CA16 Le salut, affaire de communion


Jeudi après-midi, les délégués de France et l'Afrique du Nord ont rejoint les délégués suisses à la Conférence annuelle de l'Église évangélique méthodiste (EEM) à Münsingen. Ils sont entrés en discussion sur le thème de la «sotériologie» avant de faire l’expérience de la communion à  « la Table du Seigneur» .

Gere Luder anime la soirée.

 Au moment de l’apéro.

Un banquet avec incorporation de la Sainte Cène comme Table de communion

Nous commençons par le clip: dans le film de Stefan Zürcher, un aubergiste a parlé d'hospitalité et de communion à table. « Ils sont ensemble, boivent un verre, discutent, s’énervent, se donnent des conseils. Ce qu’on fait dans un bistrot, quoi. C’est parfois un peu superficiel, mais ils se racontent leurs histoires…ou ils jouent aux dés, ou font une partie de jass. L’important c’est d’être ensemble. Je pense qu’ils sont contents quand ils ont pu discuter avec moi ou avec les autres clients. Il me semble que ça les soulage, qu’ils sont un peu plus libérés lorsqu’ils rentrent à la maison. Sauf quand ils ont une dispute, parce que ça arrive aussi. » Sauf quand ils sont ivres …» 

Il est intéressant d'observer la similitude existant entre la vie ecclésiale et la fréquentation d’un restaurant: quand des gens se réunissent, ils ont toujours les mêmes sujets de discussion - mais pas les mêmes réponses. Par conséquent, les délégués sont invités à réfléchir - en petits groupes autour des tables - aux réponses à apporter à ces questions et à ces thèmes de discussion à l'auberge.

Interview du pasteur Stephan Zürcher

Je m’appelle Stephan Zürcher, jusqu’à l’année dernière, j’étais pasteur ici à Tann-Rüti. À côté du restaurant Sandhof, ici, se trouve la chapelle où j’ai vécu. Mon voisin était Rolli Rohner et nous allons nous rendre chez lui pour parler de la communauté autour de la table.

Salut, Rolli, ça me fait plaisir de te voir.

Voici donc Rolli Rohner, aubergiste depuis 25 ans dans le restaurant Sandhof. Merci de nous consacrer du temps.

C’est un plaisir.

Peux-tu nous montrer où tu travailles et nous présenter ton champ d’activité ?

Ok, ça c’est ma cuisine. 

Oui, les jolis appareils pour les cordons bleus.

Elle est petite, mais pratique, mais ça suffit pour préparer les menus.

Quel type de clientèle reçois-tu ?

Surtout des ouvriers, des personnes simples qui viennent boire et manger. Et des familles. Il y a peu de jeunes. Les jeunes sont moins dans ce genre de bistrot, ils ont d’autres intérêts.

Oui, je vois. Ils viennent prendre les dix heures et pour déjeuner ?

Oui, les dix heures ou le petit-déjeuner. Ils arrivent vers 8h30. Et puis à midi et il y en a d’autres qui viennent le soir.

Pour la bière après le boulot…

Oui, pour prendre une bière ou pour manger. Ou simplement pour être ensemble, jouer une partie.

J’imagine que tu as une clientèle fidèle ?

Oui, j’ai vraiment des gens qui viennent depuis des années, et puis parfois on ne les voit plus, il y en a d’autres qui arrivent et d’anciens qui reviennent…

Et puis quand ils sont là, ils font quoi ?

Ils sont ensemble, boivent un verre, discutent, s’énervent, se donnent des conseils. Ce qu’on fait dans un bistrot, quoi. C’est parfois un peu superficiel, mais ils se racontent leurs histoires…ou ils jouent aux dés, ou font une partie de jass. L’important c’est d’être ensemble.

Oui, ils parlent politique et refont le monde…

De la politique. Ils savent généralement mieux que tous les autres comment il faudrait faire. C’est ce genre de discussion de café.

Et ils parlent aussi de choses personnelles ?

Oui, ça aussi. Par exemple quand quelqu’un meurt, ça touche tous ceux qui sont là et qui se connaissent.

Oui, on exprime de l’empathie les uns pour les autres.

Exactement. Et puis il y a des divorces, des mariages. Parfois aussi des naissances.

Oui, je vois, on partage les peines et les joies.

C’est ça. Quand quelqu’un devient papa, il paie la tournée…

Ok, on va s’asseoir ?

Ça marche.

Ce qui est passionnant, et c’est l’une des raisons pour lesquelles je suis venu te voir, toi en tant qu’aubergiste, c’est la question de la communauté autour de la table. Qu’est-ce que tu en penses, qu’est-ce qui est important pour toi à cet égard ? Tu nous as dit tout à l’heure que les gens venaient ici pour discuter, rigoler, boire et manger ensemble, partager leurs peines et leurs joies, et pour moi, tout ça, a quelque chose avoir avec le salut. Tu m’as aussi raconté que des gens qui étaient malades venaient parfois manger ici à midi. Est-ce que tu penses que les personnes qui viennent ici vivent quelque chose en lien avec le salut ? Ou pour utiliser un langage plus simple, quelque chose qui leur fait du bien ?

Souvent, ça leur fait simplement du bien de venir et de parler de leurs soucis. Je pense que rien que le fait d’en discuter leur permet d’avancer un bout. Et ils ressortent d’ici plus légers.

Est-ce que tu peux vraiment observer comment les gens arrivent, comment ils sont quand ils partagent un moment avec d’autres et comment ils sont quand ils repartent ? Est-ce que tu vois une différence sur leur visage ?

Oui, sauf quand ils sont bourrés, là je ne peux pas dire grand-chose !

Évidemment !

Mais en général, je pense qu’ils sont contents quand ils ont pu discuter avec moi ou avec les autres clients. Il me semble que ça les soulage, qu’ils sont un peu plus libérés lorsqu’ils rentrent à la maison. Sauf quand ils ont une dispute, parce que ça arrive aussi.

Oui j’imagine que c’est de temps en temps le cas.

Oui ça arrive et ce n’est pas toujours joli.

Qu’est-ce que ça signifie pour toi de partager un repas avec des amis ? Cette communauté autour de la table ?

En fait, ça m’arrive assez rarement de partager un repas. Je mange souvent seul avant que les clients arrivent et une fois qu’ils sont là, je n’ai plus le temps de m’asseoir avec eux. Mais ça me fait plaisir de voir les gens discuter et passer du bon temps ensemble. C’est gratifiant de voir des gens détendus qui papotent. Je l’avais déjà dit la dernière fois, c’est souvent des clients fidèles qui se connaissent depuis longtemps. Parfois il arrive aussi que des personnes arrivent seules, s’adressent la parole pour une raison ou une autre et finissent par manger ensemble, à deux, trois ou quatre. 

Des gens qui ne se connaissaient pas d’avant ?

Oui, ou juste de vue. Après le repas, leur relation a évidemment changé.

Quel est ton rôle pour eux en tant que restaurateur ?

Je ne sais pas trop…

Comment tu te sens par rapport à eux ? Et eux par rapport à toi ?

Ça dépend. Ceux qui viennent, c’est qu’ils m’apprécient, parce que les autres, ils ne mettent pas les pieds ici. Il y en a aussi quelques-uns que je dois remettre en place parce qu’ils font des bêtises. Et sur le moment, ils sont parfois assez fâchés. Mais ce n’est pas trop grave. Il faut dire que ça peut vraiment m’énerver en tant que restaurateur quand ils font n’importe quoi.

Et là c’est toi qui interviens ? 

Oui, c’est à moi que cela incombe

Ce ne sont pas les autres qui essaient de le calmer ?

Si, ils le font d’abord entre eux, mais quand ça commence à dégénérer et qu’ils se mettent à s’engueuler, c’est moi qui interviens et qui remets de l’ordre. Je leur dis que ça suffit. Oui…je suis bien accepté comme chef.

Et j’ai l’impression que quand tu les sers, tu leur fais du bien, tu leur as donné à manger, tu leur as fait plaisir, c’est un peu normal qu’ils te respectent et que tu assumes ce rôle, en tant qu’hôte.

Oui, c’est vrai. Ce matin par exemple, j’ai eu un gars qui m’a donné un pourboire après le petit-déjeuner. Je l’ai remercié gentiment et il m’a dit que c’était normal et que mes remerciements étaient disproportionnés. Voilà, je suis comme ça, mais pour lui, c’était un peu exagéré. 

Je vois.

Il faut dire que c’est agréable de pouvoir servir les gens. C’est quelque chose que j’aime bien et les gens l’apprécient.

Je veux bien le croire. C’est aussi une image qui revient régulièrement dans la Bible, où Dieu est décrit comme un hôte qui invite à sa table. Il y a aussi les relations entre les gens, qui cherchent à être agréables les uns avec les autres et qui satisfont des besoins très humains, comme boire, manger, discuter, être ensemble, partager. C’est une super image aussi par rapport au salut. Je pense là littéralement au fait d’être libéré de la faim, physiquement.

Oui, ça c’est plus facile chez nous que dans d’autres lieux, où les gens souffrent vraiment de la faim.

Une troisième dimension qui me vient à l’esprit, c’est la question des dons naturels, des aliments. Je me demandais quelle était ta relation avec la nature, avec ce que j’appellerais les dons de la création. Est-ce que tu y penses quand tu fais la cuisine, quand tu sers les clients ?

Oui, j’y pense souvent. Par exemple, je ne jette rien. Je préfère manger les restes moi-même. Ces aliments viennent de quelque part. Et il y a tellement de gens qui meurent de faim, je n’ai pas envie de jeter ça. Alors je les mets de côté et je l’amène à mon fils ou on y mange en famille. Pour éviter d’éliminer de la nourriture. Je ne sais pas ce que les gens pensent, mais j’ai aussi pas mal de clients qui sont croyants et j’imagine qu’ils sont aussi reconnaissants face à cela.

Et la quatrième dimension en lien avec la communauté de la table, elle touche aussi à un aspect religieux. Tu as dit tout à l’heure que les gens parlaient de tout et de rien, de la marche du monde, de Dieu et des hommes. Qu’est-ce que tu fais de tout cela ? De ce doux mélange, quand les clients parlent d’une force supérieure, d’un créateur… 

Oui, j’entends toutes sortes de choses. En ce moment évidemment, il y en a beaucoup qui s’énervent à cause de l’islam. Ça pose un problème à pas mal de gens, je pense même qu’ils ont peur, avec tout ce terrorisme. Mais il y en a aussi un certain nombre qui vont à l’église le dimanche et qui viennent après le culte boire un verre ici.

Après le culte ?

Oui, ils viennent de l’église catholique, là à côté, mais aussi de l’église protestante ou de chez vous peut-être aussi.

Oui. Je trouve intéressant de constater qu’au culte on peut aussi vivre une sorte de communauté autour de la table en particulier en prenant l’eucharistie ou la sainte-cène et que ce moment de partage se prolonge au-delà du culte ici chez toi.

Oui, et l’autre jour, il y avait le dimanche des rameaux, c’est une fête protestante, je crois…

Oui, elle est célébrée partout.

Bref, il y a quelqu’un qui est venu après l’église et m’a donné un petit rameau en me demandant de l’accrocher quelque part. Et je l’ai fait. Logiquement ce sont des gens qui venaient directement de l’église…

Oui probablement de l’église catholique, juste à côté. 

Nous avons abordé plusieurs choses en lien avec la communauté autour de la table. Si tu devais dire ce que signifie ce terme pour toi ou résumer l’essentiel, que dirais-tu ?

C’est manger ensemble, discuter, partager ses soucis, donner des conseils. C’est tout ce que réunit le fait d’être ensemble.

Est-ce qu’on pourrait dire que ça contribue à rendre le monde plus paisible ? Que se retrouver comme ça autour d’une table, dans un restaurant, apporte un certain calme ?

Oui je pense. Une personne qui travaille dans une entreprise a plus de risques de s’énerver que lorsqu’elle est attablée autour d’un repas. Les gens sont plus tranquilles quand ils ont à manger et à boire. C’est plutôt calme ici. C’est rare que les gens se fâchent pendant qu’ils mangent.

À moins que la discussion s’anime vraiment.

Oui, bien sûr, mais on ne voit pas les cuillères voler dans la pièce...

Merci beaucoup d’avoir partagé ce que tu vis et je te souhaite beaucoup de plaisir dans la suite de ton activité de restaurateur. Dass der Friede Gottes Realität werde..

 

Puis Gere Luder, membre du groupe de travail «sotériologie»  et membre de l’EEM de Berne, a invité les délégués à prendre l’apéritif de bienvenue sous la tente de restauration, non pas tant pour consommer que pour discuter. Le but est de vivre le Shalom de Dieu parmi nous. Les membres de la Conférence se collent à gauche et à droite de leur poitrine deux étiquettes pour amorcer la discussion. L’une présente une force et l'autre une faiblesse pour la réalisation du Shalom. Il s’ensuit une discussion animée dans la tente (plutôt limite acoustiquement).

Un shalom holistique

Jörg Barthel, professeur d'Ancien Testament à la Faculté de Théologie de Reutlingen, donne une conférence sur le Shalom le présentant comme une catégorie holistique comprenant des aspects politiques, sociaux, économiques et écologiques. Une façon indirecte de nous dire: Il n'y a pas de Shalom à grande échelle dans une vie personnelle, aussi longtemps qu’à l'extérieur prédomine la détresse politique et sociale. En d'autres termes, le shalom de Dieu ne vise pas en premier lieu mon propre bien-être, et si je ne me dresse pas contre l'injustice et l'oppression dans le monde, je ne connaîtrai pas la paix au sens où Dieu l’entend. « Au fil du temps, l’horizon du schalom s’étend de la relation personnelle en petit groupe de la structure sociale de la société à la sphère des relations internationales ».

Dieu est un Dieu Sauveur, le Dieu des délivrances. Quel lien existe-t-il entre la réalité de ce Dieu avec la convivialité, les arts martiaux et les arbres ? Le groupe de travail «sotériologie» qui a réfléchi ces dernières années à la manière dont nous devrions dire le salut aux hommes d'aujourd'hui, a retenu ces trois images: il est d'avis que l'Évangile peut être communiqué moyennant un dialogue authentique. Il est convaincu également que les discussions tenues autour d’une table sont à rapprocher du shalom biblique, une paix globale. Quant aux arts martiaux, ils peuvent aider à comprendre la nature de la réconciliation et l’arbre, à la fois son enracinement et son processus de croissance, peut aider à saisir la nature de la sanctification.


La pluie battante n’est pas un obstacle

Et puis le grand banquet a commencé sous la pluie battante dans la tente: Trois parties, un quatuor à vent, de l'eau au vin, des témoignages et des nouvelles du monde entier. Sotériologie - Shalom- comme approche globale. Gere Luder anime la soirée, le point culminant de la soirée a sûrement été la participation d’invités pas comme les autres: Le Groupe de travail sotériologie avait auparavant invité des étrangers de Münsingen à manger et à parler ce soir-là - Tom Matter, pasteur de Hunzenschwil, en fait état en direct , Nombreux ont été les bénévoles à prêter main forte, sans lesquels la soirée n’aurait pas été un succès,- un grand merci à chacun d'eux.

… afin qu’ils soient un

En conclusion de la soirée sera célébrée la Sainte Cène deux langues avec 250 participants,avec la distribution du pain et de la coupe qui célèbre le Shalom que Dieu nous acquiert par son Fils bien-aimé, le Shalom dans toutes ses dimensions: « C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine » (Ep 2.13)

Document du professeur Jörg Barthel, professeur d'Ancien Testament à la Faculté de Théologie de Reutlingen Schalom Pensées bibliques concernant le salut

Exposé du professeur Jörg Barthel, professeur d'Ancien Testament à la Faculté de Théologie de Reutlingen

Schalom

Pensées bibliques concernant le salut

"Dieu notre Sauveur (soter) veut que tous les hommes soient sauvés (sozein) et parviennent à la connaissance de la vérité (1 Timothée 2,4)

Dieu veut le salut de tous les hommes et de toute sa création. Cela fait partie des bases de notre foi. Mais comment pouvons nous être crédibles et compréhensibles pour que les autres nous comprennent ? Lorsque nous posons ces questions, nous nous heurtons inévitablement à une série de difficultés :

1.Nos contemporains comprennent-ils ce que nous entendons par "Salut" "Rédemption" "Réconciliation" ou "Justification" ? Il se pourrait que nous élaborions des concepts théologiques superbes, mais que les gens ne comprennent tout simplement pas ce que nous voulons dire. Ou alors ils comprennent tout à fait autre chose. Est ce que le "salut" peut s'entendre par le mot "bonheur" ? Lorsqu'on parle de "justification", s'agit-il d'un acte juridique ?

Celui qui parle de "rédemption", suppose qu'il existe quelque chose dont nous devons être rachetés : qu'en est-il de ce "quelque chose" ? Que faire si quelqu'un ne ressent pas du tout ce besoin d'être racheté ? Devons-nous d'abord lui parler de maladie, pour lui parler de manière convaincante de "salut" ?

Il se pourrait aussi que l'inverse se produise (ce qui est plus probable) : les gens ont le désir de rachat et de salut, mais notre manière de parler et d'agir ne les atteint pas, ne les touche pas dans leur propre misère. Le salut que nous promettons leur paraît trop banal ou à trop bas prix, peut-être même trop beau, pour être vrai.

Mon exposé ne pourra être qu'une petite participation aux réponses à ces questions. Je voudrais procéder en deux étapes : pour que nous sachions de quoi nous parlons, je voudrais donner un aperçu global des représentations bibliques concernant le salut et la rédemption. Je vais dessiner pour ainsi dire, une carte géographique sur laquelle se trouvera notre point actuel et les chemins menant au thème à découvrir. Bien entendu, cette carte sera incomplète, mais même une carte incomplète peut aider à s'orienter.

Dans la 2e partie, je souhaiterais  apporter une éclairage du salut au sens biblique, à savoir l’expression du „Schalom“. En revenant à l’image de la carte géographique, nous allons étudier une partie de celle-ci de manière plus détaillée. Nous choisirons un extrait où nous rencontrerons différentes pensées et expressions bibliques. C’est ainsi que nous pourrons rendre visible, à partir du détail, quelque chose du tout concernant la carte biblique relative au salut et à la rédemption.


  1. Images bibliques du salut et de la rédemption : une carte (incomplète)

Qu’est que la „sotériologie“ ? Selon un dictionnaire théologique reconnu, la sotériologie est un enseignement de la „soteria“, qui veut dire, Salut. De plus il est mentionné que la sotériologie est une discipline scientifique qui traite du salut des hommes et de la rédemption. Dans la théologie protestante, la sotériologie est souvent définie comme un enseignement relatif à la justification et à la réconciliation.

Cette courte définition comprend 2 aspects :

  • D’une part, la sotériologie traite de la question du salut dans une situation d’urgence
  • D’autre part, elle évoque ce vers quoi elle débouche, à savoir le salut.

C’est ainsi que le „soter“ dans la foi chrétienne est le Sauveur, mais aussi le Seigneur“

En regroupant les 2 aspects, nous pouvons dire : nous débouchons vers la rédemption en partant d’un état de malheur (comprenez le non-salut) à un état de salut. 


Schéma

Malheur……………………………………………………………………………………………………> Salut

Rédemption, Salut de l’homme / du monde par Dieu

Ces 3 éléments comprennent une forme de sotériologie. Mais les accents peuvent être posés à différents endroits. Ceci est déjà valable pour la Bible et d’autant plus pour l’histoire des églises avec ses différents confessions et écoles théologiques – sans parler des différentes religions.

Par ex, l’accent peut être mis sur le besoin de l’homme de rédemption. La rédemption est alors la délivrance du péché, de la mort ou du désespoir. Cet accent repose sur l’expérience humaine : celui qui se trouve en prison souhaite en sortir – quoi qu’il arrive par la suite. 

Celui qui est poursuivi ou dans un pays en guerre, souhaite sortir de ce pays – même si le risque est élevé.

D’autres concepts de rédemption mettront l’accent sur l’état de salut, sur lequel débouche la rédemption.  La tradition de l’église parle de béatitude éternelle et de communauté de vie avec Dieu, qui commence déjà dans notre vie ici-bas. Aujourd’hui et ici on parle plus de l’expérience spirituelle du salut, parfois même il est question de succès économique et matériel, que la rédemption apporterait  (soi-disant). Pour le reste, la rédemption fait l’objet de différences quant à la concentration sur l’aspect du salut individuel ou de la création toute entière.

De même le procédé de la rédemption peut être décrit par différentes expressions ou images. En raccord à l’utilisation de termes bibliques, je voudrais différencier 4 modèles de rédemption, qui importent  jusqu’à  aujourd’hui.


Modèle 1 : un premier modèle est d’ordre social ou politique. La rédemption apparaît là comme un acte de délivrance de l’urgence et d’oppression. Cette idée est fondamentale dans l’A.T, à travers la sortie de l’esclavage d’Egypte, image propre de rédemption. Dieu voit le malheur de son peuple, Il entend ses cris et les délivre de l’esclavage „avec Sa main puissante et le bras levé“. Racheter son peuple, c’est l’arracher et le sortir du malheur.

La contrepartie  est représentée par l’arrivée dans un pays où coule le lait et le miel.

Ce modèle est significatif dans l’A.T. et est repris sous différentes formes dans le N.T.

Les prophètes parlent d’une sortie de l’exil, les psalmistes prient pour une délivrance de la pauvreté, de la maladie et de l’oppression, mais également du péché et de la faute. Lors de sa première prise de parole à la synagogue de Nazareth, Jésus cite (cf. Esaïe 61,1..) où cette compréhension de rachat est très explicite :

L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le coeur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés.. (Luc 4,18)


Modèle 2 : la rédemption comme transaction économique du rachat. Cette représentation est la racine de notre thématique de la rédemption. Elle évoque à la base la dissolution d’une hypothèque d’un terrain ou d’un homme endetté, pour lequel une rançon a été payée. Lorsque Dieu est décrit comme le „Rédempteur“ cela signifie qu’Il est Celui qui vient en aide à l’homme qui ne peut s’en sortir lui-même, qu’Il paye une dette que l’homme ne peut régler. Ce modèle apparaît déjà dans l’A.T., dans les célèbres mots de job „Je sais que mon Rédempteur vit“ (Job 19,25). Et Jésus dit de Lui-même : „Je ne suis pas venu pour régner, mais pour servir et pour donner ma vie en rançon pour beaucoup“ (Marc 10.45)


Modèle 3: La rédemption comme acte juridique relaxant un accusé. Sous cet angle, l'idée de "justification" recule - pour la plupart des églises protestantes elle se situe au centre de la doctrine de la rédemption, celle qui nous pose souvent beaucoup de soucis de nos jours.  A ce niveau, se situe une procédure juridique par laquelle l'innocence d'un homme est reconnue par la phrase qui signifie "tu es juste".

Dans ce sens, des accusés innocents prient Dieu dans beaucoup de psaumes, de leur rendre justice et leur renvoyer les faux accusateurs derrière les barreaux. Saint Paul renvoie ce modèle à la situation des gens devant Dieu en général. Tous les hommes, juifs comme païens, sont accusés par la loi et sont reconnus pêcheurs. La grâce de Dieu cependant, veut rendre l'homme libre par la volonté du Christ. Ce ne sont pas les innocents et les justes qui sont libérés, mais justement les fautifs (cf Ro 1.21)


Modèle 4La rédemption comme acte thérapeutique de la guérison. L'expérience de base est à l'origine la guérison du malade. Dans la pensée biblique, la guérison est toujours un processus psychosomatique, qui concerne toute la personne : Lorsqu'on lit "guéris mon âme" cela dit aussi "Apaise ma faim de vivre, de bonheur et de reconnaissance".

C'est pourquoi, dans les psaumes faisant référence aux malades, il est souvent question d'attaques ennemies, de fautes, de solitude. Et la guérison apparaît comme une nouveauté de communion, d'une nouvelle vie, voire le passage de la mort à la vie.

Jésus aussi, n'évoque pas seulement la guérison corporelle - elle est souvent reliée au pardon des péchés et de nouvelle communion (par ex Marc 2,1-12). Et la croix comme symbole central de la foi chrétienne signifie : un blessé, dont les plaies sont guéries de manière visible, apporte la guérison. Ce modèle thérapeutique de rédemption a souvent été mise en retrait par rapport à la justification dans la théologie évangélique. Elle continue cependant à être vivante dans quelques traditions et est re-découverte de nos jours (par ex. Theodor Runyan).

Bien sûr, on pourrait citer d'autres modèles de rédemption, comme le culte de l'expiation et du pardon, ou du cosmique par la transformation et nouvelle création du monde. Pour des raisons de temps, je vais en rester à ce bref aperçu.

Chacun et chacune est invité(e) à continuer à réfléchir pour amener sa pensée sur la carte géographique mentionnée. A cela s'ajoute alors la question : à quels modèles se rattachent des expériences d'aujourd'hui ?  Où les hommes se sentent-ils emprisonnés et se languissent de liberté ? De quelle manière se sentent-ils dépassés et rêvent de soulagement ? Où expérimentent-ils l'accusation et attendent-ils  d'être libérés ?  A quels moment se sentent-ils malades, blessés et espèrent la guérison ?

Ich möchte im Folgenden einen biblischen Ausdruck genauer in den Blick zu nehmen, der wie kein anderer das Heil, also das Ziel der Erlösung beschreibt. Ich meine den hebräischen Ausdruck schalom.

Dans ce qui suit, je voudrais me pencher plus précisément sur l'aspect biblique, qui comme nul autre, ne décrit le salut, donc le but de la rédemption. Je veux parler du mot hébreu "schalom".


2. Le salut dans son étendue - Schalom dans l'A.T.

Le mot hébreu schalom est le plus souvent traduit par "paix" alors qu'il a une signification beaucoup plus vaste (rien que l'ancienne traduction grecque de l'A.T. en connaît 20 différentes).

Schalom signifie en réalité autant que "plénitude, totalité, donc un état incluant la perfection, le bien-être, la richesse de vie et la communion. Aucun autre mot hébreu ne se rapproche autant de celui que nous appelons "salut". Afin de classer un peu le nombre important de ces expressions, je voudrais distinguer 4 dimensions du schalom. De cette façon, nous regarderons sous peu aux expériences contradictoires et nous interrogerons quant à la signification actuelle de salut et de rédemption.

a) La dimension personnelle  - bien-être individuel

A plusieurs endroits, schalom siginifie le bien-être de l'individu dans le cadre d'une relation personnelle. Cela se traduit dans la marque de salutation, qui encore aujourd'hui est utilisée dans les les langues sémitiques - ex: salam, selam, ou analogue. Lorsque Joseph s'adressa à ses frères pour s'enquérir de leur état (1er schalom) et dit : "Est ce que votre vieux père va bien (retraduit - votre père a-t-il schalom) ,.....

Et ils répondirent : Ton serviteur, notre père va bien (ton serviteur, notre père a schalom) (1 Genese 43,27) Dans le cadre de la salutation de paix, l'un assure l'autre de la réception du cercle de vie du schalom. Alors Le vieil homme dit " Paix à toi (schalom leka). Tout ce qu'il te faut, tu le trouveras che moi (Juges 19.20). L'hôte s'engage, dans la mesure du possible, à assurer la sécurité et l'approvisionnement pour son invité.

De manière similaire, on s'exprime en se quittant en souhaitant la sécurité et la protection. C'est ainsi que Joseph dit à ses frères "Retournez en en paix (1er schalom) chez votre père (1 Genese 44.17). Comme les nombreux petits "au-revoir", il peut s'agir d'un dernier au revoir - du passage de la mort au Père "dans la paix". (Genèse 15.5).

Nous pouvons voir que la forme élémentaire du salut est l'expression journalière du "ça va" dans le sens global. S'y ajoutent la satiété, le bien-être, la santé, la sécurité, l'intégrité mais aussi "se supporter mutuellement" et trouver des solutions. Le salut apparaît dans cette dimension comme quelque chose de tout à fait normal et habituel de tous les jours (on dit que la paix commence au petit-déjeuner). Cependant rien de tout cela n'est évident, ni banal.

Le sociologue Hartmut Rosa montre dans son nouveau livre "Résonance" combien les gens vivent de rencontres avec d'autres et avec le monde et expérimentent une "résonance" (un écho) qui amène un élan en nous. Que ce soit dans la famille, à l'école au travail, en politique ou dans la nature : nous vivons comme "salutaire" les rencontres, lorsque cela ne nous laisse pas froid ou indifférent, mais nous touche et lorsqu'à l'inverse, nous nous situons comme ceux qui font bouger les choses et leur apportent de l'élan.

Rosa diagnostique dans les sociétés modernes de l'ouest, une crise profonde de "résonance". Cela signifie : nous rencontrons notre entourage en premier lieu de manière à contrôler, gérer et maîtriser. La capacité de résonance meurt peu à peu (nous vivons de manière détachée alors que semaine après semaine, des centaines de personnes se noient dans la Méditerranée).

Mais l'envie de résonance reste. Les conséquences sont des crises sociétales graves, comme la crise pour la démocratie, pour l'écologie, mais aussi des crises personnelles , l'augmentation affolante des syndromes d'épuisement (le fameux burn-out). Lorsque le salut n'est pas seulement à trouver dans une province religieuse spécifique mais concerne toute la vie humaine, nous avons grandement raison de réfléchir intensément à ces questions. Où et quand les personnes dans la foi, dans nos communautés perçoivent-elles de la résonance ? Où sont-ils touchés et font-ils l'expérience de toucher les autres ?


b) La dimension sociale et politique : le salut de la communauté

Dans ce qui a été dit précédemment,  il apparaît déjà clairement que le bien-être individuel est intiment lié au schalom de la société dans l’ensemble. Le sens de l’AT. Le traduit comme :  schalom est relié irrémédiablement avec justice (zedaqah). C’est très bien illustré dans la demande pour le roi dans le psaume 72 :

V.1-4

Le souhait , selon ce qui est exprimé, est que le roi assure le salut / bien-être de tout le peuple. Au sens biblique, ceci ne peut être réalisé que si l’on rend justice aux pauvres et aux opprimés et que les méchants soient exterminés.

Au contraire, il jugera les faibles avec justice et corrigera les malheureux de la terre avec droiture. Il frappera la terre par sa parole comme par un coup de bâton, et par le souffle de ses lèvres il fera mourir le méchant. (cf Esaïe 11-1-5)

Lorsque nous retraduisons cela dans notre langue : des relations de salut ne peuvent être envisagées sans justice sociale. La Bible interdit de scinder le bien-être personnel de la paix sociale. Nous retrouvons cela , exprimé, d’une autre manière, dans les belles paroles du psaume 85.11 :

« La bonté et la fidélité se rencontrent, la justice et la paix s'embrassent » .

La dimension sociale est étroitement liée à la dimension politique : le pays d’Israël est apparu dans l’histoire comme une société guerrière. Mais au fil du temps; l’horizon du schalom s’étend de la relation personnelle en petit groupe de la structure sociale de la société à la sphère des relations internationales.

C’est ainsi que les prophètes  critiquent dans des termes très vifs toute tentative d'assurer la paix par la force des armes. Et ils rêvent d'un monde où les peuples cesseraient de se faire la  guerre, oui désapprendraient littéralement  la guerre selon les  instruction de Dieu (Esaïe 2,1 à 5; Michée 4,1-5). Le shalom franchit les frontières politiques et ethniques complètement en Jésus de Nazareth et s’ouvre à toute forme d’humanité.

Qu'est-ce que cela signifie pour nous? Si nous voulons parler de façon crédible et convaincante du salut et de la rédemption aujourd'hui, alors nous ne pouvons pas ignorer la question des besoins sociaux de notre société et les problèmes politiques d'un monde déchiré par la guerre et la violence. Toute forme de salut égoïste contredit le témoignage de la Bible - quand bien même il peut être aussi en vogue dans une culture de l'égoïsme.


c) La Dimension cosmique:  le bien-être de la nature

Le Psaume 72 nous montre encore une troisième dimension de shalom. Il y est dit que les montagnes peuvent porter le shalom et les collines la justice (z5daqah). Ce n’est pas seulement une image pour la paix sociale de la société. Bien plus, le shalom d’un point de vue hébraïque comprend aussi le domaine de la nature. Un peu plus tard, le psalmiste demande :  « Que le pays produise quantité de blé, que ses moissons ondulent sur les hauteurs, qu'elles soient florissantes comme les montagnes du Liban, qu'elles s'épanouissent, depuis la ville, comme l'herbe des champs ! »(Psaume 72.16).

On pense ici de plus à l’impact d’une bonne gouvernance sur la bonne santé de l'agriculture. Toute personne qui a été un jour à Sienne, se souviendra de la fresque de Ambrogio Lorenzetti « l'allégorie du bon et du mauvais gouvernement ». Mais il y a ici plus que cela: dans la pensée vétérotestamentaire, la société et la nature sont intrinsèquement liées (voir aussi Esaïe 11,1-9; Psaume 85,12ss ..).

En d'autres termes, le salut véritable comprend non seulement le bien-être personnel et les relations sociales, mais aussi la création. La relation entre la paix, la justice et la sauvegarde de la création a des racines bibliques. À l’inverse, cette relation se montre aussi chez  le prophète Osée: selon Osée, l'absence de connaissance de Dieu et de la solidarité dans la société ont eu pour conséquence une grande sécheresse et la mort du bétail, des oiseaux et du poisson (Osée 4,1-3).

Dans Romains 8, Paul évoque le gémissement de la création qui avec nous attend son salut. Face à la crise écologique, nous reconnaissons aujourd’hui qu’une économie axée sur la croissance continue épuise et détruit à la fin les ressources naturelles de la planète. Le shalom a inévitablement une dimension écologique.

Cela a aussi quelque chose à voir avec la résonance: Si l’on ne regarde la nature et qu’on ne l’utilise que comme fournisseur de matières premières et boite à outils, nous serons incapables d'entendre la voix du Créateur en elle. Elle ne peut pas nous parler ni même chanter. Mais si nous avons les yeux ouverts, alors nous sommes étonnés de voir la splendeur invisible du Créateur dans la nature.

Mais qu’en sera-t-il des blessures et ses cicatrices voir que nous avons infligées à la nature. Mais si nous ouvrons nos oreilles, nous pouvons entendre le chant que le ciel entonne aujourd'hui (Psaume 19). Mais nous allons aussi entendre  le gémissement inaudible de la création dans es cris des animaux, dans la fureur du vent et le bruit des glaciers. Le shalom dont la Bible parle, est non seulement une affaire individuelle, ni même une affaire d'humanité - il se rapporte à la création tout entière.

d) La dimension religieuse: Dieu, source du schalom

Et comment Dieu entre-t-il en jeu? Dieu est la source du shalom dans toutes ses dimensions. Comme la bénédiction (berakah), le shalom est une force qui émane de Dieu et qui pénètre à la fois la sphère sociale et le domaine naturel.

Par conséquent, le shalom est  la quintessence de la bénédiction que Dieu accorde à un individu ou à son peuple, "Dans ton territoire, il assure ton bien-être, il te donne en suffisance le meilleur blé.Il crée la paix dans tes frontières  (salut /shalom) et vous remplit avec le meilleur blé» (Psaume 147.14). La bénédiction d'Aaron dans Nombres 6,24 à 26, dont nous parlons aujourd'hui lors de nos  cultes, se terminent avec le voeu ». 24“Que le Seigneur vous bénisse et vous protège ! 25Que le Seigneur vous regarde avec bonté et vous accueille favorablement ! 26Que le Seigneur vous manifeste sa bienveillance et vous accorde la paix ! ”

Qu’il  te donne la paix (shalom)! ». Dans les deux cas, il est question d’un bien-être global dans toutes les dimensions de la vie. Voilà pourquoi les prophètes décrivent la bonne nouvelle de la nouvelle attention de Dieu à l’égard de son peuple comme un message de shalom: « Qu'ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de ceux qui prêchent la paix (shalom), apportent de bonnes nouvelles, annoncent le salut (jeschuah) et disent à Sion: « ton Dieu est Roi » (Esaïe 52,7).

Nous voyons que shalom n’est pas dans  l'Ancien Testament un concept spécial théologique ou religieux, mais une expression de la plénitude d'une manière globale, dans un sens holistique. Il n'est pas une distinction stricte entre la dimension divine et la dimension humaine. C’est également la raison pour laquelle que la paix entre Dieu et l'homme n’est mentionné que très rarement (comme dans Esaïe 27,5).

Dans le Nouveau Testament, la dimension théologique de shalom est soulignée: "Ainsi, nous avons été rendus justes devant Dieu à cause de notre foi et nous sommes maintenant en paix avec lui par notre Seigneur Jésus-Christ. », écrit Paul (Romains 5.1). Mais même ici, on ne peut pas détacher la relation avec Dieu des autres relations. La paix avec Dieu influera sur les relations humaines à l'intérieur et à l'extérieur de l'Église (Romains 12,18; 14,19). Celui qui ne reconnaît pas le Christ dans le visage du prisonnier et du réfugié ne va pas le reconnaître également comme son Sauveur personnel.

3. Remarques finales

Je termine avec trois courtes  thèses pour encourager une réflexion plus approfondie:

1. Le salut dont la Bible parle est une approche globale, holistique: il ne couvre pas seulement la relation avec Dieu, mais aussi nos relations avec les autres, la création non humaine et nous-mêmes. La personne qui vit en conformité avec Dieu, avec. les autres, avec lui-même et le monde, vit dans le domaine du shalom, dont la source est Dieu.

2. Nous parlons du salut dans un monde perdu. Tant que nous vivons dans un monde déchiré par la violence, l'injustice et le manque d'amour, les forces de shalom sont en contradiction avec les forces de la discorde. Par conséquent, le salut ne peut jamais être un état définitif, mais seulement un processus. Le salut pour nous ne peut pas être une autre figure que celle de la guérison de l’être brisé, déchiré et blessé.

3. Nous vivons dans cette tension entre l'expérience du salut dans ce monde et l'attente du monde à venir où tout ce qui est perdu sera guéri. Par conséquent, chaque expérience du salut véritable porte en elle le désir de la rédemption définitive, que nous attendons avec l’ensemble de la création.

J. Barthel (2016)