CA16 Le chant, les arts martiaux et les arbres comme symboles du salut


« Être sauvé ! Comment le dire ? Quel langage faut-il utiliser pour annoncer l’Évangile ? En d’autres termes : peut-on annoncer l’Évangile sans utiliser les mots de l’Évangile ?» C’est sur cette question qu’a porté la journée de formation de la Conférence annuelle de l'Église méthodiste (EEM) toute la journée du samedi. Outre les quelque 270 membres de la Conférence, quelque 50 autres personnes issues des communautés locales EEM y ont pris part.

Michael Nausner, professeur de théologie systématique à Reutlingen

Pasteur Stefan Pfister fait faire au surintendant Jörg Niederer un exercice Taekwondo.

Ralph Kunz, Professeur de théologie pratique

Au cours de la Conférence, samedi, sont revenues au premier plan les trois illustrations sur lesquelles le groupe de travail de "sotériologie" (en grec «doctrine du salut») avait travaillé avant la Conférence:

  • le Shalom comme table de communion, 
  • la réconciliation comme moyen de mettre un terme au cycle de la violence,
  • la sanctification comme un processus de croissance, dont le symbole est l'arbre.

Le pasteur Urs Rickenbacher et Maria Schwaller de Soleure ont entrainé les participants de la journée de formation dans un moment de chant pour exprimer la ferveur du salut et ont même osé esquisser quelques pas de danse.

Michael Nausner, professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie méthodiste de Reutlingen, a pris le chant communautaire comme le fil conducteur de son exposé du «salut comme formulation diversifiée de la grâce ».

Le chant est pour lui une métaphore, un symbole, « de la vie chrétienne comme vie de disciple ». En se référant à la chanson «Amazing Grace», le professeur a dit qu’une vie rachetée ne commençait pas quand quelqu'un se déclare convaincu d'une nouvelle doctrine, mais dans le fait que quelqu'un « a été touché par une nouvelle mélodie ». Une théologie rationnelle et une musique sensuelle ou émotionnelle vont de pair.

« Depuis sa création, le chant Amazing Grace a profondément touché d'innombrables personnes. Il ne met d'abord pas en évidence le contenu rationnel de la grâce, mais plutôt le «son doux» de la grâce: Amazing Grace, how sweet the sound » … . Cet aspect sonore subsiste dans les traductions allemandes, de manière significative, même si la plupart du temps l’expression n’est pas traduite telle quelle, pour moi c’est néanmoins crucial ».

Dans une autre image, il a cité un luthier Martin Schleske: « Ce que le bois représente au son de mon violon, de la même façon la foi qui se met en quête et à l’écoute constitue un élément déterminant dans ma vie »

En d'autres termes, le bois devient porteur du son - une caisse de résonnance - de la même façon que la foi porte la voix de Jésus-Christ et de l’action de l'Esprit de Dieu. 

La musique est pour lui, Michael Nausner, aussi une image de l'espérance audacieuse de la foi chrétienne dans un monde marqué par la guerre et la détresse: « tout autant que la musique, la foi ne peut pas être vaincue par des jets de pierres ».

L’exposé du professeur de théologie systématique à la Faculté de théologie méthodiste de Reutlingen, Michael Nausner en allemand Einen neuen Ton anschlagen – Erlösung als Einstimmung in den vielfältigen Klang der Gnade (476 ko)

„La réconciliation est au prix d’un combat“

Stefan Pfister, pasteur EEM à Davos, a parlé de son passe-temps favori, le Taekwondo, un art martial, qu'il a appris aux côtés d'un de ses camarades d’études sud-coréen. Depuis qu'il a été affecté en 2011 à la paroisse de Davos, il s’est impliqué dans le club local de taekwondo. Pendant deux ans, il a entrainé les enfants. Les exercices de Taekwondo - et les participants à la Conférence ont pu essayer quelques-uns d'entre eux sur place - ne font pas seulement appel au corps, mais aussi à des vertus telles que l'humilité, la persévérance, l'autodiscipline et l’invincibilité.

Stefan Pfister a souligné le lien étroit entre les émotions et le bien-être physique. Selon la tradition de l'Église, la haine, la colère et l'envie sont qualifiées de péché, et même comme des péchés mortels, dit-il. À l’opposé, la vie chrétienne idéale est assimilée à l'amour, la douceur, la bonté, etc.

On oublie que l'amour et la bonté peuvent dévier en violence psychologique: manipulation et possessivité sont les meilleurs faux amis de l’amour et de la bonté. Le manipulateur, par exemple , c’est quelqu’un qui fait preuve d’une générosité débordante et cherche par cette stratégie à faire en sorte que vous vous sentiez redevable envers lui. 

En revanche, les sentiments forts que sont la colère et l'agressivité ont été dépréciées, combattues ou réprimées. Les conflits ont été masqués, minimisés et harmonisés.

Dieu a toujours eu la réconciliation en vue, mais on pouvait aussi avoir à se battre contre lui, disait Stefan Pfister en rappelant le combat entre Dieu et Jacob au Torrent de Jabbok. Dieu se place sur le chemin des hommes, entame une bataille avec eux, de manière à faire d’eux à l’arrivée des êtres plus forts et bénis.

En Taekwondo, les adversaires se prosternent à la fin de la lutte, et remercient leur compagnon de lutte. «Qu’arrivera-t-il le jour où nous serons confrontés les uns aux autres, allons-nous mener la bataille de façon à ce qu’autrui reparte plus fort et béni ? », telle fut la question que posa le pasteur en guise de conclusion.

Interview du pasteur Stefan Pfister, EEM Davos

Je suis à Coire, Stefan Pfister, pasteur de l’EEM de Davos et ce matin, j’ai prévu de rencontrer Fadri Erni, pour parler de taekwando, de réconciliation et de son travail en tant que secouriste.

Ah, le voici. 

Salut Stefan !

Salut Fadri, ça me fait très plaisir de te voir merci de te prendre le temps de venir discuter avec moi. On y va ?

Fadri, bien qu’on se connaisse depuis 5 ans à travers le club de taekwando, je ne sais pas grand-chose sur ta vie. Qui est Fadri Erni ?

Fadri Erni est marié depuis environ 15 ans, avec Martina, j’ai trois enfants :  une belle-fille et deux enfants à moi. Ils ont 11, 13 et ma belle-fille 22 ans et elle travaille aussi ici à l’hôpital cantonal, comme infirmière. Je vis à Davos-Laret depuis environ 8 ans.

Ça veut dire que tu fais la navette entre Davos et Coire. 

Oui, le trajet en voiture me prend une cinquantaine de minutes de Davos à Coire.

En parlant de Coire, tu y travailles comme secouriste. Comment en es-tu arrivé là ? Qu’est-ce que tu faisais avant ?

C’est une longue histoire. J’ai fait un apprentissage d’électricien, mais je n’ai pas travaillé longtemps dans le métier. J’ai posé des rails pendant 6 ans, j’ai pas mal roulé ma bosse, et puis j’ai été engagé dans les chemins de fer, où je travaillais à la saison avant de pouvoir intégrer le service technique, comme électricien. On m’a alors proposé de faire patrouilleur sur les pistes et c’est là que j’ai eu mes premiers contacts avec le service de secourisme de Davos. Ils m’ont demandé si j’avais envie de travailler comme auxiliaire de transport sur la base d’un salaire horaire. Ce boulot m’a beaucoup plus et j’ai décidé de continuer dans ce domaine et d’en faire mon métier. J’ai commencé ma formation à Davos, mais j’avais un salaire d’apprenti et avec une famille ce n’était pas jouable. Je suis donc parti à Horgen (Zurich) et j’ai fait la navette entre Horgen et Davos pendant 7 ans. Là, c’est un peu plus près, à Coire. Ça fait maintenant une année que je travaille ici comme secouriste.

Une année ? Et ça te plaît ? 

Oui ça me plaît énormément.

Tu as vraiment fait tout un chemin. C’est passionnant. Peux-tu nous dire quelle est la situation la plus difficile que tu as vécue ?

C’est le jour où on m’a appelé pour un enfant d’une semaine avec des problèmes respiratoires. On est arrivé et l’enfant était déjà mort, visiblement depuis plusieurs heures. Il était tout bleu et rigide. Et devoir gérer les parents n’a pas été évident. Ils étaient aussi très croyants, catholiques, et cinq minutes après nous, un curé est arrivé. Il est arrivé avec la lumière bleue. Et la manière dont ils ont géré tout ça, c’était vraiment spécial. Mais bon, une semaine, nous avons aussi des enfants, ça te touche forcément plus. Ça m’a vraiment beaucoup impressionné.

As-tu la possibilité de déposer tout ça ? Y a-t-il un service interne, un lieu où tu peux discuter de ce qui te préoccupes, de ce que tu vis ?

Oui, il y a un service de soins interne à l’hôpital de Coire. Ce sont des pasteurs ou des personnes formées à cet effet, des psychologues, mais pour moi, le mieux c’est d’en discuter entre collègues et c’est ce que nous avons fait. On a parlé de ce qu’on ressentait et pour moi ça a suffi, mais il existe effectivement des possibilités de bénéficier d’un service spécialisé.

On ne se connaît pas du service de secourisme ni de l’hôpital, mais du taekwondo et c’est la raison pour laquelle nous avons cet entretien, et là aussi, j’aimerais bien savoir comment tu en es arrivé à faire du taekwondo. Depuis quand tu le pratiques ?

En fait, je n’ai pas commencé avec le taekwondo, mais avec le judo. Mon père en faisait aussi et j’ai commencé en 1975, j’avais donc 8 ans. J’ai pratiqué le judo pendant environ 9 ans et puis j’en ai eu assez de cet esprit de compétition et j’ai cherché autre chose. Un copain qui était aussi électricien m’a alors fait découvrir le Taekwondo. A l’époque, c’était Ernest Werner qui m’entraînait et j’ai trouvé ça super. J’ai commencé en 84, ça fait donc près de 32 que je pratique le taekwondo ici, à Davos.

Oui, et il y a une semaine, ou dix jours, tu as passé avec brio ton 5e dan. J’ai pu vivre personnellement une partie de ton examen et prendre quelques photos et je te félicite encore une fois très chaleureusement pour ce 5e dan. Au fait, combien y a-t-il de dans en taekwondo ? Où s’arrêtera ta fulgurante ascension ?

Merci beaucoup ! En théorie, il y a 9 dans. Mais pour un Européen, c’est très difficile d’obtenir le 9e dan et on s’arrête souvent au 7e ou 8e dan. Cela dit, ce n’est pas un but en soi. L’évolution peut aussi se faire sans obtenir de dans. J’ai par exemple été en Corée et je dois dire là-bas c’est très différent. Les Occidentaux attachent beaucoup plus d’importance aux ceintures noires, alors qu’en Corée, c’est quelque chose de tout à fait normal. Un homme qui fait son service militaire obtient automatiquement son 1er dan, et ça ne veut rien dire. Ce n’est qu’à partir du 4e dan que ça devient sérieux et que tu commences à être respecté. Les gens te disent alors « Ah, tu fais du taekwondo, tu as ton 4e dan » et pour eux ça veut dire quelque chose. Jusque-là, du grade 1 à 3, ce n’est que de la garniture, parce que n’importe qui peut atteindre ces niveaux sans gros effort. 

Peux-tu nous parler du principe ou du but du taekwondo ? Est-ce qu’il y a un contenu que tu dois apprendre et connaître ?

Oui, pour moi, les objectifs sont très importants : la modestie, le respect, l’endurance, l’invincibilité, enfin, l’invincibilité au niveau mental, ce sont des objectifs auquel je me tiens, ou plutôt auxquels j’essaie de me tenir, parce que ce n’est pas toujours facile, mais j’aimerais bien les intégrer davantage dans mon quotidien. 

Quant au principe fondamental du taekwondo, c’est de se développer physiquement et mentalement à travers l’art du combat. Le mot-clé étant la poursuite du développement.

Avant de revenir au contenu, j’ai une question : dans le taekwondo, tu apprends le combat, tu apprends aussi à maîtriser les techniques d’auto-défense, qui sont d’ailleurs un peu ton domaine de prédilection, puisque tu nous donnes souvent toi-même des cours d’auto-défense. Y a-t-il eu des situations où tu as été content de pratiquer le taekwondo ? Des situations où tu as été menacé physiquement, où tu as dû te défendre et où tu as été content d’avoir appris à l’auto-défense et le combat dans le cadre du taekwondo ?

Non, ça ne m’est jamais arrivé. Je pense aussi qu’au fil des années, on acquiert une sorte de sixième sens et on sent qu’il faut partir dans une autre direction. On préfère éviter le problème. Ça fait aussi partie de l’auto-défense. Parce que la confrontation n’est jamais bonne pour personne. Je pense aussi qu’il faut savoir reconnaître quand la situation dégénère et doit être gérée autrement. Je crois que si on arrive à admettre cela, entre 80% et 90% des situations se résolvent d’elles-mêmes. Quand la confrontation se produit réellement, ce que je n’ai jamais vécu, ça devient difficile.

Tu as déjà pratiquement répondu à ma question, mais peut-être que tu voudras ajouter quelque chose. D’un côté tu travailles dans le secourisme, tu sauves des vies, tu t’engages pour la vie d’autrui, et de l’autre tu pratiques le taekwondo où tu es dans le combat, dans la défense et où, dans le pire des cas, tu peux être amener à blesser ou même à tuer quelqu’un. Est-ce que tu arrives à concilier les deux ?

Oui, c’est une bonne question. En fait les deux choses ne s’opposent pas vraiment. Je pense qu’à l’époque déjà, les maîtres en arts martiaux avaient des sortes de championnats dans le domaine de la médecine, la médecine chinoise évidemment, ça allait donc déjà ensemble. Non pas que je sois médecin, mais je pense effectivement que les deux peuvent tout à fait aller de pair. Dans mon cas, il faut aussi relever que l’un est mon métier, alors que l’autre est un hobby. Cela dit, je crois qu’ils vont tout à fait compatibles.

Tu as parlé tout à l’heure du fait qu’une situation peut dégénérer. Est-ce ce que les principes et les objectifs que tu as appris au taekwondo - je sais que dans les arts martiaux on apprend aussi des notions médicales -, est-ce que ça t’a déjà aidé concrètement dans ton métier de secouriste ? Est-ce que ce sont des choses qui se complètent bien ?

Oui absolument. Nous avons beaucoup de situations où nous sommes confrontés à des gens souffrant de maladies psychiques ou à des alcooliques ou des toxicomanes et là, le fait d’avoir fait de l’auto-défense m’a aidé. Je sais que j’aurais les capacités de me défendre si nécessaire et ça me donne une certaine confiance en moi. Cette assurance que je dégage alors m’a pas mal aidé. Dans ces moments-là, on sait qu’on n’a rien à faire, on dégage simplement cette confiance, notre attitude corporelle reflète le fait qu’on n’est pas une victime, qu’on n’a pas peur. Du coup, peut adopter une attitude proactive et dire « Eh, doucement, il n’y a pas de souci, on est là pour t’aider » et je crois que le calme qu’on doit avoir en tant que secouriste me vient aussi de ce que j’ai appris dans les arts martiaux. Donc oui, ça m’a aidé, et même beaucoup.

On est là en plein dans le sujet qui nous intéresse. En tant que secouriste, tu l’as dit, tu interviens parfois dans des situations de conflit, tu dois parfois t’interposer dans des disputes, tu as probablement toi-même vécu des situations relationnelles compliquées…que signifie pour toi la réconciliation ?

C’est très important qu’on puisse se réconcilier, qu’on puisse pardonner, qu’on puisse dire « je te pardonne », ce qui n’est pas toujours évident suivant ce qui s’est passé, et de ce point de vue, c’est quelque chose d’essentiel. Je suis plutôt quelqu’un qui recherche l’harmonie, je ne dirais pas que j’en suis dépendant, mais j’en ai besoin, presque trop puisque j’ai justement tendance à éviter les conflits et à tout faire pour qu’une situation ne dégénère pas. Dans ce sens, la réconciliation est vraiment très importante pour moi.

Est-ce que tu as un exemple que tu veux et peux partager d’une situation où tu as pu contribuer, grâce aux connaissances acquises au fil des années dans ton activité de secouriste et dans le taekwondo, à ce qu’une réconciliation ait lieu ? A ce que des gens aient pu se pardonner ?

Là, comme ça, je n’ai pas d’exemple concret en tête, non. Ou peut-être que je ne le sais pas. C’est possible que j’aie pu contribuer à une réconciliation, mais je n’en ai pas connaissance.

Et dans ta vie privée ? Dans ta famille, avec tes trois enfants qui sont entrés dans ta vie par des voies différentes, est-ce que tu as vécu des situations de réconciliation ? Peut-être lors de disputes entre les enfants où tu as pu les aider à se regarder droit dans les yeux et où tu as pu contribuer à les réconcilier, notamment en utilisant les principes du taekwondo ?

Oui, avec ma plus jeune fille, qui est très sûre de soi et qui sait ce qu’elle se veut, il y a pendant longtemps eu des tensions, notamment parce que j’étais souvent loin de la maison et que pour elle, qui avait 7 ou 8 ans, c’était difficile à comprendre et à accepter. A cette époque-là, on se disputait souvent, mais avec le temps, la situation s’est apaisée. Maintenant, on s’entend super bien et je pense que le principe de notre art martial qui est de préserver l’amitié et de promouvoir un groupe fort a contribué à ce que je puisse lui dire : « Allez, on oublie, on s’accepte comme on est », car c’est bien en ça que consiste la réconciliation. Le taekwondo m’a aidé à pouvoir le lui dire et y croire et apparemment, elle a elle aussi fini par pouvoir accepter la situation telle qu’elle était.

Si je comprends bien, tu as appliqué à ta famille le principe du taekwondo selon lequel il faut préserver l’amitié et promouvoir un groupe fort, celui de ta famille.

Absolument, c’est un principe qui s’applique à toutes les situations de la vie et en particulier à la famille.

La réconciliation est fortement liée à la religion. Ou en d’autres termes, la religion recherche, du moins l’espérons-nous, la réconciliation. Que signifie cette association pour toi, dans ta vie ? En quoi est-ce que la foi t’aide dans la réconciliation ?

Je pense que ça permet de prendre du recul, de se sentir soutenu. Lorsqu’on se souvient qu’il y a une instance supérieure qui nous pardonne, ça devient plus facile de pardonner à l’autre. C’est pourquoi je considère que la foi, la religion et la réconciliation vont ensemble. Il me semble que les gens qui n’ont pas la foi ne peuvent pas vraiment se réconcilier les uns avec les autres, parce qu’ils n’ont pas ce recul ni ce soutien. C’est pour ça que pour moi ces trois éléments vont de pair.

Je reviens à ce que je disais, le taekwondo est un art martial. Nous faisons tous les deux du taekwondo, toi tu as commencé avec le judo, mais je pourrais aussi prendre l’exemple du karaté ou de tout autre art martial…est-ce qu’on peut dire que les arts martiaux ont pour but final la réconciliation, et non pas la blessure ou même la mort ?

Oui, je pense que si tu considères l’art martial comme un chemin, comme un des chemins possibles de ta vie ou comme un bout du chemin de ta vie, alors cela en fait partie : la réconciliation avec soi-même et le travail sur soi. Ce sont en fait là les objectifs principaux de l’art martial en tant que chemin. Parce que le taekwondo, qui signifie justement « la voie », c’est vraiment un travail sur soi, c’est être réconcilié avec soi-même, c’est pouvoir dire à son opposant « Allez, laisse tomber, allons plutôt boire une bière, ça sera mieux pour tous les deux que de se taper dessus ». Il y a naturellement aussi un autre aspect qui met davantage l’accent sur le combat, sur l’auto-défense, et là c’est à mon avis plus difficile d’intégrer la notion de réconciliation, parce qu’alors l’intention est plutôt de faire mal à quelqu’un que de trouver des solutions.

J’espère que tu n’auras jamais à faire mal à quelqu’un. J’espère que si un jour tu te trouves dans une situation critique dans laquelle tu es agressé ou un membre de ta famille est agressé, ce que tu as appris avec le taekwondo te permettra d’agir avec confiance, d’éviter que la situation dégénère et d’arriver à une réconciliation plutôt que de blesser quelqu’un. Parce que je sais que tu es capable de blesser ; je sais aussi que tu peux faire mal parce que j’en ai fait l’expérience dans le cadre de nos entraînements et de nos exercices, et j’espère que tu n’auras pas à l’appliquer dans la vie réelle. 

Merci beaucoup pour cette discussion et tout de bon à toi et à ta famille pour la suite.

Merci Stefan.

Grandir comme un arbre

« Quelles sont les caractéristiques d'une spiritualité mûre ou d’une foi mature? » Telle est la question que posait Heidi Schnegg, en charge de la commission EEM consacrée aux séniors. Les participants ont pu répondre à cette question par l'intermédiaire de SMS. Leurs réponses ont été projetées au fur et à mesure sur l’écran. On part de "sérénité" pour souligner le fait de « sentir en sécurité dans ce que je crois» et «la confiance» pour aboutir au « respect des opinions des autres » et finalement  « je peux poser à Dieu des questions inconfortables ».

Ralph Kunz, professeur de théologie pratique à l'Université de Zurich, a placé les Psaumes au centre de sa présentation « Grandir comme un arbre - processus de maturation tout au long de sa vie ». Il a notamment expliqué ce que signifie murir dans la foi au fil de sa vie.

Une spiritualité radicale n’est pas une recette secrète, elle n’est pas une crème anti-rides. Dans les Psaumes, il est souvent question d’injustice. « C’est comme si l'orientation était perturbée par la désorientation ». Mais les fidèles ne sont pas restés dans le chaos, l’heure du revirement allait sonner : « Tu as transformé mon deuil en une danse ». Les arbres et les montagnes, tout ce qui a un souffle de vie, entonnèrent un Alleluia.

Exposé du professeur dethéologie pratique Ralph Kunz (en allemand) Wachsen wie ein Baum – ein Reifeprozess der Lebensspanne (pdf 148 ko)