Jésus-Christ fonde notre identité et suscite l'estime


Dans la matinée du samedi, les délégués de la Conférence annuelle de l'Église méthodiste unie de Suisse, France et Afrique du Nord ont travaillé sur une «culture de l’estime». Des impulsions spirituelles ont été données, sketchs de théâtre en alternance avec des exercices pratiques.

Emanuel Fritschi (à gauche) et Andreas Benz introduisent la thématique du jour.

La pasteur idéaliste…

… et en même temps menacée de burn-out,jouée  par la comédienne Karin Härry.

Paul Bruderer, prédicateur de l’église Chrischona de Frauenfeld, propose le verset de 1 Pierre 2:9 au centre de sa méditation : « Mais vous êtes le peuple élu par Dieu ». L’estime est fondée sur l’identité que Jésus-Christ nous offre. S’il fallait attendre l’estime des autres, on serait vite sous pression et déçu.

Andreas Benz et Emanuel Fritschi qui ont animé la matinée au nom de la commission « Conseil et formation » ont posé trois questions au début: Qu’est-ce que Jésus nous apprend sur l’estime ? Comment pouvons-nous maintenir une attitude respectueuse dans des situations difficiles, quand nous nous sentons bousculés à la maison ou à l’église ? Comment puis-je favoriser une culture du respect ? Comment gérons-nous la chose ? Qu’est qui  m’aide dans ces cas-là ? Quel pas personnel vais-je franchir ?

L’importance de l’estime de soi

Nous sommes élus par Dieu, renchérit Matthias Fankhauser, pasteur de Berne. Notre identité est assurée en Christ.  Jn 1,12-13 C'est Lui qui nous donne le pouvoir, la liberté de devenir enfants de Dieu... Sans notre contribution en contrepartie, mais comme un effet de sa grâce, tel un cadeau. Chacun de nous... est précieux à ses yeux. (Chaque délégué s’est vu remettre à l’entrée de la salle un autocollant avec la mention en français ou en allemand « précieux ».

Alors dans quel cadre je me sens apprécié, à quel endroit je bénéficie de l’estime des autres ?

« L’estime commence avec moi-même", précise Matthias Fankhauser. La partie "... comme toi-même" du commandement de l'amour est extrêmement importante. L'objectif général était de «commencer par moi, mais de ne pas en rester là ». 

Jésus demande une chose à Pierre : « m’aimes-tu ? » Indépendamment de ses performances, il attend de lui un amour inconditionnel en toutes les circonstances : « Paix mes brebis ». Dieu me confère l’identité en me posant la question à mon tour : « m’aimes-tu ? » Cela commence par moi. Ma réponse influe sur mes relations. Si je sais d’où je viens et qui je suis, je peux avancer en toute quiétude. Mon statut est assuré : je suis aimé. Mais en retour, suis-je prêt à aimer ? Est-ce que j’accepte la tâche que Jésus me confie, même quand j’ai trébuché ou me sens incapable ? Est-ce j’aime et estime moi-même, mon vis-à-vis ? Est ce que je me surprends à avoir une attitude peu aimante et peu attentionnée ? Où ai-je besoin personnellement d’une nouvelle perspective ? Où faudrait-il que j’adopte une nouvelle attitude ?


Exhortation du pasteur Paul Bruderer, Chrischona, Frauenfeld

Salutation

Bienvenue à chacun, je suis heureux et honoré d'être aujourd'hui en mesure d'être parmi vous ce matin! Mon nom est Paul Bruderer. Je suis le pasteur principal de l'église Chrischona ici à Frauenfeld  que-je sers avec ma femme et nos trois enfants depuis plus de 10 ans.

Lecture du texte

Mais je vous salue non seulement au nom de notre communauté, mais aussi au nom de Dieu et vous fais la lecture de 1 Pierre 2:9:

Mais vous, vous êtes la race choisie, les prêtres du Roi, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu. Il vous a appelés à passer de l'obscurité à sa merveilleuse lumière, afin que vous proclamiez ses œuvres magnifiques. (1 Pierre 2,9)

Avez-vous entendu ce que Dieu nous promet ici ?

Le lien avec le thème du jour

Aujourd’hui il est question d’estime.

Imaginez-un instant qu’on vous honore véritablement, chers pasteurs, chers collaborateurs, qui vous démenez au service de la communauté - imaginez un instant  qu’on vous honore véritablement pour votre vie et votre ministère, et votre souffrance pour la communauté et le royaume de Dieu - imaginez-vous cela! Si cela devait se produire, nous grandirions de 5 cm et assurerions avec assurance la prochaine étude biblique ou le prochain enterrement ou le prochain sermon.

Cette appréciation-là , nous en serons toujours preneurs et la reconnaîtrons aussi aux autres si nous le faisons sur la base de notre identité en Christ.

  • Si je me repens et que mon identité se fonde sur l'estime que je reçois des autres, je vais être un chrétien désagréable parce que je suis exigeant: «Viens! Tiens-moi en haute estime »… -)
  • Peut-être que je réagis en étant exigeant, mais je suis largement déçu: « Oh, désolé! Maintenant, je m'attendais à des encouragements, mais tu ne m’as rien donné de ce genre »…
  • Tout cela se passe quand je fonde mon identité sur l’estime que me portent d'autres personnes.
  • Mais si je sais qui je SUIS en Christ, je serai en mesure d’apprécier l’estime que vous me portez d'une manière saine, je saurai m’en réjouir sans devenir exigeant ni propager à tous vents la déception.

Donner ou recevoir de l’estime d'une manière saine doit fonder notre identité et non l'inverse. Par conséquent, il est essentiel dans le débat du jour (l’estime) de savoir à nouveau qui vous ÊTES.

Notre identité est offerte et assurée

„Vous êtes le peuple élu de Dieu“

Ici, il est important que nous comprenions ceci : Notre identité  nous est conférée par don et  elle est donc sûre. Dieu nous a choisis, voulus, toi et moi, pour que nous devenions une partie de son peuple. Et pour cette raison, ton identité est également confortée et n'a pas besoin de protection supplémentaire par l'appréciation d'autres personnes. Es-tu conscient de cela?

Vous n’avez certainement pas ces problèmes au sein de l’EEM. Mais à la Chrischona, il existe : Nous avons quelques pasteurs qui sont de vrais héros. Ils sont ‘super’. Leurs congrégations grandissent. Ils savent prêcher. Ce sont des leaders forts. Et si nous nous tenons lors d’une conférence à côté d'eux, de nombreux pasteurs pensent en leur for intérieur : ah si j’étais aussi un tel héros comme eux !

Ah quel bien cela nous fait de sortir de comparaisons négatives et de prendre conscience : je SUIS juste choisi tout comme ces héros de l’EEM. Euh désolé, à la Chrischona. Je m’adresse à chacun ici et maintenant : Tu es choisi par Dieu et ton identité est donc également assurée, parce qu’elle n'est pas basée sur la vie moralement bonne que tu mènes ou que tu aurais voulu ou devrais mener. Ton identité ne repose pas sur le succès que tu remportes en tant que pasteur. Mais entends la Parole de Dieu: Ton identité est basée sur la gracieuse élection de Dieu. Aucune performance n’est requise de ta part, tout juste l’acceptation empreinte de reconnaissance.

La prise de conscience de mon identité me permet d’honorer les autres dans des situations difficiles

Pierre dit que nous sommes prêtres - appelés à servir les autres. Notre identité qui nous est donnée et assurée constitue le fondement de notre service d’autrui même dans les situations difficiles et de l’estime que nous leur portons. Je veux le montrer sur la base des réactions que ces paroles ont déclenchées chez leurs premiers destinataires.

Les premiers destinataire de la lettre de Pierre vivaient dans ce qui est maintenant la Turquie. Leurs enfants étaient parmi les gens qui avaient été enlevés et réduits en esclavage au cours des 2e et 3e siècles avt JCH par des guerriers gothiques.

Il est étonnant de lire comment ces chrétiens .avaient vécu … cette situation difficile. Ils ne se sont pas résignés, mais ont servi, en toute simplicité, leurs seigneurs gothiques, et se sont soumis à eux. Un historien a dit: Ils ont quasiment par le bas gagné le cœur de leurs seigneurs gothiques pour le Christ. Ces convertis gothiques à leur tour ont été persécutés par d'autres Goths mais ont été déterminés à apporter l'Evangile aux Goths et à d'autres peuples germaniques. On peut montrer que ces gothiques chrétiens qui ont apporté l'Évangile à presque toutes les tribus germaniques alors existantes, entre autres, aux Alamans avant de venir ensuite en Suisse.

La capacité de ces chrétiens n'a pas été fondée sur le fait que d'autres étaient gentils et reconnaissants à leur égard. Mais c’est l’ancrage de leur identité donnée et sécurisée en Christ qui les a rendus capables de vivre selon le Christ dans cet environnement incroyablement difficile. Notre identité donnée et sécurisée fonde notre service des autres y compris dans les situations les plus difficiles et nous permet de tenir les autres en haute estime.

  • Si l’ancrage de notre identité en Christ peut faire de telles choses , comme nous l'avons vu avec les chrétiens d'Asie Mineure comme avec les Goths chrétiens, alors c’est aussi possible précisément dans nos communautés! 

Si nous basons notre identité en Christ, nous serons en mesure de donner aux autres chrétiens de l’estime et de l'amour véritables qui ne l’ont pas encore compris que, et ne sont pas gentils avec nous et qui ne sont pas sur la même longueur d’ondes que nous.

Remerciez le Seigneur de l’ancrage de notre identité en Christ

Nous voulons donc commencer cette journée en remerciant Dieu pour l’identité qui nous est donnée et sécurisée! Quand je remercie Dieu, je reconnais en mon for intérieur un fait - le fait de mon identité. Je ne Le prie pas de me donner cette identité ou de m’aider à la restaurer. Non, je Le remercie pour ce fait. Et quand je Le remercie, ma conscience et mes pensées reposent de plus en plus sur elle.

Je commence souvent mes journées par une action de grâces :

«Merci, Père, de m’avoir choisi pour être un membre de la famille royale, anobli, un prêtre et serviteur à ta gloire!"


EXHORTATION DU PASTEUR BRUDERER (FRAUENFELD) SUR LE FONDEMENT DE L'ESTIME (fichier pdf 79 ko)

A tous crins et sans crainte

Jésus ne nous demande pas de performances, Jésus attend de nous une seule chose, qu’on réponde à son amour par de l’amour. L’amour du Christ tout comme l’amour pour le Christ sont le point de départ pour aimer autrui, y compris les personnes difficiles et malveillantes. Sans peur ni reproches. Si nous savons d’où l’on vient et à qui nous appartenons, nous n’avons pas à avoir peur et nous suivrons la logique du pardon.

Matthias Fankhauser établit ainsi le lien étroit qui existe entre l’estime et le pardon, car il revient toujours à nouveau au pardon. Nous pardonnerons à autrui jusqu’à 77 X 7 X, quitte à oublier le mal commis.

L’estime commence par soi

Exposé Matthias Fankhauser

Un délégué à la Conférence annuelle fête un anniversaire tout particulier. 50 années de CA! Pas une seule fois il n’en avait manqué une. L'évêque a félicité sur l’endurance unique de cet homme et adresse un mot de circonstance : ". Bien sûr, vous avez entendu prêcher beaucoup de théologiens célèbres" « C’est vrai», répondit le jubilaire, "mais Dieu m'a montré la grâce que je puis toujours  encore croire en lui » .

L’estime commence avec moi, d’où le thème de cet exposé.

L’estime, quel sujet! Cela se traduit comment ? Par une grande fête ou un beau cadeau, un hymne de louange sur ce que j'ai réalisé ou fait? Ou peut-être plus une parole qui fait du bien : "Sans toi, mon cher frère, sans toi, tout serait complètement différent ».

Pour moi personnellement, ces choses ne me disent pas grand chose. Bien sûr, c'est agréable quand quelqu'un dit que j'ai bien fait quelque chose. Bien sûr, c’est une bonne chose quand je rapporte à la maison de temps en temps un gâteau ou un bouquet de fleurs, parce que les gens étaient reconnaissants de ma présence.

Personnellement, ces choses ne me disent pas grand chose. Par contre, ça me fait du bien quand j'entends qu’on parle de moi en bien derrière mon dos. Comme la femme qui me chuchota à l'oreille: «Hey merci pour la discussion la semaine dernière. J'ai dit à Lydia, que tu étais un drôle de bon pasteur ».

Une petite tape dans le dos et ça va mieux. C'est aussi ce que dit cette sentence qui vient de je ne sais où. Je sais seulement que mon surintendant l’avait rapportée: « Une tape dans le dos est seulement située à quelques vertèbres plus haut qu'un coup de pied dans le derrière, mais en termes de conséquences, il donne quelques miles d’avance ! » (Victor Wilcox)

La réponse serait: Trop de tapes dans le dos ralentissent la marche, on a donc besoin maintenant « d’un coup de pied dans le derrière ».

Vous voyez, je suis coincé et confronté à un dilemme avec ce concept d’estime. Est-ce que l’estime est tout simplement un merci amélioré? Si je dis merci en retour, cette marque de reconnaissance prend le goût d’une ‘prestation’. Cela signifie que si j'ai fait quelque chose de bien ou accompli une prestation particulière, je peux m’attendre à un merci. Parfois, on a droit à des remerciement, quand bien même les gens sont au fond heureux de mettre un terme à l’affaire.

L’estime commence par moi.

Hier, j'ai dû rester à l'écart pour la bonne cause de la CA. J'ai été couronné. Il y a eu un temps de préparation plus long. Il y a tout juste deux mois, j’ai été solennellement informé de mon couronnement en cours. Puis, la semaine dernière eurent lieu les premiers essais et adaptations de la couronne, de sorte que tout s'adapte parfaitement à mon palais. Et hier tout était prêt. Une cérémonie solennelle, qui a duré environ une heure. Je ne pouvais pas fermer ma bouche tout le temps d’étonnement! Si ça, ce n’est pas de l’estime, c’est quoi ?! Aujourd'hui, je suis quelque peu déçu de ne rien lire à ce sujet dans le journal.

Et, je ne suis pas sûr que mon dentiste partage mon point de vue. Pour lui, c’est probablement plutôt un mal nécessaire, quand quelqu’un ose voit poser une couronne dentaire.

Comme chrétiens, nous voulons accepter Jésus comme notre modèle et apprendre de lui. Toujours au sujet de l'estime. Nous avons entendu dire que Jésus-Christ nous aime et nous connaissons le commandement «aime ton prochain comme toi-même ». Je suis convaincu que cette partie  «comme toi-même » est extrêmement importante. Tout commence par moi, sinon ça devient difficile.

Commencer par soi-même, mais ne pas en rester là avec moi…

L'estime est une expression de l'amour. L’estime sans amour n'est qu’hypocrisie, il est donc important de commencer par moi-même. Et voilà comment ça marche : Dieu m'aime - il me désigne comme son enfant - que dis-je, plus: Jésus m'appelle son ami. Enfant ou ami, c’est décisif : Dieu me donne une identité. A ses yeux, je suis quelqu'un! De ce point de vue, je voudrais aborder la thématique de l’estime.

Je suis quelqu’un

Il était une fois un homme riche. Un peu petit de taille, il se rattrape par sa curiosité d'autant plus grande. Il grimpe sur un arbre pour voir Jésus. Voir serait déjà suffisant pour lui. Jésus regarde l'homme et l'appelle. « Aujourd'hui, je veux venir et rester avec toi» (Lc 19,2 ss).

Il y a cette femme aux multiples relations ; disons qu’elle était loin d’avoir une relation stable et constante. Ou disons qu’elle ne célèbrerait jamais un mariage d'or. Puisque la loyauté n'est pas sa force, elle subit le mépris des gens du village. C’est la raison pour laquelle elle se rend au puits à un mauvais moment pour puiser de l'eau. Dans cette situation d’urgence, Jésus lui parle. (Jn 4, 6 et suivants)

Ou cette une autre femme, malade et sans espoir de guérison. C'est le sabbat, et malgré sa maladie, elle se rend à la synagogue. Un esprit mauvais la tourmente, est-il dit. Exclue de la cité par sa maladie et ce depuis dix-huit ans. Jésus pose les mains sur elle. (Lc 13, 10ss)

Seuls trois exemples de situations où Jésus exprime de la considération.

Tout d’abord, que Jésus ne connaisse pas la peur, ça me frappe. C’est d'autant plus surprenant qu’à cette époque le contact avec de telles personnes était plutôt mal vu. Jésus viole le repos du sabbat, se rend impur en touchant un malade et il a des contacts avec des croyants en marge. Jésus bouleverse le bel ordre. Cela lui était égal. Qu’est-ce qui lui semblait aussi important pour transgresser toutes les règles établies ?

15Après le repas, Jésus demanda à Simon Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » — « Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes agneaux. » 16Puis il lui demanda une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » — « Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes brebis. » 17Puis il lui demanda une troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait demandé pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? » et il lui répondit : « Seigneur, tu sais tout ; tu sais que je t'aime ! » Jésus lui dit : « Prends soin de mes brebis. 18Oui, je te le déclare, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu attachais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras, un autre attachera ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas aller. » 19Par ces mots, Jésus indiquait de quelle façon Pierre allait mourir et servir ainsi la gloire de Dieu. Puis Jésus lui dit : « Suis-moi ! » (Joh 21, 15ff) 

Pierre est mon perdant préféré. Psychologiquement, il vit un modèle merveilleux. Un classique, pour ainsi dire. Il pense être capable de tout mais il échoue à chaque fois.

Tout à l'heure il y a eu un méga flop. Il a nié à trois reprises connaître Jésus. Bien qu'il se soit vanté, quelques heures auparavant, lors d'un dîner détendu, de ne jamais abandonner Jésus à la mort.

Et puis il l'a quand même fait. Quelques jours plus tard, Jésus est ressuscité d'entre les morts, parle avec Pierre. Il aurait pu multiplier ses excuses et expliquer pourquoi à la fin il a renié Jésus. Il aurait pu se vanter d’être bien meilleur que les autres qui ont eu la trouille de leur vie et se sont hâtés de s’enfuir au moment de son arrestation.

«M’aimes-tu? » C’est tout ce que Jésus a voulu savoir. «M’aimes-tu? » Il n’attend pas de performance. Il est inutile de signaler ce que tu as fait pour l'Église. Pas même ce que tu as fait pour ton prochain est important!

Il nous dégage de l’obligation de performances! Semble-t-il que Jésus se soucie peu de ce que tu as réalisé. Il te pose juste cette question: "M'aimes-tu?" Oui? Ensuite, « prends soin de mes brebis ». Quand Jésus confie une tâche, c’est alors qu’émergent l’estime et la considération.

Jésus nous demande de faire quelque chose. Cela signifie que Lui, Il n'a pas mis une croix sur nous. Jésus exige quelque chose de nous. Oui chers amis, Jésus exige quelque chose de nous. Etre chrétien est une véritable exigence.

L’estime commence avec moi. Mon attitude est cruciale. Mais comme toujours, je peux prononcer de belles paroles ici. Que nous faisons des personnes qu’on a du mal à supporter ? Pourquoi devrions-nous tenir en haute estime des personnes qui nous ont fait du mal? Nous connaissons tous des personnes de ce genre. Jésus n’avait-il pas toutes les raisons de poser cette question-là à propos de Pierre? Il ne l'a pas fait.

N’y aurait-il pas un lien direct entre l'estime et le pardon? Je me souviens de la question des disciples : « Combien de fois devons-nous accorder le pardon aux autres ? Sept fois? » La réponse: « Non mais 7x mais 7x70 ». S’il existe une application que tu peux télécharger sur ton smartphone et enregistrer le nombre de fois tu as accordé le pardon, oublie… Tu peux en faire l’économie. Pardonne sans répit, sans discontinuer. 

Se pourrait-il que Jésus ne nous demande pas de performances, parce qu'il pardonne sans limite?

Dieu me donne une identité. Je suis important pour lui. C’est pourquoi il me pose la question cruciale : «M’aimes-tu?" Il commence avec moi. Je peux seulement répondre à cette question. Ma réponse influe inévitablement sur mon attitude envers les autres.

Dès lors que je sais d'où je viens et à qui j'appartiens, je n’ai plus besoin d'avoir peur. Après tout, il ne s'agit pas de moi, mais de Dieu. Il ne s'agit pas de prestation que je réalise ou non. La question est plutôt de dire pourquoi je fais ceci ou cela. La réponse devrait être la même que pour la question: «M’aimes-tu ? »

Peut-être qu’il t’arrive ce qui est arrivé à Pierre et que les choses ne se passent pas comme tu l’avais envisagé. Tu as maintenant l'occasion d’examiner de près la question de Jésus. Peut-être bien que tu gagnes à entendre tout à nouveau que Dieu te considère comme quelqu’un de précieux. Savoure alors cette parole et profites en.

L'ESTIME COMMENCE PAR SOI, EXPOSÉ DE MATTHIAS FANKHAUSER (fichier pdf 62 ko)


L’assistance était définitivement ramenée à la réalité par le jeu théâtral de la comédienne Karin Harry de Aarau. Elle a joué alternativement le personnage de la sacristine qui s’énerve de l’état de saleté des locaux que laissent les uns et les autres et de l’absence de reconnaissance de son travail, le rôle du pasteur surchargé et celui de la femme du pasteur qui tire secrètement les ficelles de la communauté. Les femmes ont en commun la tendance à glisser littéralement toutes les questions sensibles sous le tapis de la scène. 

Ces sketches constituent une bonne base de réflexion sur les dysfonctionnements possibles dans la vie d’une communauté susceptibles de générer des frustrations et des réactions calamiteuses en chaîne.  Mieux vaut casser la spirale des mauvaises interprétations pour revenir à une perception aussi proche que possible de la réalité.

En petits groupes, les délégués ont discuté  pour finir la matinée de situations concrètes que l’on peut rencontrer dans une église locale et esquissées sur ​​des feuilles posées sur la table.


Quelques questions pour plus d’estime

  Est-ce qu’en remerciant, je renforce mon ancrage dans mon identité en Christ ? 

  Est-ce que je donne généreusement des retours positifs ? 

  Est-ce que je parle de tierces personnes absentes de
manière telle qu’elles pourraient aussi être présentes ? 

  Est-ce je parle généralement de manière positive de l’Eglise, des collègues, ...? 

  Est-ce que je prends position contre le dénigrement ? 

  Est-ce que j’empêche les exclusions et, dans le doute, est-
ce que je prends le parti du plus faible ? 

  Est-ce que je considère la différenciation comme une force ? 

  Est-ce que j’inclus consciemment des marginaux ? Est-ce que je demande leur avis et maintiens consciemment le contact ? 

  Est-ce que je dis à d’autres comment je me sens (se sent mon cœur) ? 

  Est-ce que j’ai confiance dans les capacités de mes collègues ? Est-ce que je leur donne carte blanche ? 

  Est-ce que je soulève le tapis ? Est-ce que j’aborde sans tarder les points critiques et les sentiments d’insatisfaction ? 

  Est-ce que je traite avec tolérance mes erreurs et celles des autres ? 

  Est-ce que j’écoute la voix de Dieu ? Est-ce que je me demande : “Que ferait Jésus dans cette situation ?" 

  Est-ce que je renonce consciemment aux jeux de pouvoir ? 

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EF/25.05.14

Témoignage du pasteur Patrice Vergin (Mont-de-Marsan) lors de la séance plénière sur l'"estime"

Selon le dictionnaire1, la dignité : est une fonction, un titre ou une charge qui donne à quelqu'un, un rang éminent.  La Bible nous parle, elle aussi, de dignité et nous apprenons, que l'homme a été créé à l'image de Dieu (Gn.1.27). N'est-ce pas là le rang le plus éminent que l'on puisse envisager ? A chaque fois que la dignité de l'homme est écornée, c'est son humanité qui en souffre. Récemment, dans un entretien accordé à l'hebdomadaire « La Vie »2, ayant pour titre « Ma blessure vous ne l'éprouverez jamais », Madame Taubira (Ministre de la Justice et Garde des Sceaux) évoquait le sentiment, face à la haine raciale dont elle avait fait l'objet, d'avoir été « expulsée de la famille humaine ». L'attaque à sa dignité, portait atteinte à son humanité. Il m'a semblé alors bienveillant de lui écrire les quelques mots suivants : « ... vous êtes précieuse aux yeux de Dieu, au même titre que chaque être humain. Car le Créateur ne fait de distinction aucune de l'homme et de la femme qu'Il a créé à son image avec beaucoup de soin et d'amour... ».3

Il y a quelques années, j'étais pasteur en Avignon, dans le Sud de la France. C'est une jolie région, qui attire touristes et retraités. Un de ces couples de retraités, avait fini par se joindre à notre église. Au bout de quelque temps passé ensemble, la question de devenir membre de l'église locale  se posait. Mais notre demande s'est heurtée à un refus. Seul le conjoint  monsieur B. accepta de rejoindre officiellement la communauté. Malgré son amour pour le Seigneur Jésus et sa participation à la vie de notre paroisse, l'épouse, madame J., ne se sentait pas le droit d'accepter. Les mois se sont écoulés, me laissant tout le temps de réfléchir à la situation et de discerner quel était le problème auquel je devais faire face. Lors d'entretiens séparés, je découvrais que suite à un mariage mixte, l'assemblée dont ils avaient fait partie durant les années de leur activité professionnelle, n'avait jamais accepté madame J. comme membre, malgré une évidente conversion. Mais surtout, elle ne lui avait jamais pardonné ce mariage, jusqu'à l'exclure également de la table de la Sainte-Cène. Monsieur B. semblait quant à lui s’accommoder de l'exclusion de son épouse. Rien d'étonnant que dans de telles conditions, madame J. avait toujours refusé le baptême. Cette situation ne me convenait pas, car je savais que quelque chose avait été brisé en elle. Jamais sa demande de pardon n'avait été accueillie, on avait ainsi porté atteinte à sa dignité, en empêchant son intégration dans le corps de Christ.

Il m'a semblé plus que nécessaire d'expliquer, dans ce qui pouvait être dit, la situation a notre conseil d'église. J'avais la conviction intérieure que si nous accueillons madame J. comme membre de notre communauté, même si elle n'était pas encore baptisée, cela lui signifierait notre amour fraternel et le fait qu'en Christ nous la trouvons digne de nous rejoindre. Le conseil accorda crédit à ma demande, sans négliger le fait que cette dérogation risquait dans l'avenir faire jurisprudence. Et c'est avec bienveillance et compassion, que de la part de l'assemblée je lui faisais la demande d'être membre de notre communauté. C'est avec larmes aux yeux qu'elle accepta, après quelques jours de réflexion. Durant les semaines suivantes, madame J. suivit la préparation au baptême, en compagnie de sa fille et de sa petite-fille. À ce jour elle reste ma « plus vielle » baptisée.

A l'exemple de Jésus, nous avons voulu faire acte d'amour. Car l'amour du Père, qui se manifeste à la croix, nous rétabli dans notre humanité et nous redonne notre dignité d'enfants de Dieu. Tout comme madame J., nombreux sont celles et ceux qui ont besoin d'entendre ce message de l'Évangile et c'est à nous, témoins, qu'il a été donné d'annoncer4.

Patrice VERGIN (UMC Mont de Marsan, France)

1 Dictionnaire « Le Petit Robert »

2 La Vie n°3588 du 05 au 11 juin 2014

3 Courrier du 06 juin 2014

4  Mt.28.19-20

Pasteur Patrice Vergin, EEM Mont-de-Marsan