Contribution du pasteur Grégoire Chahinian

Le salut, comment le dire ?

Notre Conférence annuelle s’est lancée dans une réflexion ambitieuse, importante, existentielle pour nos Églises :

  • Être sauvé ! Comment le dire ?
  • Quel langage faut-il utiliser pour annoncer l’Évangile ?
  • En d’autres mots : peut-on annoncer l’Évangile sans utiliser les mots (schèmes) de l’Évangile ?


Ou plutôt :

  • Comment puis-je discerner que mon interlocuteur est capable ou non d’intégrer, de comprendre le patois de Canaan avec lequel je vais lui annoncer les vérités de l’Évangile ?
  • Y aurait-il un pré-langage à utiliser pour le comprendre d’abord, lui, avant de lui dire que l’Évangile va répondre pleinement à ses besoins existentiels ?
  • Puis-je lui dire qu’il a besoin de l’Évangile alors que je n’ai pas pris le temps (ou que j’ai tout simplement pas envie) de connaître ses besoins, ses questions ? Je n’ai pas envie de le connaître, lui !


La réflexion et la démarche initiées par notre CA est doublement légitime :

  1. d’abord parce que nos Églises locales – autant que je les connaisse – ne sont pas autant évangélisatrices que nous aimerions qu’elles soient. 
  • Il n’y a qu’à pointer le nombre de leurs activités vécues à l’intérieur de leurs bâtiments et pour leurs membres et amis et celles vécues à l’extérieur de leurs murs et pour les non-chrétiens ;
  • Il n’y a qu’à regarder le ratio financier consacré aux rencontres d’évangélisation ou à la formation d’évangélistes avec le budget global de nos Églises…
  • Et pour ne parler que de ce que je connais, lorsqu’au sein de nos communautés des vocations de pionniers éclosent, les concernés proposent leurs services, vont vivre, leur ministère à l’extérieur de notre Union !

Alors oui, il nous faut, légitimement et concrètement, nous poser la question si un tel désintérêt – ou manque de croissance – ne provient pas aussi de la manière dont nous parlons de l’Évangile, de la manière dont nous abordons nos interlocuteurs : si nous les considérons de haut ou d’égal à égal ou supérieurs à nous !


  1. Légitime, aussi de l’autre côté, car si nous croyons que l’Évangile est la Bonne Nouvelle universelle, dont aucun être humain sur terre ne peut se passer, il est fort probable que les schèmes portés par l’Évangile sont audibles et compréhensibles par tout un chacun ; même par ceux qui n’ont aucune culture biblique.
  • Si les enfants comprennent l’Évangile, alors est-il nécessaire d’utiliser un langage différent de son message pour qu’il soit compréhensible ?
  • Faudrait-il amadouer nos interlocuteurs pour un langage qui leur correspond – en tout cas qui ne les rebute pas ! – pour les disposer favorablement à entendre et accueillir l’Évangile ?


Voilà le souci, le questionnement, la réflexion suscités par la CA.

  • La commission Sotériologie a été créée il y a plusieurs années et a proposé – propose – des outils, des actions concrètes que les Églises locales peuvent mettre aussi en route. La brochure est l’un de ces outils écrite en allemand et disponible dans nos Églises germanophones depuis plusieurs mois. Il nous a paru utile et nécessaire que nos Églises francophones l’aient aussi à leur disposition, la lisent, en prennent connaissance, l’utilisent dans leur réflexion (pour la traduction, Christine et moi, sommes intervenus), d’autant plus que notre CA du mois de juin 2016 sera consacrée à ce thème de la sotériologie ; et pour nous y préparer, nous avons voulu que notre AG d’aujourd’hui y consacre du temps.
  • Cette brochure ne se veut pas être le point d’orgue, le point final, d’une réflexion auquel tout un chacun devrait adhérer, la méthode à utiliser pour évangéliser. Elle n’a pas cette prétention ! Elle veut simplement interroger sur la capacité d’adaptation que le chrétien doit avoir envers son interlocuteur !
  • Et c’est sur ce point-là que nous voulons réfléchir – ensemble – en Union – en Église locale et aussi individuellement, personnellement. Il ne faudrait pas que nous tombions dans le travers de critiquer cette brochure et ses auteurs, mais il faudrait que nous nous remettions en question – chacune et chacun – aussi en tant qu’Union – pour aller vers celles et ceux qui ont besoin de l’Évangile.


Je vais donc prendre quelques minutes pour méditer – non sur la brochure – mais sur l’Écriture Sainte ; puis nous vous proposerons de dialoguer ensemble en groupes.


  1. Présenter autrement l’Évangile de Jésus-Christ.

Mieux dit : aborder autrement notre interlocuteur auquel nous présentons la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Un texte de l’apôtre Paul en légitime le fondement. En 1 Co 9, Paul explique, décrit sa démarche, son attitude, son comportement, sa motivation.

Lisons le texte : 1 Co 9.15-23

Je ne vais ni faire une exégèse de ce texte ni en développer le contexte, mais uniquement insister sur l’attitude de Paul envers celles et ceux qu’il aborde pour leur présenter l’Évangile de Jésus-Christ.

Pour cela, je relis certaines parties du passage d’1 Co 9, en insistant sur l’étymologie grecque, qui je pense, nous fera réagir !

v. 19 : étant affranchi de tout, je me suis moi-même rendu esclave de tous, afin d’en recueillir beaucoup ;

v. 20 : c’est-à-dire (= par exemple) je suis devenu – en faveur des Juifs comme juif, afin de recueillir des Juifs, etc. ;

et à la fin du v. 22 : afin d’en sauver quelques uns !


v. 20 : je suis devenu = je suis (verbe utilisé : naître), venir à l’existence, je me suis identifié – encore plus parlant, je suis entré dans leur existence.

Pour annoncer l’Évangile à ses auditeurs, Paul est entré dans leur existence, en tenant compte de leurs catégories socio-culturelles et de leur individualité sans les mélanger, les télescoper ni les appliquer les unes aux autres.

Paul n’est ni un opportuniste, ni un démagogue, encore moins un hypocrite ou un fuyard. Paul ne compromet pas le message de l’Évangile, il ne l’adapte pas. Il s’adapte lui ; il recherche la co-humanité avec celles et ceux qu’il rencontre, une sorte de naissance, de renaissance ; revêtir leur humanité, leur chair.

On l’a compris : une sorte d’incarnation, à l’image, et à l’exemple de son bien-aimé Sauveur, Seigneur, Libérateur, Jésus-Christ qui s’est incarné, qui a pris forme humaine (Ph 2) pour sauver des humains !

Dans son annonce de l’Évangile, le fondement théologique de l’attitude de Paul, c’est l’incarnation ; quant à la forme, elle est multicarte : juive, « légaliste », païenne, « faiblarde ». Autant Paul se sait libéré, affranchi par le Christ, autant il se fait, lui-même, par choix, esclave de celles et ceux qu’il veut interpeller.

Elle est là, la liberté de Paul : se faire volontairement, soi-même, l’esclave de ses auditeurs à cause de l’Évangile !

Nous pouvons entendre ici une célèbre phrase de Martin Luther, le réformateur : « Un chrétien est libre et indépendant de tous. Un chrétien est lié et serviteur de tous ».


Cf. R. Sommerville, 1 Co, CEB, Tome 2, p. 44 :

« Passer de l’esprit de domination à l’esprit de service est le renversement le plus radical, le changement d’esprit, d’attitude le plus décisif qui puisse se produire dans les relations humaines ». Et c’est ce que produit l’Évangile dans le cœur des chrétiens !

Paul l’avait déjà évoqué dès le premier chapitre aux Romains (1.14-17).

Parler du salut, c’est vivre la co-humanité avec (et/ou de) mon interlocuteur, entre autres, en utilisant son langage, dans un dialogue d’égal à égal.

La brochure nous invite fortement à cette attitude, l’apôtre Paul nous y encourage par son exemple.

Ce dialogue, au fond, n’est pas le nôtre avec notre interlocuteur, mais celui de notre interlocuteur avec le Christ.

Parler du salut passe inévitablement par le Sauveur. Et quelque soit le langage utilisé, le juif, l’agnostique, le grec, le javanais, l’alsacien ou le gardois, tout langage doit contenir les mots du Christ. En faire l’économie, c’est leurrer notre interlocuteur humain et/ou offrir un salut non efficace.

1 Co 15.19 : Si Christ n’est pas ressuscité, nous sommes les plus malheureux des hommes.


Et ce n’est pas d’un tel salut dont nous voulons être les messagers, en tout cas pour moi !


  1. Notre attitude en tant que messagers

Nous sommes interpellés par notre attitude en tant que messagers de l’Évangile.

Concrètement :

  1. Prenons le temps de connaître et de comprendre nos interlocuteurs avant même de leur annoncer l’Évangile. Voyons-les vivre et vivons avec eux (leur langage, leurs soucis, leurs concepts et leurs joies) !
  • Cela veut dire, se décentrer de soi-même
  • Et s’ouvrir à l’autre !
  • Entrer en dialogue d’égal à égal !
  • Endosser leur humanité.


  1. Remettons en question notre attitude, notre comportement, notre pratique :
  • Qu’est-ce qui, dans ma vie personnelle, dans nos vies communautaires est de l’ordre de l’amour ou est de l’ordre du contre-témoignage ?
  • À quoi devrions-nous renoncer parce que nous sommes libérés ?
  • Qu’est-ce qui parasite l’Évangile ?
  • Qu’est-ce qui rebute mon interlocuteur ? Si c’est l’Évangile qui le rebute, c’est son problème ! Mais si c’est moi, le messager de l’Évangile, alors là, c’est mon problème à moi ! C’est que je n’ai pas endossé son humanité, je n’ai pas été son serviteur de la bonne manière !


  1. Le contenu christologique

J’aimerais ajouter deux réalités au sujet du message lui-même : son contenu et son interpellation.


La personne et l’œuvre de Jésus-Christ constituent le noyau/contenu du message d’évangélisation.

  1. La somme des titres christologiques mentionnés dans le livre des Actes est impressionnante :

9x Jésus est le Messie, le Christ (2.36,38 ; 3.20 ; 4.26,42 ; 8.5 ; 10.38 ; 17.3 ; 18.5)

2x Le Fils de David (2.30s ; 13.23)

3x Le Fils de Dieu (8.37 ; 9.20 ; 13.33)

10x Jésus est Seigneur (2.25,26 ; 4.26 ; 10.36)

Seigneur Jésus (7.59 ; 16.31)

Seigneur Jésus-Christ (11.17 ; 20.21)

Seigneur de tous (10.36)

5x Il est le Serviteur du Seigneur (3.13,26 ; 4.27,30 ; 8.32s)

1x Il est Fils de l’homme (7.56)

5x Le Saint et le Juste (2.27 ; 3.14 ; 7.52 ; 22.14)

2x Le Prince de la vie (3.15 ; 5.31)

2x Le Prince et sauveur (5.31 ; 13.23)

2x Le prophète égal de Moïse (3.22 ; 7.37).

1x Le Juge (10.42)

____


Total= 41x !


À lui seul, ce chiffre est significatif : Jésus-Christ est incontournable, il est le centre du message, le centre de tout langage, le centre de la Bonne Nouvelle et en particulier sa croix et sa résurrection.


  1. Le résumé du message apostolique, le condensé du kérygme, le voici: 

Le temps de l’accomplissement est arrivé. Dieu a enfin envoyé son Messie, il s’appelle Jésus ; il est de la postérité de David, est de la famille de David. Il est mort sur la croix. Ressuscité, il est sorti du tombeau, il est Seigneur assis à la droite du Père ; il reviendra pour juger le monde à la fin de l’histoire humaine.

C’est pourquoi un appel est adressé aux auditeurs : repentez-vous, croyez et soyez baptisés en Son nom ; vous serez sauvés et ferez ainsi partie de son peuple (l’Église).

En Jésus, et en Jésus seul, a commencé l’acte de délivrance apporté par Dieu en faveur de l’humanité ; cette délivrance promise au sein du peuple d’Israël, annoncée et longtemps attendue, s’est accomplie en Jésus de Nazareth. La croix et la résurrection deviennent ainsi le point de convergence de toute l’histoire du salut, l’événement historique indispensable qui change le cours de l’Histoire humaine, le cours de toutes nos histoires humaines, y compris celle de nos interlocuteurs (Ac 4.12).

Aucun système, aucun moyen humain, hormis Jésus de Nazareth, ne parvient à combler le fossé entre le Saint et le pécheur, entre l’Infini et le fini, entre Dieu et l’homme. Le seul moyen de salut est la croix et la résurrection de Jésus-Christ.

  1. Cette Bonne Nouvelle –  car c’en est une, n’est-ce pas ? – n’a pas toujours été reçue avec bienveillance, même si le langage de transmission a été approprié (cf. l’exemple de Paul).

Loin s’en faut, et nous le savons. Même si la propagation de l’Évangile a été fulgurante à cette époque, la résistance à l’Évangile, son refus même, n’ont pas été en reste, jusqu’à provoquer des persécutions envers les évangélistes et les disciples qui se sont adaptés à leurs interlocuteurs.

Pour les Juifs, entendre cette Bonne Nouvelle et l’accepter, n’a pas été facile, même si Paul s’est « incarné » comme l’un d’eux !

Un moyen de salut sans circoncision, sans sabbat, sans Temple, sans territoire, sans sacrifices ni œuvres, mais avec un Messie crucifié, avec un peuple sauvé composé aussi de Gentils, avec un pardon offert par grâce, un tel moyen de salut allait provoquer à coup sûr au minimum de l’incompréhension. Même au temps de l’Église primitive, dans ce temps de l’annonce euphorique de l’Évangile, son acceptation par les Juifs pieux n’allait pas de soi. C’était de l’ordre du scandale !

1 Co 1.22ss : Les Juifs demandent des miracles…


Pour les Grecs, de même, entendre cette Bonne Nouvelle et l’accepter n’a pas été facile, même si Paul s’est incarné comme l’un d’eux !

Un moyen de salut sans sagesse, sans gnose, sans panthéon ni statue d’idole, mais aussi accessible aux pauvres, aux femmes, aux esclaves, présentant un seul vrai Dieu et un seul Sauveur, un tel moyen de salut allait provoquer à coup sûr au minimum de l’incompréhension. Même au temps de l’Église primitive, dans cette période de démarrage enthousiaste et de forte croissance, l’acceptation de l’Évangile par le monde grec n’allait pas de soi ! Ici aussi de l’ordre du scandale !

Oui, le christianisme prit racine dans un sol juif et un sol païen peu accueillants, pour ne pas dire hostiles !


  1. Il eût été facile aux équipes missionnaires de céder à la tentation du compromis et d’annoncer un Jésus acceptable aux oreilles grecques, d’utiliser un langage où toute référence au Christ n’y serait pas, parce que ce Christ leur aurait été méconnu ou inaudible.

Jésus aurait pu leur être présenté comme une divinité de plus (17.18ss), supérieure certes, mais une divinité parmi d’autres !

Jésus aurait aussi pu leur être présenté comme l’échelon supérieur à atteindre, la gnose suprême, comme c’est le cas dans les religions à mystère !

Les évangélistes auraient pu tirer parti d’être pris pour des dieux à Lystre (Ac 14) ou dans d’autres circonstances.

  1. Aussi envers les Juifs, les évangélistes auraient pu succomber à la tentation de leur présenter un Évangile acceptable pour ne pas les froisser, combinant la foi à la loi mosaïque, ou la grâce aux œuvres, ou en laissant penser que ce nouveau peuple de Dieu qu’est l’Église n’est qu’une parenthèse dans le plan de Dieu, et que l’exclusivité de l’élection du peuple d’Israël restait intacte…

Ils ne firent aucun compromis quant à la personne et l’œuvre de Jésus-Christ.

Pour le fond, les équipes missionnaires n’ont fait aucun compromis, alors que les terreaux juifs et gréco-romains n’étaient pas des sols très réceptifs et que les tentations de l’adaptation du contenu du message ont été multiples.

  1. Les contingences de l’évangélisation

Ce n’est pas parce que le Christ était inconnu, méconnu ou irrecevable que les équipes missionnaires n’en ont pas parlé dans leur annonce de l’Évangile. Au contraire : avec leur langage adapté, avec leur dialogue d’égal à égal avec leurs interlocuteurs, le Christ n’en était pas moins prêché !

On peut imaginer que pour le Juif pieux sa question existentielle soit : « Comment un être humain pourrait-il être juste devant Dieu ? » D’où la question du péché, et en arrière-plan la notion du Dieu de l’Alliance. Les évangélistes montrent ici comment la croix et la résurrection de Jésus de Nazareth répondent à cette question.

On peut imaginer que pour le monde gréco-romain la question existentielle tourne autour de la fatalité : « Comment un être humain pourra-t-il ne pas succomber à la servitude, à l’enfermement et à l’idolâtrie ? » (Ac 14 et 17) D’où la question de la servitude, de l’enfermement, de l’idolâtrie et les évangélistes montrent comment la croix et la résurrection de Jésus-Christ répondent à cette recherche.


  1. La réponse de l’auditeur

Et enfin, pour ne pas trop allonger, je veux redire que le message apostolique, comportait inévitablement pour les auditeurs, la nécessité d’une réponse : se repentir, croire et être baptisé.

Lorsqu’elle était effective, la décision prise par les auditeurs allait au-delà du superficiel, de l’émotionnel, et engageait leur conscience, leur volonté, leur comportement : la prise de décision aboutissait à leur conversion.

Parler du salut devrait, doit, aboutir à une interpellation. Évidemment, je ne parle ni du comment interpeller, ni du quand interpeller, nos prochains, mais rappelle qu’il n’y a pas d’Évangile sans décision à prendre !

La proclamation de la Bonne Nouvelle vise la prise de décision des auditeurs à changer – à naître de nouveau (et pas seulement l’exposé d’une nouvelle philosophie, théorie, etc.).

L’Écriture utilise un mot technique pour désigner cette interpellation. Elle va faire sursauter, elle va probablement désarçonner nos interlocuteurs, mais je n’y peux rien, c’est comme ça : l’Écriture l’appelle la repentance !

Je pense ne pas avoir à vous convaincre sur ce point, cependant voici quelques rappels bibliques :

– dès son entrée sur la scène publique, Jésus lui-même prêche l’Évangile de Dieu, en le définissant ainsi : Le temps est accompli. Et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle (Mc 1.15) ; ou encore : Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu (Jn 3).

– le Christ déclare qu’il est venu dans le but d’appeler des pécheurs à la repentance (Lc 5.32) et lorsqu’il envoie ses disciples prêcher de village en village c’est (toujours) pour prêcher la repentance (Mc 6.12).

Et quelle est cette repentance ? Certes, Jésus demande la confession des péchés : Si quelqu’un veut venir après moi, dit-il, qu’il renonce à lui-même, qu’il perde ce qui faisait sa vie même… mais on comprend bien que le Fils de Dieu définit le retour à l’Éternel comme un retour à Lui : et qu’il me suive désormais moi seul, toujours, avec tout ce qu’il est et tout ce qu’il possède (Lc 9.23). Le « Re »-venez à Dieu devient : Venez à moi (Jn 6.35 ; Mt 11.30).

La repentance est encore et toujours à la base de la prédication des apôtres. Dans le plan de Dieu, tout le temps de l’Église chrétienne est le temps de l’appel à la repentance : la repentance et le pardon des péchés sont prêchés au nom de Jésus à toutes les nations (Lc 24.47).

Par exemples : 

– L’apôtre Pierre, dès la Pentecôte, n’a pas d’autre message : Que ferons-nous donc, demandèrent-ils à Pierre ? Repentez-vous et que chacun soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés (Ac 2).

– Paul résume lui-même son ministère en ces termes : J’ai prêté la repentante et la conversion à Dieu, avec la pratique d’œuvres dignes de la repentance (Ac 26.20).

– Sur l’Aréopage d’Athènes, aux épicuriens et stoïciens – qui ne sont pas Juifs –, Paul dit la même chose : Dieu ordonne maintenant à tous les hommes, en tous lieux, qu’ils aient à se repentir, parce qu’il a fixé un jour où il jugera le monde ! (Ac 17)

– Dans ses lettres, Paul n’hésite pas à qualifier de mort et de résurrection le renouveau de la conversion (Col 2.12) : l’homme repenti est mort au mal pour lequel il vivait et vit désormais pour le Seigneur pour lequel il était mort (Rm 6).

Revenez à moi ! Cet impératif divin, si souvent répété, ne laisse aucun doute quant à l’absolue nécessité de la repentance. Elle constitue le passage étroit et obligé – c’est vrai !

Sans la repentance, il ne reste à l’être humain que l’attente terrible d’un châtiment qui sera à la mesure de l’infinie sainteté du Seigneur.

Ce retour au Seigneur doit être profond, radical. Les humains ne se sont pas détournés du Seigneur une ou deux fois seulement : c’est leur existence entière qui tourne le dos au Créateur. Le cœur humain lui-même, le siège de la vie et de ses mécanismes les plus profonds, est perverti. C’est pourquoi la repentance n’est pas exigée pour quelques péchés seulement ou dans un seul domaine uniquement ; face au Seigneur, il ne faut rien moins que la repentance de la vie, du cœur de la vie, de toute la vie et pour toute la vie : Revenez à moi de tout votre cœur… Déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et revenez à l’Éternel, votre Dieu (Jl 2.12).

Sur ce point d’interpellation, de la repentance, ce qui me semble important de prendre en compte, c’est que ce langage-là – incontournable – va provoquer soit l’adhésion de notre interlocuteur, soit la rupture.

Certes, il nous faut nous adapter à notre interlocuteur, adapter notre langage au sien, mais ce n’est pas notre langage qui lui sera le plus inacceptable, mais son propre péché, que les mots du Christ vont lui révéler !

Car ce qui est déformant, destructeur, chez l’autre comme chez nous, c’est le péché !

La rupture, si elle a lieu, aura pour cause son péché ! L’adhésion, si elle a lieu, sera l’aveu de son péché !

C’est pourquoi ne pas l’évoquer, ce serait un mensonge, hautement condamnable duquel nous nous rendrions coupable !

  1. Envoi

Je voudrais vous donner pour envoi les paroles que Paul adresse à Timothée, son fils spirituel : 2 Tm 5.1-5 ; et j’insiste sur l’attitude réclamée par Paul et donc inspirée par le Saint-Esprit : la douceur (v. 2), vivre notre foi, notre vie chrétienne dans tous ses aspects, et plus particulièrement dans l’annonce de la Parole, avec douceur et patience.

Cela renvoit à la durée avec laquelle nous, chrétiens, nous réagissons aux injonctions que le Saint Esprit nous adresse. Prenons-en conscience, nous sommes lents à croire et à obéir. Que Dieu nous aide à aborder nos interlocuteurs avec patience, douceur, car le Seigneur l’est avec nous !

Contribution du pasteur Grégoire Chahinian sur le témoignage chrétien