Rapport des surintendants - Peut-on parler de succès dans l’Église ?



Dans leur rapport annuel à la Conférence annuelle Suisse-France-Afrique du Nord, les surintendants de l'Eglise Evangélique Méthodiste (FEM) on abordé un sujet sensible, la pression exercée et subie dans l'Église. "Qu'est-ce qu'un pasteur à succès, qu’est-ce qu’une église à succès?", demande Jörg Niederer; surintendant du district Nord-Est de la Suisse et auteur du rapport.

L’évêque Patrick Streiff prend congé de Martin Streit qui arrive au terme de son mandat de surintendant.

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Joerg Niederer, surintendant, présente le rapport

Claudia Haslebacher, Jörg Niederer, Etienne Rudolph et Martin Streit, les quatre surintendants à la tête des districts de l’EEM (EMU/UMC) Suisse-France-Afrique du Nord, ont ressenti au cours des derniers mois une pression grandissante chez les pasteurs ou les membres de l'Église face à la réduction du nombre de membres. « Le succès visible n’est souvent pas le lot de l’Église », dit le rapport.

Ce rapport aborde de fait un aspect important du travail quotidien de l'Église, comme le montre l’intervention pleine d’émotions d’une pasteure. Elle se demande ce que les autres font de mieux et souligne que l'Eglise a tendance à mesurer le succès par le nombre de participants aux réunions. Mais est-ce le bon critère? Et si le succès ne consistait pas plutôt de demander: y -a-t-il eu une place pour le rire ? Ou pour les larmes? Est-ce que cette réunion a touché quelqu'un? Au lieu de chercher à courir pour le succès, il y a lieu de redécouvrir la tradition biblique de la plainte. La tristesse, la déception, la colère ou le découragement y trouvent là leur place.

Le rapport n'offre pas de réponses définitives à ces questions. Il dégage pourtant des pistes permettant aux membres de l'Église de (mieux) résister à cette pression. L'Église devrait d’une part se permettre une analyse mesurée et sobre de sa propre situation, du succès ou de l'échec de ses politiques ou de ses cibles et ne pas en esquiver une analyse claire. D’un autre côté, il y a là non loin de là la tradition biblique pour qui la puissance humaine ne compte guère en définitive. Nous ne nous définissons pas par le succès. Dans une société hyper-performante, l’Évangile défend l’idée que Dieu aime les gens sans qu’ils aient à prouver leurs performances et porte un regard sur eux plein de respect. Pour peu que nous restions attachés à Dieu, alors nous subissons moins la pression de l’obligation de résultats. Conformément au roman de Milan Kundera : « L’insoutenable légèreté de l’être »

Une préoccupation majeure du rapport est toujours de noter les changements survenus sur le plan pastoral. 17 pasteurs célèbrent cette année un anniversaire. Selon la compréhension que l’EEM (EMU/UMC) a du ministère pastoral, ce ministère-là ne se termine pas avec un départ à la retraite. Par conséquent, ils sont six pasteurs à célébrer un 50e anniversaire. Il est à noter qu’en plus deux évêques à la retraite sont à la fête : Heinrich Bolleter sert l'Eglise depuis 50 ans en tant que pasteur, et l’évêque Franz Schäfer même depuis 70 ans.

Martin Streit a travaillé dans les huit dernières années à titre de surintendant dans le District Nord-Ouest de la Suisse. Il va recevoir une nouvelle affectation au service de l’EEM de Berne en automne et retrouve un poste de pasteur. Avec un mot de remerciement, l’ évêque Patrick Streiff a pris congé du surintendant. La Conférence annuelle l’a remercié pour son service par de chaleureux applaudissements.

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A contrepied du discours dominant

  • On a besoin de se sentir sécurisé quand on se pose ce genre de questions : Comment réagissons-nous en cas de succès ou d’échec ? Qu’avez-vous que nous, nous n’avons pas ? Que faisons-nous de faux ? Y-a-t-il un problème dans notre vocation ? Interprétons-nous de travers la situation ?
  • En rapport avec le succès, en a-t-on eu beaucoup ? Y-a-t-il eu du répondant ? 
  • Autre question pertinente ? quelqu’un est-il venu qui a été touché ? Remué en son for intérieur  et ramené à Dieu ?
  • Peut-on apprendre de ses pères ? 
  • Y-a-t-il une place, un lieu pour se plaindre ? 
  • Ensemble, par-delà les générations, ne faut-il pas savoir partager les peines, le labeur, savoir s’écouter dans ses doléances sans tomber dans l’amertume et la critique stériles ? Ne faut-il pas savoir dire ce qui nous peine ?…

Succès ou échec dans l’Église

Quand est-ce qu’une communauté connaît le succès, l’échec?

Dans la vie économique, la réussite est une nécessité pour survivre, partant du présupposé que nous seuls, nous pouvons être en mesure de réussir.

Dans l’Ecriture apparaissent divers mots d’un autre ordre : joie, bonheur, récolte, fruits etc… Dieu donne la force, assure le succès, donne de bonnes récoltes, et fonde notre amour et non pas l’inverse.

Si nous pensons être en mesure de remporter la mise, à partir de notre argent et de nos forces, je crois que nous sommes sur le mauvais chemin. Nous commettons une erreur de jugement. Nous nous plaçons à côté du Christ, au lieu de nous placer du côté du Christ en personne.

Si nous rencontrons les autres pour leur parler du Christ, nous ne sommes plus liés aux attentes des autres, quelles qu’elles soient, alors nos attentes se dirigent vers Dieu par l’Esprit-Saint et non à notre direction d’Église. Le destinataire de nos attentes est le Saint Esprit, la seule instance d’importance en jeu dans ce débat.


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Clé de réussite

- je vous ai choisis

- je vous ai établis pour que vous portiez du fruit

- et notre responsabilité est de rester lié à Jésus-Christ

Rappelons-nous la maxime de J Wesley  qui résume tout : «  faire le bien, éviter le mal et aimer Dieu..; »

Le fruit nous est promis, mais il est de notre ressort de rester lié à Jésus-Christ.

Nous vivons dans une société de compétition où la valeur de l’homme se mesure à son succès.

Quand on se heurte à une impasse, la seule solution est de changer de route et d’emprunter une nouvelle route et certainement pas de s’obstiner dans une voie sans issue.

Nous ne devrions pas chercher le succès, mais nous interroger sur l’efficacité d’une affaire. Si une affaire n’est pas efficace, alors autant changer d’activité sans remettre en cause sa valeur.


Vivre sous pression en Algérie

Vivre sous pression en Algérie, c’est chercher à gagner par ses faits et gestes le prochain le plus éloigné et par petites touches le conduire à Jésus. C’est aussi devoir vivre sous la pression des autorités qui limitent le droit de visite aux étrangers de passage et qui sont prêtes à intimider les citoyens de base et en particulier les responsables d’église, de façon à les cantonner dans la sphère privée et au silence.


La promesse

Malgré nos insuccès chroniques, gardons à l’esprit la promesse du Seigneur d’être avec nous jusqu’à la fin du monde.


Responsable et confiant

Je suis responsable de prendre au sérieux ma mission, d’assumer mon témoignage et pour le reste j’ai la liberté de le remettre dans les mains du Père qui agit lui-même en suscitant la vie, une vie nouvelle... En Jésus-Christ. Cela rend-t-il léger ? Oui, quand je ne suis pas responsable de ce qui se produit, je demeure paisible.


Complications

Les instruments de la moisson ne sont pas totalement optimaux dans l’EEM, surtout quand le pasteur a en charge plusieurs communautés. On pourrait y remédier. Même si on sème et que l’on récolte ensemble, nous devons nous interroger sur l’efficacité de nos efforts de coordination.

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Rapport de la surintendante et des surintendants 

Le succès et l’échec dans l’Église 

Il y a quelque temps, un membre de l’église m’a demandé « À quel moment peut-on dire qu’un pasteur a du succès ? ». J’ai eu du mal à lui répondre.
Lors d’un entretien, un pasteur m’a dit : « On dirait que la question de la croissance de l’EEM vous met sous pression, vous, au Cabinet, et que vous faites simplement retomber cette pression sur nos épaules à nous, les pasteurs des communautés et sur les circuits ». 

« Notre communauté a droit à un bon pasteur », ai-je entendu de la part d’un membre de l’église il n’y a pas longtemps. Je me suis demandé sur quoi se fondait ce droit : sur les moyens financiers disponibles, sur le travail missionnaire de la communauté, sur les nombreuses heures de bénévolat accomplies par l’église...? 

La femme d’un pasteur s’est plainte en disant : « Nous sommes régulièrement affectés ailleurs, alors que d’autres peuvent rester de longues années au même en- droit ». J’ai alors entendu sa question implicite demandant en quoi le travail de son mari était moins bon que celui de ses collègues. 

Lors d’une assemblée de circuit, quelqu’un a affirmé : « Nous ne pouvons et ne voulons plus payer un poste à plein temps ». Entre les lignes j’ai compris : l’argent ne rentre plus comme avant, car le pasteur ne fournit pas le travail qu’il devrait.
Il y a aussi cette personne, membre fidèle de notre église depuis de nombreuses années, qui constatait avec une certaine résignation : « Tu veux qu’on fasse quoi de ce thème de la Conférence ‘Ensemble...au-delà des âges’ ? On n’a plus aucun jeune dans notre circuit ». 

Dans le procès-verbal du sous-comité des finances, je lis : le circuit XY présente de- puis des années d’importants déficits. L’Église ne peut plus se le permettre. Le surintendant déterminera avec les responsables la procédure à suivre pour que ce circuit puisse à nouveau s’acquitter de ses obligations. 

Le sous-comité des constructions et de l’administration indique quant à lui : les cir- cuits doivent constituer des provisions pour leurs immeubles, pour éviter que l’EEM continue à vivre de ses acquis.
Enfin, la Conférence annuelle a établi une stratégie dont l’objectif est : « Par le biais des églises locales de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord, de plus en plus de per- sonnes seront amenées à devenir des disciples de Jésus-Christ ». De nombreuses communautés ont réagi en disant : désormais nous sommes tenues de réussir et de fixer nos priorités d’une certaine manière. 

Dans l’Église, les attentes, l’obligation de réussite et la sensation de devoir mesurer les résultats et la réalisation des objectifs sont ainsi omniprésents à tous les niveaux.
Comment gérer cela ? Comment gérer les échecs, le recul du nombre des membres, les concepts inefficaces et nos propres erreurs ? 


1. Qui délivre l’Église de ses propres attentes ? 

Quand l’Église grandit à une vitesse fulgurante, quand des nouvelles communautés voient régulièrement le jour, quand des personnes s’intéressent spontanément à la foi et viennent d’elles-mêmes chercher des contacts dans l’Église, les critiques sont rares. Chacun se réjouit et se sent confirmé par Dieu et par les autres dans ce qu’il est et dans ce qu’il fait. Cela a toujours été comme ça. Le succès est une justification en soi, à tort ou à raison. 

Ce sont les autres, les « jaloux », qui émettent des critiques. De l’extérieur, on distingue mieux les aspects problématiques d’une Église à succès, par exemple son côté totalitaire, son caractère exclusif, la superficialité de sa théologie, l’équation en apparence si raisonnable, et pourtant réfutée depuis longtemps, selon laquelle faire juste = être couronné de succès, et être couronné de succès = faire juste. 

D’un autre côté, se dire que l’Église et les chrétiens pensent, font et croient ce qui est bon et juste, avec pour résultat d’avoir peu d’écho et de vivoter en marge de la société, à l’image de l’EEM dont l’importance dans les contextes de l’Afrique du Nord, de la France et de la Suisse est marginale, n’est pas une consolation. 

Il est beaucoup plus facile et motivant de faire partie de ceux qui ont du succès, au point qu’on pourrait même être prêts à se courber un peu pour y arriver. Nous sommes-nous mis dans le sens du vent en définissant une stratégie, en cherchant le succès et en refusant d’accepter avec fatalité la baisse du nombre de membres et l’évolution négative que connaît l’Église depuis des décennies ? 


2. « Dans la faiblesse nous sommes forts » 

Dans une étude comparée des religions, l’une des particularités souvent mises en avant pour caractériser la foi chrétienne est que le salut ne vient pas de ce que les gens peuvent faire, mais de que Dieu fait pour le genre humain.
Il est toutefois une autre particularité qui ressort tout autant : le fondement de la foi chrétienne est l’abandon du pouvoir, comme en témoigne de manière exemplaire toute la vie du Christ. Dieu devient homme sous les traits d’un petit enfant normal, qui a besoin d’aide. Plus tard, Jésus se tourne vers les faibles, il s’adresse aux exclus, il mange et discute avec les pêcheurs. Il critique la mainmise des personnes influentes et oppose aux puissantes armées et aux seigneurs de la guerre de son temps un royaume « qui n’est pas de ce monde ». Il supporte les attaques et les moqueries, jusqu’à la mort sur la croix. Même sa résurrection ne lui confère pas le pouvoir, mais marque le moment où la violence est réellement et effectivement vaincue. 

Ce début si différent de tout autre est le pilier théologique de la chrétienté. La croix supportée, et non pas la crucifixion du faible, est fondamentale pour le ministère de l’Église dans le monde. La diffusion du message chrétien s’est d’abord faite sans aucun signe extérieur de pouvoir, sans violence ni épée. La mission était entièrement enracinée dans la force imméritée et transformatrice de Dieu, et non pas dans des personnalités hors du commun. Paul l’exprime très clairement lorsqu’il écrit dans 2 Corinthiens 12,9 et s. : « Et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse...car quand je suis faible, c’est alors que je suis fort. » 

À partir de ces observations, nous aimerions vous inviter à réfléchir et à discuter des attentes et de la pression liées au succès et à l’échec dans l’Église Évangélique Méthodiste en Suisse, en France et en Afrique du Nord.
La question qui se pose est de savoir comment l’Église peut est délivrée, aussi bien dans des temps de réussite que dans des temps d’échec. Comme dans le projet sur la sotériologie, nous cherchons ici un langage susceptible de décrire ce qu’est et ce que fait une Église délivrée. 


3. Être et devenir une Église délivrée 

Il est un peu paradoxal de voir que celle-là même qui proclame que Dieu s’est don- né de manière imméritée et inconditionnelle pour les humains, c’est-à-dire l’Église, établisse des plans d’affaires, élabore des stratégies, définisse des objectifs mesurables, exprime des attentes envers son personnel, s’interroge sur la satisfaction de ses collaboratrices et collaborateurs et analyse des statistiques. En tant qu’organisation, nous fonctionnons comme une entreprise tout à fait normale, dont le bilan final doit au moins être équilibré. En tant qu’Église, nous sommes toutefois simultanément appelés à transmettre le message de la grâce, nous savons que dans le domaine de la foi il existe une dimension de non-faisabilité, nous mettons toute notre confiance dans la puissance du Christ qui transforme les vies, et nous sommes bien conscients qu’avec Dieu tout est possible, même lorsque l’Église est confrontée à des échecs, car pour Dieu un échec n’est pas forcément synonyme de fin, mais peut au contraire être utilisé pour initier quelque chose de nouveau.
Ce paradoxe entre le message et la forme de l’Église est insoluble. En effet, nous portons le trésor divin dans des vases de terre, forcément fragiles (voir 2 Co 4.7 !). Les évangiles montrent comment Jésus évoquait, dans diverses circonstances, les réalités politiques et économiques de son époque pour mettre en lumière les aspects cachés du royaume de Dieu dans le dur quotidien de ses contemporains. C’est ainsi qu’il affirmait notamment que les hommes devaient déployer toutes leurs forces au service de l’évangile, mais qu’ils devaient être conscients qu’ils n’étaient « que des serviteurs sans mérite particulier » (Luc 17,10). 

En tant qu’Église, nous sommes aussi bien les intendants de la grâce de Dieu que les intendants des moyens par lesquels nous transmettons cette grâce. Dans les deux domaines, nous sommes encouragés à rester fidèles, c’est-à-dire à parler et à agir de manière responsable. Nous ne pouvons rien faire de plus. Mais ce pour quoi Jésus nous envoie, nous devons le faire de notre mieux. 

Avec Paul, nous constatons que par leurs œuvres (ou leurs plans stratégiques bien pensés) les humains ne produisent ni la foi ni le royaume de Dieu. Mais avec Jacques, nous savons aussi que l’insouciance que nous offre notre relation avec Dieu n’a aucune valeur si elle ne nous motive pas à agir et à servir. 

4. Comment gérer la réalité et les attentes ? 

Ces réflexions nous mènent à la conclusion suivante : en tant qu’Église, nous sommes une organisation terrestre, qui agit selon des critères sociétaux et sociaux et doit tirer le meilleur parti possible des réalités auxquelles elle est confrontée. Pour ce faire, l’Église évalue sa manière d’être et son action, ce qui débouche for- cément sur des attentes. Dans tout ce que nous faisons, nous avons des obligations envers Dieu et les humains qui nous entourent (y compris les autorités étatiques). Que nous connaissions le « succès » ou l’« échec », nous restons en tous les cas portés par l’amour de Dieu. Le fait d’avoir été appelés par le Christ et de cheminer à ses côtés nous confère une certaine légèreté de l’être (voir le titre du livre de Milan Kundera : « L’insoutenable légèreté de l’être »!), une insouciance par rapport aux attentes et aux espoirs, que Paul qualifierait sans doute de « joie en Christ ». Nous ne devons pas et ne pouvons pas être plus que « des serviteurs et des servantes sans mérite particulier » sauvés, aimés et relevés par Dieu. 

Qu’est-ce que ça signifie pour nous en tant qu’Église ?

Une analyse de la réalité et de son contexte intérieur et extérieur est vite enten- due et comprise comme une critique aux prestations fournies jusque-là. Or si nous cherchons à avoir une vision objective, sans fard, de la réalité de notre Église, c’est pour éviter toute illusion. Nous avons besoin d’une vision claire de la réalité, faute de quoi nous ne pouvons pas réagir de manière appropriée et utile. Fermer les yeux devant la réalité ne sert à rien, surtout si nous le faisons pour ne pas avoir à réfléchir aux erreurs commises par le passé. S’il s’avère que la réalité n’est pas très flatteuse pour nous en tant qu’Église, n’oublions pas que la promesse selon laquelle une fêlure peut engendrer l’espérance et un échec annoncer un re- nouveau est justement valable pour nous aussi. La pression à laquelle nous sommes soumis est souvent le résultat de facteurs extérieurs, comme la déchristianisation de la société, l’individualisme, les opinions et les attentes de la société envers l’Église en tant qu’organisation. Nous avons toutefois aussi nos propres attentes, réalistes ou utopiques, par rapport à l’action de notre Église et à notre propre efficacité. Ces attentes qui nous sont propres contribuent fortement à déterminer le degré de crainte, de pression, d’espérance et de confiance que nous éprouvons. Quelles attentes l’analyse de la réalité déclenche-t-elle ? Comment les gérer ? En- gendre-t-elle de la pression ou une solide confiance dans l’action transformatrice de Dieu ? S’accompagne-t-elle d’un sentiment d’insouciance et de légèreté enraciné en Dieu, qui (est là pour nous et) peut tout depuis toujours et continuera d’agir à l’avenir ? En fin de compte, nous ne pourrons jamais que recevoir ce dont nous avons besoin : la présence de Dieu dans notre vie (voir Luc 18,17 !). Ce constat prive la pression de son côté destructeur. En nous exhortant, comme il le fait à la fin de l’évangile de Matthieu lorsqu’il déclare : « Allez donc dans le monde entier, faites des disciples parmi tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit et apprenez-leur à obéir à tout ce que je vous ai prescrit », Jésus le ressuscité place la barre très haut. Bien des gens se sentent mis sous pression par cette parole. Or, le fait que Jésus nous lance ce défi montre clairement qu’il n’est pas faux d’avoir des prétentions, des exigences et des attentes. Ces attentes et ces exigences s’inscrivent toutefois dans un contexte plus large, dans lequel le Ressuscité a « reçu tout pouvoir dans le ciel et sur la terre » (Matthieu 28, 18b) et est lui-même avec nous « chaque jour, jusqu’à la fin du monde » (Matthieu 28, 20b). 

De manière très similaire à cette conjonction entre promesse et mission, John Wesley décrivait les commandements et les promesses comme les deux faces d’une même médaille avec, d’un côté, les promesses reflétant les engagements de Dieu, et de l’autre, les exigences découlant de ses commandements. 

Parfois, les attentes restent simplement diffuses et grèvent la vie chrétienne d’une hypothèque inexprimée. Les attentes diffuses s’accompagnent d’un poids occulte. Comment se défendre face à un spectre ? Les attentes doivent être exprimées, exposées au grand jour. L’idée devient plus claire encore avec la métaphore théologique suivante : les attentes doivent être déposées sur la table de la Sainte-Cène, là où le Christ nous invite à venir et à bénéficier de son amour, c’est-à-dire tout près de lui. Lorsque nous nous trouvons à la table du Seigneur, ancrés dans l’espérance chrétienne, les attentes diffuses se clarifient pour devenir à la fois promesses et exigences. 

Dans le District francophone, la question de la pression ne semble pas vraiment poser problème. Elle est gérée différemment, avec une certaine décontraction, mal- gré la présence des mêmes sources de tension. Forts de ce simple constat, nous pourrions mettre la pression sur les méthodistes suisses-alémaniques. On pourrait dire : « Faites comme les méthodistes français ! Ils ont mieux compris que nous en quoi consiste l’insouciance du chrétien, autrement dit la joie en Christ. » 

Mais le District francophone est aussi confronté à des défis, notamment la collaboration des différentes églises locales au sein de l’Union ou l’énorme charge de travail qu’assument les membres du corps pastoral. Il serait intéressant de savoir comment gérer ces tensions de manière à la fois libératrice, chrétienne et « typiquement française ». 

Le fait que des suggestions soient perçues comme des pressions est également lié à la manière dont nous accueillons et traitons les messages qui nous sont adressés. Ainsi, des paroles spécifiques émanant de personnes incarnant l’autorité sont- elles souvent perçues comme étant plus contraignantes qu’elles ne le sont vraiment. Pourquoi ? 

Nous vivons dans une société constituée d’échelons supérieurs et d’échelons inférieurs et où la méfiance est de mise à l’encontre de tous ceux qui sont en-haut. Dans l’Église, il ne devrait pourtant pas y avoir de détenteurs de pouvoir susceptibles d’abuser de leur position. « Si quelqu’un veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur, et si quelqu’un veut être le premier parmi vous, qu’il soit l’esclave de tous. » (Marc 10,43 et s.). Le Cabinet est lui aussi composé de personnes, qui ont régulièrement à faire au pouvoir et à l’abus de pouvoir. L’attente elle-même influe ensuite sur la manière dont le message est reçu. 

Sans compter que la façon de gérer la pression et les attentes varie d’une personne à l’autre. Ce que l’un considère comme un poids donne des ailes à un autre. Ce qui bloque une personne déclenche un véritable feu d’artifice d’initiatives et de créativité chez quelqu’un d’autre. Une personne entendra ce qui vient, par exemple, du Cabinet, du Conseil ou de l’évêque comme une exigence stricte, alors que l’autre le verra comme un défi stimulant. 

Tout comme nos dons sont variés, notre contribution à l’accomplissement des tâches de l’Église est diverse. Ensemble, nous pouvons nous soulager mutuellement en répondant conjointement aux attentes et en répartissant les charges sur toutes les épaules. Comme le dit un cantique de Manfred Siebald : « Personne n’est toujours faible, personne ne peut tout porter. / Chacun peut utiliser les dons de Dieu pour faire ce qu’aucun autre ne peut. / Personne n’a encore besoin de tout, personne n’a déjà tout. / Chacun vit des autres ; chacun rassasie les autres. Il est bon de pouvoir compter sur les autres, de les voir autour de soi, / De partager ses soucis, ses joies, ses forces et de cheminer ensemble. / Il est bon de ne pas compter que sur soi, de savoir que le cercle ne se referme jamais / Et que le Dieu dont nous parlons est au milieu de nous. » (Recueil de cantiques de l’EEM (en allemand), 443,3). 

Que notre vie soit ancrée dans cette expérience que Dieu est au milieu de nous, qu’il nous donne de l’élan, qu’il nous fait ressentir l’insouciance et la joie chrétienne au milieu des difficultés. 

Mais revenons-en à la question de départ : Qu’est-ce que le succès ? Qu’est-ce qui caractérise un pasteur, un circuit, une Église qui a du succès ?
On pourrait définir le succès ou l’échec comme étant la différence entre un état antérieur et un état ultérieur, autrement dit, dans l’optique de la stratégie de l’EEM, entre l’influence missionnaire sur la société de l’an 2010 et l’influence missionnaire sur la société de l’an 2018. Malheureusement (ou heureusement), il ne sera pas facile du tout de déterminer si nous aurons vraiment amené plus de personnes à suivre le Christ en 2018 qu’en 2010. 

Dans le mandat que nous nous sommes fixé, nous ne faisons certainement pas tout faux, même si nous n’arrivons pas à tout faire juste et, partant, à considérer que nous avons réussi. Dieu ne nous abandonne pas pour autant, ce qui nous permet de reconnaître, célébrer et désigner les traces qu’il laisse parmi nous et dans ce monde. 

Dans les processus des incubateurs d’équipes, les participants apprennent que le succès ne repose pas uniquement sur un résultat, mais également sur le chemin emprunté pour aboutir au but visé. C’est justement pour cette raison que l’on met tant en œuvre pour que cette transformation puisse se produire, par exemple en cherchant de plus en plus des traces de Dieu dans sa propre vie, en s’efforçant de cibler sa vie sur Jésus, de considérer ensemble, sans faux-semblant, ce que l’on a, en commençant ensemble à rêver de nouveaux rivages, en étant à l’écoute de Dieu lorsqu’il s’agit de se fixer des objectifs, et en étant toujours prêts à s’adapter à de nouvelles circonstances. Dans toutes choses, nous sommes conscients que la trans- formation n’est pas induite par ce que nous faisons, mais par celui incarne la « dynamique de Pâques », Jésus-Christ. 

Nous sommes en chemin avec le Christ, animés par Dieu et tournés vers les hommes, avec nos doutes et nos espoirs, nos réalités et nos rêves, parfois oppressés, mais toujours emplis de la promesse de légèreté et de joie que nous donne le message du Christ.


5. Suggestions pour approfondir la discussion 

Nous vous invitons à vous prendre du temps pour réfléchir, en petits groupes d’environ six personnes, aux questions suivantes : 

  • - Comment est-ce que je vis la pression exercée par l’Église ? 
  • -  Comment est-ce que je gère les attentes au sein de l’Église ? 
  • -  L’organisation de l’Église est-elle adaptée à son message ? Dans quels domaines et, le cas échéant, de quelle manière le message de l’Église influence-t-il son organisation ? 
  • -  Quelles sont mes attentes envers moi-même, envers les chrétiens et envers l’Église ? 
  • -  Dans quels moments est-ce que je ressens la légèreté et l’insouciance, autrement dit la joie d’une vie avec le Christ, dans le quotidien de l’EEM ?
  • - Ne rien faire en raison de nos incertitudes est souvent pire que de prendre des risques et tabler sur les possibilités de Dieu. Dans quelles circonstances le fait de me lancer ou d’être prêt à prendre des risques m’apparaît-il comme un atout ? 


6. Nouvelles de la communauté de service 

6.1 Jubilés 

Les personnes suivantes célébreront un jubilé particulier à l’occasion de la présente Conférence annuelle. Nous vous remercions toutes et tous pour les nombreuses années de service sur lesquelles nous pouvons nous pencher ensemble. Que Dieu vous bénisse et vous accorde joie et courage dans la suite de votre ministère : 

50 ans

Pierre Geiser
Daniel Roman

Peter Siegfried

40 ans

Daniel Nussbaumer 

Daniel Osswald


6.2 Départs à la retraite 

Cinq pasteurs mettent un terme à leur service actif lors de la présente session de la Conférence annuelle. Nous vous sommes reconnaissants pour votre im- mense engagement en faveur du royaume de Dieu et de l’Église, et nous vous souhaitons une agréable entrée dans la retraite active : 

Après 5 années de service

  •  Pierre Bertololy

Après 6 années de service

-  Christophe Waechter 

-  Myriam Waechter 

-  Joseline Waechter

Après 22 années de service

- Jean-Philippe Waechter

6.7 Décès 

Au cours de l’année de conférence écoulée, nous avons dû prendre congé des personnes nommées ci-après. Nous sommes profondément reconnaissants à Dieu de les avoir placées à nos côtés et de leur avoir permis d’enrichir notre Eglise: 

Elisabeth Russenberger, pasteure, est décédée le 19 juin 2014 dans sa 79e année. Elisabeth Lauber, veuve de pasteur, est décédée le 27 janvier 2015 dans sa 85e année. 

7. Remerciements 

En tant que surintendante et surintendants, nous participons à bien des réflexions et événements figurant dans ce rapport, qu’il s’agisse de situations personnelles ou de cheminements, parfois beaux, parfois difficiles, suivis par des circuits et des églises locales. Ce faisant, nous sommes conscients que de nombreuses personnes prient et sont prêtes à s’engager pour l’EEM, pour nous et pour le royaume de Dieu dans le monde. Merci pour tout cet investissement, tout cet amour et toute cette énergie. Il est important pour nous de pouvoir avancer ensemble, en tant qu’êtres humains au service et sous la conduite de Dieu, en plaçant notre confiance dans la puissance et l’esprit de notre Seigneur. Croire qu’il peut encore offrir de toutes autres possibilités que celles que nous imaginons nous aide à nous débarrasser de la pression et de l’obligation de réussite auxquelles nous nous soumettons nous-mêmes, et nous invi- tons toutes celles et tous ceux qui cheminent avec nous à le vivre eux aussi. Merci de marcher à nos côtés. 

Nous tenons exprimer ici notre reconnaissance particulière à Martin Streit, qui, après huit ans de ministère comme surintendant du district Nord-Ouest de la Suisse, remettra ses fonctions à Stefan Zürcher. Un grand merci à lui et à Thérèse pour tout le chemin parcouru ensemble. 

- Martin Streit Etienne Rudolph Claudia Haslebacher Jörg Niederer 

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