètent les pasteurs Jean-Marie Ribay et Samuel Peterschmitt (Mulhouse). Ils regrettent que le citoyen algérien ne dispose pas du droit d'opinion religieuse et se demandent pourquoi des pays musulmans qui souhaitent l'ouverture de mosquées en Europe freinent les cultes chrétiens en pays musulman, «Lorsqu'une religion,quelle qu'elle soit, se sent obligée de défendre ses valeurs en interdisant toutes les autres, elle admet implicitement manquer de confiance en elle-même! 

Aujourd'hui, les Eglises protestantes évangéliques en Algérie se voient opposer des interdictions de rassemblement tout à fait scandaleuses. Des congrégations qui voyaient s'unir pour le culte des centaines de personnes se sont vu notifier un ordre de fermeture! Nous pensons en particulier à une église de Tizi-Ouzou, rassemblant quelque 700 chrétiens kabyles pour le culte chaque semaine. Elle fonctionne en toute légalité et transparence, ne s'est rendue coupable d'aucune infraction à la législation et, pourtant, ses responsables, convoqués par les services de police, ont reçu l'ordre de cesser tout rassemblement cultuel!

Le prétexte invoqué par les autorités ressemble à celui que l'on entend si souvent, hélas! aux quatre coins du monde: «Votre église n'est pas enregistrée comme lieu de culte.» Sachant bien sûr que la demande faite en ce sens par l'église depuis plusieurs années est restée sans suite! Alors que par ailleurs cette église fait partie de la Fédération Protestante Algérienne, qui, elle, est reconnue par l'Etat algérien... Comprenne qui pourra! Mais l'essentiel, n'est-ce pas, était de trouver un motif qui puisse être allégué. Vraisemblable ou pas. Il faut une réciprocité entre cultes d'un pays à l'autre Ce qui nous laisse un arrière goût amer, c'est l'absence de réciprocité dans les traitements que connaissent les Eglises entre un pays et un autre!

La France, dans son ensemble, admet la légitimité des diverses religions; de fait, elle autorise et même encourage la construction de lieux de culte musulmans. Ceci est cohérent et nous ne le contestons pas. Là où nous sommes confondus, c'est par l'absence totale de réciprocité! En effet, les nations qui, de l'extérieur de notre pays, «encouragent» la construction de ces mosquées. s'opposent avec une extrême vigueur à la construction, voire à l'existence d'églises chrétiennes sur leur sol! Si, comme plusieurs hommes politiques l'ont recommandé, l'administration française autorisait l'établissement d'une mosquée chaque fois que ces nations autorisent la construction d'une église sur leur territoire, le nombre de mosquées en France aurait étrangement stagné !» 


DNA 23 mars 2008