A propos de la vie et du ministère d’Hugh et Shirliann Johnson

Évêque Heinrich Bolleter

Pour caractériser la vie et le ministère de Hugh Johnson et Fritzi, je commence avec une citation de Hugh, qui est centrale et mémorable pour moi: «L'Eglise doit être là où le besoin est le plus grand ! »


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Évêque Henri Bolleter

Quand je les accompagnais tous deux dans leur service, il y avait beaucoup de situations alarmantes en ce qui concernait les chrétiens en Algérie et aussi en ce qui concernait la sécurité de Hugh Johnson et Fritzi. Des amis aux États-Unis et en Europe ont à différents moments exercé des pressions sur moi, comme quoi il était temps de retirer Hugh et Fritzi de la zone à risque.

Lors d’une de mes visites, j’avais le souci de leur sécurité et cherchais à évaluer la situation. Hugh répondit à mes préoccupations avec ce mot: «L'Église doit être présente là où le besoin se fait le plus sentir ». Il n’était pas question pour eux de vivre un temps éloigné de la zone de tension politique et sociale. Le prix en a été élevé: Hugh a même été attaqué avec un couteau et a échappé de justesse à la mort. Et quand il se déplaçait dans le pays à la rencontre des communautés dispersées, il a toujours dû compter sur des barrages routiers. Il ne savait jamais à l’avance s’ils avaient été érigés par les fondamentalistes ou par les militaires. A chaque fois, il craignait pour sa vie et pour celle de ses compagnons de voyage.

Hugh et Fritzi ont toujours montré une grande solidarité avec le peuple de l'Algérie et de la Tunisie, avec les chrétiens et les musulmans, avec les pauvres et les migrants. La personne qui frappait à la porte du centre communautaire de l'église était toujours la bienvenue. Cette solidarité s’est exprimée un jour par une action impressionnante des voisins. Au temps de la guerre en Irak, la maison où Hugh et Fritzi vivaient, a été attaquée par des musulmans en colère. La situation risquait d’être dramatique. Dès lors, les voisins avaient formé une chaîne humaine pour protéger la maison.

Les deux missionnaires se sont aussi montrés solidaires à la population sahraouie (Sahara occidental), qui vivait à l'époque et vit toujours encore sans le droit d’avoir son propre État dans les camps de réfugiés à Tindouf dans le désert algérien.

Avec Fritzi, j’'ai visité ces camps et suivi son travail, en particulier auprès des femmes et des enfants. Elle a assuré la formation des enseignants de maternelle. Elle a veillé à la livraison régulière de menthe herbe fraîche dans le camp. Il est de tradition pour les familles de pouvoir discuter de leurs problèmes dans le camp en plein désert autour d’une tasse de thé très concentré.

Des camps, les jeunes gens étaient souvent envoyés dans les anciens pays socialistes de l’Europe de l’Est pour des études. Les bouleversements politiques dans les pays socialistes survenus après 1990 ont eu pour conséquence pour ces étudiants la perte de leur lieu d'étude et de leur bourse. Fritzi était un symbole vivant de ce pont étroit qui existait entre les camps sahraouis et le monde.

Au sein de la minorité des chrétiens protestants en Algérie, il y a aussi eu des tensions. Ceux qui vivent dans une société marquée par la guerre civile et la violence ont différentes façons de réagir aux menaces permanentes. Une partie des protestants a fait le choix de la provocation en se montrant agressifs en mission. C’était un peu plus facile dans les montagnes kabyles que dans des villes comme Alger, Oran et Constantine.

Les plus anxieux, cependant, se sont éloignés de ces provocations. Celui qui témoigne de sa foi bruyamment en Algérie met non seulement sa propre vie en danger, mais aussi la vie de tous les autres chrétiens. Là aussi intervenait Hugh et Fritzi comme bâtisseurs de ponts entre toutes les minorités chrétiennes dans le pays.

Grâce à sa participation à la Radio algérienne et au dialogue qu’il a menés là-bas, Hugh a grandement contribué à la compréhension entre chrétiens et musulmans.

Cher Hugh, chère Fritzi,

Vivre l'amitié et travailler pour la paix et la réconciliation suppose une bonne connaissance de l'histoire de l'Afrique du Nord. Il faut aussi la volonté d'apprendre les langues parlées par la population, comme l'arabe, le kabyle et le français! Depuis le début de votre ministère au nom de l'Eglise en Algérie et en Afrique du Nord, vous avez acquis ces compétences. Dans un contexte où l'excitation et l'indignation sont un phénomène quotidien, il faut avant tout une paix intérieure soutenue par la foi.

Il faut du discernement dans le traitement des questions religieuses. Il faut beaucoup d'amour et d'endurance dans un contexte où les difficultés et les troubles sociaux caractérisent le vivre ensemble. Ces talents ont marqué votre service. L'attribution du Prix de la Paix est une occasion pour nous de vous remercier sincèrement pour votre service de 42 ans en Afrique du Nord et pour votre témoignage au Christ.

Heinrich Bolleter, 19 juin 2015