Conférence annuelle 2013 - Sommaire


Ouverture

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

OUVERTURE

Placée sous le thème « La dignité c'est...», la Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne et a posé quelques jalons pour le futur de l’Eglise en particulier sur les questions de son mode de fonctionnement et sa gestion des immeubles. 


«La dignité, c’est...» Tel est le thème de la Conférence annuelle Suisse/France/Afrique du Nord de l'Eglise Méthodiste Unie (EEM) qui s’est tenue du 6 au 9 juin 2013 à Berne. Elle débuta par un service de Sainte Cène.

Pasteur Gunnar Wichers de Berne à l’ouverture de la Conférence.

Theodor Riesen du Comité d’organisation salue les participants.


La Conférence annuelle a démarré à Berne le jeudi matin par deux rencontres distinctes, une rencontre entre délégués laïcs et une autre à huis clos entre pasteurs. Elles avaient pour principal objectif la question du personnel et la préparation des élections.

L'après-midi débuta par un service de communion très simple. Gunnar Wichers, pasteur à Berne, a repris dans sa prédication le thème de la Conférence suggérant que la dignité humaine ne peut être reconnue que dans le respect de l'homme tout entier, avec ses forces et ses faiblesses.

 

En particulier, il soulignait que cette dignité se manifeste dans le sacrement de la Sainte Cène: «Aux yeux du Christ qui nous invite à sa table, nous sommes invités en tant qu’individus à cette communion. Le Christ nous accepte comme Eglise Evangélique Méthodiste Suisse/France/Afrique du Nord, notamment dans nos différences».


Dans l'introduction de la Cène du Seigneur, Matthias Fankhauser, pasteur à Berne, a souligné que la croix de Jésus de Nazareth brille à travers le labyrinthe de la vie.


Les participants à la Conférence ont été ensuite encouragés à partager avec leurs voisins de table l’expérience qu’ils avaient faite de la présence de Dieu au coeur de leur vie quotidienne au cours des mois passés. Le partage de la Cène autour des tables donna à cette pensée une expression forte et claire. Le culte a été encadré musicalement par l'orgue et la flûte de Herbert Huber et de Ruth Frösch.


Le président du comité d'organisation, Theo Riesen, salue ensuite tous les membres de la Conférence au nom du district de Berne et souhaite à tous une Conférence bénie et utile. «C’est un grand honneur pour l’EEM de Berne d’être en mesure d'accueillir la Conférence annuelle».


L’évêque Patrick Streiff a procédé à l'ouverture officielle du 42e Conférence annuelle Suisse/France/Afrique du Nord. Il a salué les évêques à la retraite, Franz Schäfer et Heinrich Bolleter. En même temps que la Conférence annuelle à Berne, 16 autres Conférences annuelles se tiennent de par le monde. Le bureau de l’évêque a fait parvenir à toutes ces Conférences annuelles une salutation écrite en signe de communion.



Principes fondamentaux de gestion des biens fonciers

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Matthias Bünger au micro

La première séance plénière de la CA 2013 aborde la question épineuse de l’immobilier.

Lors de la CA 2012, il y avait eu un débat animé concernant les principes fondamentaux de gestion des biens fonciers au moment de la présentation des projets immobiliers par le Comité directeur. De fortes réserves avaient alors été émises, en particulier sur le fait que l’EEM gère ses propriétés immobilières pour financer l’Eglise. Les délibérations avaient débouché sur une demande exigeant qu’une discussion de fond soit menée sur la gestion des immeubles lors de la Conférence annuelle 2013.

Matthias Bünger, président du Comité directeur, précise d’emblée qu’on attend des responsables de l’EEM qu’ils soient « des gérants intelligents », y compris pour ce qui est de la gestion des biens fonciers.

Au terme de ce débat, la CA devra ériger les règles et les normes éthiques que l’Église retiendra en matière de possession immobilière à partir de l’enseignement biblique. A partir de l’expérience passée, elle devra tirer les leçons pour le futur : ce qui se faisait jusqu’ici était-ce bon et satisfaisant ? A l’avenir, comment peut-on améliorer le dispositif ?

Ou faut-il reprendre tout à zéro à partir de l’Evangile ?


Sigmar Friedrich et ...

Markus Da Rugna


Pour introduire le débat, Sigmar Friedrich et Markus Da Rugna, respectivement rédacteur de Kirche+Welt et  président du GT Eglise+Société, tous deux pasteurs de l’EEM, ont présenté le sujet sous un angle théologique.

Ton règne (richesse) vienne !? (Observations bibliques relatives au rapport à la propriété et à sa valeur) 1

1. Note du traducteur: Jeu de mots intraduisible. Le terme allemand utilisé ici est: Reich(tum) = Reich (règne) + Reichtum (richesse)

Le cadre général
Notre questionnement quant à un rapport approprié avec les immeubles et les biens de l’Eglise ne vient pas de nulle part. Nous vivons dans un état et dans un contexte économique. Une des prémisses de notre économie de marché est la rareté des moyens et des ressources. Un fondement de la pensée biblique est l’abondance présente. En tant qu’intendants de Dieu, les humains sont chargés de répartir les biens de manière juste et mesurée. (Psaume 104,13-15; 1 Tim 6,17-19) 

Sigmar Friedrich illustre la position ambivalente de la Bible par rapport à la possession en rapportant une série de citations de la Bible à propos de l'argent et des biens. Même dans la Bible, la relation à la propriété et à la richesse est ambivalente: la richesse est perçue comme une bénédiction de Dieu dans l'Ancien Testament par rapport à «l’injuste Mammon» dans le Nouveau Testament. «Nous mettons notre confiance en Dieu et pas dans l’argent. Quand on se confie en Dieu, on disposera toujours des moyens dont on a besoin». Dans une perspective biblique (Ps 104), il existe assez de biens pour répondre aux besoins humains sur la surface de la terre.

Jugement de valeur
La Bible ne condamne ni ne glorifie la possession de biens et la propriété en tant que telles. Toutefois, le contexte mentionne toujours à nouveau des développements problématiques, tels que la fausse confiance en la fortune ou l’indifférence par rapport à la souffrance des autres et la justice sociale. (Gen 26,12-14, Prov. 10,4.15; 18,10-12)
Une gestion juste
Les prophètes du 8e siècle avant J-C. critiquent l’injustice économique et sociale de leur temps. A sa place, ils réclament « le droit et la justice ».
(Esaïe 5,8; Mi 2,1ss; Am 5,24)

Les injonctions des textes législatifs de l’AT suivent cette même ligne. Ils limitent systématiquement la recherche du profit au bénéfice des pauvres. Notion décisive : les Israélites ne font que gérer les biens qui leur sont confiés – ils en sont responsables envers Celui qui leur a accordé leurs possessions.
(Ex 23,10-12; Lév 19,9-10; Dt 14,22-15,2; Lév 25,10-13.23.42) 


L’Écriture pose aussi clairement la question de la justice sociale, le rapport aux plus pauvres et à l’étranger. Les prophètes encouragent la répartition équitable des biens en considération des plus faibles (sabbat, année jubilaire, glanage des champs) de manière à bien marteler cette double vérité élémentaire

  • que la terre appartenait à Dieu, et pas à l'homme : Israël s’entend dire qu’il n’est pas le propriétaire du pays, mais seulement son intendant. Et d’un intendant, il est demandé qu’il soit fidèle. Avec un bien qui vous est étranger, il convient de se montrer responsable.
  • et que le partage est une nécessité : dans 1 Timothée 6,17-19, les riches sont invités à se montrer généreux sans faillir dans leur confiance en Dieu.

Le Mammon injuste

Le témoignage de Jésus rapporté par les Evangiles synoptiques (Marc, Matth., Luc) considère la richesse et la propriété comme étant plutôt problématiques. Cet aspect prend une place importante dans les deux livres de Luc (Luc, Actes). La propriété risque de conduire à s’illusionner sur le fait d’avoir assuré sa propre vie. Il est nettement préférable de l’investir de manière ciblée sur l’avenir.

(Luc 16,1-13.16-17.19-31)

Accomplissement volontaire

Dans le Nouveau Testament, ce sont avant tout l’épître de Jacques et l’Apocalypse qui partagent cette appréciation sceptique de la propriété et de la richesse. Néanmoins, le renoncement à la propriété n’est pas érigé en norme.
(Actes 4,34ss; 5,4; 1Co 13,3)

Dans Luc 16 est largement discuté notre usage «ciblé» des biens à travers deux paraboles (le gestionnaire avisé, l'homme riche et le pauvre Lazare). Les biens qui nous sont confiés doivent être utilisés

  • à la lumière de la venue du Royaume de Dieu,
  • dans la transparence et l’honnêteté parfaite (pas comme Ananias et Saphira),
  • dans la consécration à Dieu (on peut donner tous ses biens sans se donner soi-même à Dieu)
  • et dans la reconnaissance pour l’abondance dont nous disposons grâce aux générations précédentes.


Qu'est-ce que cela signifie pour notre situation ? Qui servons-nous entre Dieu et Mammon ? Se reposer seulement sur son héritage serait une illusion. Gare aux fausses sécurités, mieux vaut se laisser diriger par la mission et le mandat qui nous sont impartis par Jésus-Christ.


Dans sa conclusion, le pasteur Sigmar Friedrich énonce distinctement le défi que la direction d’église doit relever toujours à nouveau : elle veillera à ce que les propriétés immobilières et leurs revenus entrent toujours dans une logique de service.


De son côté, le pasteur Da Rugna, président de la Commission «Eglise & Société» revenait sur l’envoi des disciples qui a notamment conduit les Franciscains à renoncer à toute possession : ils renoncent toute possession au nom de leur identification aux plus pauvres. La propriété est rejetée parce qu'elle empêche la fraternité et... la confiance (en Dieu). La fraternité a moins à faire à la possession des biens qu’au partage des biens.


Les plans de sauvetage pour les propriétés immobilières de l’EEM ont dominé l'ordre du jour de la Conférence il y a 15 ans. «Je constatais aussi un certain lien affectif avec ces propriétés immobilières, ce qui m’est étranger», a déclaré Da Rugna, et  de rappeler que dans l’Église il s’agit moins de rester attaché à un lieu que de suivre Jésus et donc d’être prêt à bouger. Rien que par son étymologie, une propriété immobilière suggère un certain immobilisme, l’«attachement à un lieu» : un bien immobilier est par définition une affaire inamovible. Notre mission s’exerce avec nos jambes et nos pieds et passe par certains équipements (locations,  etc...). Ces moyens servent à transmettre l’Evangile aux autres et à traduire notre compassion pour les plus pauvres. Il n’y a rien à redire à des moyens qui desservent directement cette cause de l’évangélisation, mais quand ce n’est plus le cas, il est opportun de prendre des dispositions, par exemple il faut savoir se séparer de propriétés immobilières qui ne servent plus à des fins ecclésiales et sociales.

Perspective

a) Tout commence par la reconnaissance: que nous disposions d’immeubles que nous pouvons utiliser et même exploiter de manière profitable est un don de Dieu que nous acceptons avec reconnaissance et mettons en valeur de façon responsable.

(b) Le danger est évident: le fait que les revenus de l’immobilier financent le travail de l’Eglise peut mener à l’illusion que la pérennité de l’Eglise ou du circuit concerné est assurée à long terme.

(c) Ce qui est décisif est l’objectif de toutes nos actions: les immeubles et les revenus qu’ils produisent ont un caractère de service. Ils servent à « proclamer » de manière crédible l’évangile du royaume de Dieu ou, pour le dire comme Wesley: à répandre la sanctification dans le pays. Dans ce sens, l’utilisation des revenus de l’immobilier présente un défi à une direction d’une Eglise qui décide de manière stratégique.

(d) Un rapport responsable aux revenus concerne également la communion entre nous: dans l’EEM Suisse, nous sommes liés les uns aux autres de diverses manières – au plan de la Conférence annuelle, mais aussi à des niveaux plus élevés, à travers Connexio et les relations au sein de la Conférence centrale; au plan local, national et international, il y a des situations sociétales qui appellent une action. Répartir dans ces cas les revenus de manière juste se fera difficilement sans conflits et exigera toujours des décisions prises en fonction du contexte.

(e) Le volontariat et les conditions-cadres structurelles forment un ensemble plein de tensions: que la réflexion ne soit pas limitée au local et au particulier dépend essentiellement de certaines personnes ou de certains circuits. Mais d’autre part, des données structurelles claires peuvent aider à projeter son regard au-delà du bout de son nez. Mais il peut arriver que ces aides soient perçues comme des contraintes.



C’est ensuite en petits groupes que les délégués ont débattu de la gestion à venir des biens fonciers. Les délégués ont consigné leurs opinions par écrit. Selon la promesse du président du Comité directeur, Matthias Bünger, les résultats seront évalués et serviront de base aux prochaines étapes sous-tendant le futur mode de gestion des immeubles de l’EEM.


Le conseil national Eric Nussbaumer (PS) et membre de l'EEM de Liestal, a plaidé, dans son discours de clôture, pour une approche équilibrée entre bénéfices sociaux et bénéfices économiques. A chaque fois, il faut se demander si tel ou tel choix ou toute ou telle optique immobilière présente un intérêt social et économique ? Tel bâtiment est-il une fin en soi ? Ou dessert-il un dessein louable ? Dessert-il la vie ? Pour l’éthicien et économiste Peter Ulrich, l’éthique devrait être «au service de la vie».

L'éthique servira donc de valeur de base à toute action économique, résume E. Nussbaumer. L’optimalisation des gains pour alimenter la caisse de l’église est donc irrecevable à ses yeux : «La maximisation du profit et l'implication conséquente pour une bonne cause ne vont pas de pair», explique-t-il. Le marché ou soi-disant «les loyers locaux habituels» ne devraient pas servir de base aux actions d'une Église, pas davantage que la spéculation. La CA lui sait gré d’avoir rappelé en expert l’importance du fondement éthique de notre implication immobilière, les critères même d’une saine gestion immobilière.



La présentation de deux projets de construction à Sissach et à Olten a cependant relancé le débat : A Sissach, c’est un immeuble collectif qui va être construit, tandis qu’à Olten, ce sont des appartements qui seront ajoutés au centre ecclésial. Plusieurs délégués ont exprimé leur « malaise » à l’idée de devoir décider de ces projets sans pouvoir s’appuyer sur une stratégie. Des principes éthiques quant aux méthodes de construction et à l’acceptation de capital étranger ont été réclamés. Matthias Bünger a déclaré pour conclure, alors que les deux constructions avaient été approuvées, « nous devons commencer à définir des règles concernant les rendements etc.».


Document d’étude sur les propriétés immobilières et l’EEM (fichier pdf 280 ko)



Soirée francophone

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

La soirée se déroule entre délégués francophones dans les locaux de l’Eglise évangélique libre sous la direction du surintendant Etienne Rudolph.

Afrique du Nord

Le pasteur Daniel Nussbaumer en charge de l’Afrique du Nord présente la situation de l’EEM. Les délégués, membres de la plate-forme de l’Afrique du Nord, venaient de se rencontrer à Lyss pour leur rencontre annuelle et de convenir ensemble des projets et des finances pour l’année à venir.

Constantine

Constantine est «la Mèque de l’Algérie», car cette ville abrite l’université islamique. Dieu y est à l’oeuvre, comme en témoigne Roger Correvon, pasteur de cette église qui a pignon sur rue depuis 1912.

A ce jour, une dizaine de personnes participent au culte. Les Africains résidant à Constantine s’ajoutent à leur nombre et y apportent leur ferveur et leur dynamisme. En raison de la législation en vigueur au pays, il est exclu pour les chrétiens d’aborder les habitants dans la rue. Ils reçoivent les gens intéressés dans les locaux de l’église. Incités par leurs professeurs, nombre d’étudiants viennent trouver les chrétiens dans leurs locaux et leur posent des questions sur le christianisme. Tout se passe dans le respect mutuel : pas question d’attaquer la foi de l’autre. Certains d’entre eux assistent même au culte quand ils ne franchissent pas le pas de la conversion:  c’est ainsi qu’un jeune imam a été touché par l’Évangile avant de passer par les eaux du baptême.

Alger

Roger Correvon est aussi le pasteur d’Alger. Pour l’heure, l’église rassemble une douzaine de croyants. Une fois par mois a lieu une réunion de prière oecuménique. La communauté se cherche des locaux pour accroître sa visibilité sur place.

Laarba
Le pasteur Aït Abdenour Abdemelek fait état de la croissance de l’église : «on sent qu’il y a un réveil, les gens passent souvent à l’église pour demander une Bible». Depuis le début de l’année, il y a eu 35 baptêmes : «nous assistons à la conversion de tant de personnes. Merci Seigneur pour cette oeuvre magnifique». Il y a une belle vie d’église plutôt encourageante. Ils sont quelque 350 personnes à fréquenter le culte : «à chaque culte, on a une centaine de personnes régulières». «Les baptisés ne reviennent pas forcément à l’église», explique le pasteur. «Certains se font baptiser clandestinement et ne reviennent qu’une fois par mois», parfois de loin. Il y a de la mobilité en l’air et des miracles, nous rapporte Abdenour : «un homme a eu un rêve : une voix lui demandait d’aller à l’église. Il se rend à Laarba et là se convertit et depuis ce frère est un membre engagé».

Le pasteur fait aussi état de ses bonnes relations avec le maire de la commune, lequel est venu récemment leur offrir son aide. Ce n’est pas sans raison que le ministre des cultes est passé récemment en Kabylie pour rappeler aux habitants leur identité musulmane, espérant ainsi empêcher le réveil chrétien, mais en vain...

L’église continue de se réunir dans un garage sans s’en plaindre pour autant.

L’église multiplie des projets de développement. Sur son terrain, elle envisage un projet agricole, la construction d’hangars et l’achat de vaches. Un projet de boulangerie traditionnelle est aussi en vue pour cette année, qui devrait permettre à plusieurs femmes de trouver du travail.

Dans le cadre de l’église, un groupe de théâtre devrait enfin se former d’ici peu.

TUNISIE

Le pasteur Daniel Nussbaumer accueille d’abord Jacqueline Agré et la remercie pour le ministère qu’elle a assuré à Tunis d’abord avec son mari, ensuite tout seule après le décès de ce dernier : avec Caritas, elle a accompagné les migrants d’origine africaine tout en gérant la station méthodiste de Montfleury et l’accueil de plusieurs étudiantes africaines dans ces locaux. Elle songe maintenant à rentrer au pays (Côte d’Ivoire) avec ses enfants.

La CA la remerciera plus tard à son tour pour son travail à Tunis.

Freddy Nzambe a pris ses quartiers à Tunis avec son épouse et leurs deux enfants dans la propriété de l’église. Lui-même est pasteur de l’Eglise réformée au sein d’une équipe pastorale. En outre, au cours de sessions spéciales, il apprend aux étudiants africains les rudiments de la culture tunisienne et la langue arabe de manière à faciliter leur intégration.

En Tunisie, comme dans le restant de l’Afrique du Nord, on ne peut guère évangéliser les autres dans la rue, mais on peut recevoir les gens chez soi, explique Freddy. Il envisage ainsi dans la propriété méthodiste une réunion interreligieuse sur «le visage de Moïse dans la Bible et le Coran» avec le rabbin local, un professeur islamique et le professeur Emile Nicole de Vaux-sur-Seine.


Règlement

Le surintendant termine la soirée par la présentation du Règlement intérieur sous sa forme imprimée (Version 2004) à l’intention de tous les conseils d’église de l’UEEMF.


Le Conseil stratégique, du Cabinet et du Comité directeur 

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

L’évêque Patrick Streiff évoque en premier lieu son message à la Conférence Centrale en mars 2013. La brochure bilingue (allemand/anglais) est remise à tout délégué, laïc et pasteur. La version française est disponible sur le site de l’UEEMF. En voici le propos: le Seigneur nous invite tous au triple pas de l’amour : faire l’expérience de l’amour de Dieu dans notre fors intérieur, en qualité de 2e pas éprouver de l’amour pour Dieu et en guise de 3e pas aimer autrui et soi.

L’évêque précise l’agenda imparti à la CA ; cette année, elle aborde les question éthiques et structurelles en relation avec la gestion des immeubles. Ultérieurement, elle poussera sa réflexion sur le contenu à donner à la vie de disciples. Elle réfléchira plus à fond à la manière dont nos communautés peuvent être encore plus vivantes, càd peuvent exercer une influence positive sur leur environnement.


Proposition de réformes structurelles à la CA

La Conférence annuelle 2013 a longuement débattu du projet de nouvelle structure dirigeante. Jusqu’alors, les différents organes dirigeants, le Cabinet et le Comité directeur, s’étaient régulièrement heurtés à des conflits de compétences, ces deux organes ayant des fonctions de direction, avec toutefois des points forts différents, mais dans des domaines se recoupant.


Ces derniers mois, un groupe de travail, aidé d’un conseil externe et sur mandat du Comité directeur, ont révisé les structures de direction de l’Eglise et présenté aux délégués de la CA le nouvel organigramme. Après d’âpres discussions, les délégués l’ont âprement discuté avant de l’adopter finalement.


Markus Voegelin, président du groupe de pilotage, plaide en faveur des nouvelles structures de direction


Cet organigramme qui simplifie le déroulement des diverses tâches et évite les chevauchements sera affiné d’ici la Conférence 2014. De cet organigramme se dégage une structure de direction claire et nette qui se révèle absolument nécessaire en regard des défis à venir, commente le responsable laïc à la CA, Markus Voegelin, ardent défenseur de cette réforme.

La nouvelle structure prévue dans le nouvel organigramme, renforcera la collaboration au sein de l’Eglise, simplifiera la communication et évitera les doublons. Ces 2 organes, ainsi que le Conseil stratégique, formeront dès à présent un seul comité, qui dirigera les affaires de l’Eglise entre les CA.


NB : vous trouvez l’ancien organigramme de l’EEM Suisse-France ici.

 Dossier établi par le Conseil stratégique de la CA 2013 (fichier pdf 1,83 Mo)


Nouvelles du GT Formation et Conseils 

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Changement de responsable

au sein de Formation+ Conseils

Andreas Benz

C’est le 30 juin que Vreni Schertenleib prendra sa retraite, après 8 ans d’engagement comme responsable au sein de Formation+Conseils. Son successeur est Andreas Benz, qui était jusqu’ici son collaborateur et le délégué du groupe. Andreas Benz est engagé depuis novembre 2010 au sein de l’EEM. Ce coach, formé en théologie, diaconie sociale et psychologie, était chargée jusqu’ici de conseil aux communautés pour ce qui est des questions de fondation d’église et de management. Lui et son épouse se partagent le temps de travail professionnel et ils habitent à Küttigen près d’Aarau. L’année dernière, Andreas a accompli, en même temps que la surintendante Claudia Haslebachler, une formation continue de l’EEM mondiale, comme SLI-Coach.


Ce changement à la tête de Formation+Conseils n’entraînera pour l’instant aucun changement structurel. Son remplacement comme délégué a été mis au concours et sera effectif au 1eraoût..

NB : SLI (Spiritual Leadership Inc.) encourage le développement d’équipes dirigeantes au sein des communautés. Formation+Conseil propose ce programme, élaboré par un team sous la direction du Méthodiste Craig Robertson,  à la carte aux communautés de l’EEM.

Commission pour les questions théologiques et ecclésiastiques

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Introduction

Rapport sur la 17e session de la Conférence centrale du Centre et du Sud de l’Europe, 13 – 17 mars 2013 à Winterthour (Claudia Haslebacher)

Lors de la session citée en marge, la Conférence centrale du Centre et du Sud de l’Europe a modifié sa façon de travailler en renonçant à discuter les rapports des groupes de travail permanents d’abord en groupes de travail puis en séance plénière. Ce mode de fonctionnement a permis plus de discussions en petits groupes sur le message de l’évêque et sur la nouvelle façon de procéder envisagée pour la Conférence centrale.

Dans son message, l’évêque Patrick Streiff a repris le thème de la Conférence centrale. Le texte du message épiscopal sera à la disposition de la session 2013 de la Conférence annuelle Suisse/France.

La question de l’avenir de l’EEM en Pologne a constitué un sujet de poids de la Conférence centrale. Deux éléments étaient au centre du conflit entre la Conférence centrale et la Conférence annuelle de Pologne : la ‘loi interne’ de la Conférence annuelle de Pologne désigne la Conférence annuelle comme étant « l’organe suprême » de l’Eglise évangélique méthodiste. La constitution de l’UMC par contre désigne la Conférence annuelle comme un « organe de base », tandis que la Conférence générale est « l’organe suprême » de l’Eglise. Le deuxième point concerne la compréhension de la fonction épiscopale, différente en Pologne de ce qu’elle est dans l’United Methodist Church. La Conférence centrale n’a pas la possibilité de modifier la constitution de l’Eglise. Seule la Conférence générale peut le faire. La Conférence annuelle de Pologne est en revanche habilitée à changer la ‘loi interne’ de manière à le rendre compatible avec la constitution de l’Eglise. C’est pourquoi le Comité exécutif de la Conférence centrale avait décidé en 2012 d’offrir à la Conférence annuelle de Pologne la possibilité de devenir, si elle le souhaitait, une Eglise autonome ou autonome affiliée. Une étude a été entreprise de ce que pourrait être le chemin vers l’autonomie. Comme premier pas vers le futur, la Conférence annuelle de Pologne 2013 devra décider si elle veut s’engager sur le chemin menant à l’autonomie ou si elle veut adapter son ‘internal law’ à la constitution de l’Eglise. La Conférence centrale a confirmé à l’unanimité, par vote et par acclamations, qu’elle souhaite que la Conférence annuelle de Pologne reste partie de l’United Methodist Church.

Le Bureau de la Conférence centrale et le Comité exécutif ont élaboré, au cours de plusieurs réunions et par le biais d’une procédure de consultation, un nouveau mode de travail de la Conférence centrale du Centre et du Sud de l’Europe :
1. Le rythme des sessions et le nombre de délégués restent inchangés

2. La présentation des rapports des groupes de travail et les débats sur les différentes affaires ont lieu directement en séance plénière

3. Les groupes de travail de la Conférence centrale suivants sont maintenus: Théo- logie et ministères ordonnés, Enfants et Jeunesse, Eglise et société, Liturgie, Car- refour des femmes, Règlement de l’Eglise et questions juridiques, Episcopat

4. Deux groupes de travail sont transformés en groupes de travail ad hoc: Mission et évangélisation, Médias et communication

5. Le Comité exécutif est réduit. Désormais, il comptera pour chaque Conférence annuelle un/une surintendant/e et un/une délégué/e laïque comme membres avec droit de vote, ainsi que l’évêque président, le secrétaire, le caissier et le président du groupe de travail pour l’épiscopat. Participeront également avec voix consultative : les évêques émérites, les président(e)s des groupes de travail, la coordinatrice du Carrefour des femmes, un/une surintendant/e de Tchéquie/Slovaquie, de France, ainsi que le coordinateur pour l’Afrique du Nord.

6. Les sessions du Comité exécutif sont plus courtes. Par contre la session est pro- longée par l’adjonction d’une rencontre thématique à laquelle d’autres personnes peuvent être invitées. Le thème d’ensemble des rencontres thématiques du prochain quadriennat sera : « Mission, ou : le mandat de Dieu, à notre époque » (Titre provisoire)

7. La session de la Conférence centrale déterminera également des points forts. Pour ce faire, elle se référera aux thèmes des séances précédentes du Comité exécutif.

Les personnes suivantes de la CA Suisse-France sont membres du Comité exécutif nouvellement élu:
Surintendante – Claudia Haslebacher
déléguée laïque – Lea Hafner

président du GT épiscopat – Jörg Niederer
Participants avec voix consultative:
surintendant France – Etienne Rudolph
coordinateur Afrique du Nord – Daniel Nussbaumer
coordinatrice Carrefour des femmes – Barbara Bünger
Les membres de la CA CH/F suivants ont été élus comme président(e)s des groupes de travail:

Finances et Administration – Adrian Wenziker Conseil juridique – Christa Tobler
Théologie et ministères ordonnés – Stefan Zürcher Liturgie – Stefan Weller

Règlement de l’Eglise et questions juridiques – Peter Binder Carrefour des femmes – Barbara Bünger
Enfants et Jeunesse – Reto Nägelin, co-dirigeant.

La Conférence centrale a pris les décisions suivantes concernant les limites et désignations des Conférences annuelles: 1. Le territoire de la Conférence annuelle provisoire de Bulgarie englobe également la Roumanie. 2. La Conférence annuelle provisoire de Bulgarie s’appellera désormais « Conférence annuelle provisoire Bulgarie-Roumanie ». 3. Sous réserve de l’approbation, en juin 2013, de la Conférence annuelle Suisse-France, celle-ci s’appellera nouvellement « Conférence annuelle Suisse-France-Afrique du Nord ».

A. Rapports des groupes de travail de la Conférence

GTC 212 / Questions théologiques (Stefan Moll)

Cette année, le groupe de travail s’est consacré exclusivement aux premiers pas de la mise sur pied du projet « sotériologie » que la Conférence annuelle avait approuvé lors de sa dernière session. Il s’agit, dans le cadre du projet, de chercher/trouver un langage permettant au message de l’évangile d’être vécu et entendu dans notre temps en tant que force de salut. Quel est le langage apte à toucher des gens qui ne sont pas socialisés dans un milieu d’église ? Comment peut-on parler à des gens d’aujourd’hui de péché et de salut ? Il y a déjà des champs de langage de ce type. Dans des églises locales, lors de rencontres ou dans l’aumônerie des hôpitaux, ce langage fait mouche. D’où le développement de champs d’application pratique qui apportent leurs expériences (positives) de langage. Les contenus de cette langue sont analysés et développés en dialogue avec la théologie. C’est ainsi que l’expérience du salut doit atteindre les gens de notre temps.

Toutefois, la recherche d’un langage peut conduire à un malentendu: il ne s’agit pas de récolter des formulations plus compréhensibles que l’on pourra utiliser en cas de besoin dans un culte ou une conversation. Dans le projet, le « langage » est pris dans son acception la plus large. Il s’agit de la communication de l’évangile dans tous les sens du terme. Celle-ci a lieu dans l’amour des chrétiens les uns pour les autres, dans des cultes, des métaphores, la diaconie, des actes symboliques, dans l’échange interpersonnel non-verbal, des prédications, la liturgie, l’adoration. Langage est pris ici au sens large. La Bible utilise à ce propos la notion d’être témoin. Il faut aussi se souvenir de ce que la communication de l’évangile n’est que partielle- ment au pouvoir des chrétiens et de l’Eglise. La façon dont l’action salvatrice et salutaire de Dieu touche une personne reste toujours un mystère qui n’appartient à personne. Que le salut se manifeste dans des personnes, dans l’Eglise ou dans la société reste une œuvre du Saint-Esprit. Mais d’autre part, nous les chrétiens sommes appelés à être témoins et donc à poser dans ce sens des mots qui, d’une part, reflètent le tout vieux discours sur Dieu tel qu’il est attesté dans la Bible et, d’autre part, transmettent ce message dans notre époque.

A la demande de l’évêque Patrick Streiff, le projet a été revu encore une fois dans la perspective d’une collaboration avec des Equipes fonctionnant sur la base du SLI (Spiritual Leadership). Cela fait sens, parce que le
SLI est approprié à des processus dont le résultat est inconnu,

SLI est axé sur les processus,
SLI est conçu pour des tâches de direction,
SLI est profondément ancré dans la spiritualité chrétienne, sans toutefois se rattacher à une orientation théologique particulière.
Un examen attentif a montré que cette approche demandait d’importants ajuste- ments quant à l’organisation et à la mise en œuvre du projet. Suite à ce constat, le projet a dû être profondément remanié, ce qui a entraîné un certain retard dans la soumission et la mise en œuvre du projet.

Le fait est que, pour l’EEM qui est habituée à des structures claires, travailler avec le SLI requiert une certaine adaptation. En effet, au démarrage du projet, les structures sont encore ouvertes et ne seront définies qu’en cours de processus. Alors que nous avons coutume de calquer le contenu sur la structure, c’est ici l’inverse, en ce sens que la structure suit le contenu. Quiconque s’engage dans le SLI renonce à la sécurité des structures bien établies. L’investissement requis pour participer à ce qui s’appelle un incubateur de SLI est conséquent. Il faut compter un jour de travail par mois, auquel s’ajoutent, entre les séances, les travaux de préparation et de finition. Cette manière d’opérer promet en revanche aussi un processus durable.

Ce changement n’est pas resté incontesté dans l’équipe du projet, qui avait jus- qu’alors avancé selon la méthode classique de gestion de projets. Des craintes ont été exprimées quant au fait qu’avec cette décision, un choix théologique aurait déjà été opéré. On s‘est également posé la question de savoir si l’effort demandé à l’équipe ne constituait pas un obstacle à la participation ?

Pour l’instant, le groupe de travail – agissant en tant qu’équipe du projet – est en train de recruter pour l’équipe les personnes requises, qui représentent aussi bien les domaines d’application pratique que la théologie. Au moment de la rédaction du présent rapport, ces entretiens sont encore en cours.

Dès le début, les personnes participant au développement du projet dans le cadre du GT 212 ne s’étaient engagées que pour une étape à la fois. Avec le changement de mode de travail et le passage à la phase de mise en œuvre, Sigmar Friedrich, Beate Jaeschke, Marco Jaeschke et Theo Schaad se sont retirés de l’affaire. Je les remercie de leur collaboration; leurs contributions ont marqué le projet sotériologie de façon significative. Gere Luder, Thomas Matter et Stefan Moll continuent à mener le travail jusqu’à la constitution de l’équipe de SLI;; Claudia Haslebacher y collabore depuis peu à titre de conseillère. Elle est prête à assumer la direction de l’incubateur de SLI à partir d’août 2013. A ce moment, le financement du projet devrait être bouclé et l’équipe pourra véritablement se mettre au travail. Je m’en réjouis.

Rapport complet de la commission 21 (fichier pdf 1,41 Mo)


CONNEXIO FACE À SES NOUVEAUX DÉFIS

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Connexio, le réseau pour la mission et la diaconie de l'Eglise Méthodiste Unie (EEM) de Suisse, France et Afrique du Nord, a adapté ses structures en raison des changements servenus dans son environnement et en réseau avec d'autres organisations, ce que montre le rapport présenté par Connexio à la Conférence annuelle.

Une délégation de Strengelbach reçoit son prix des mains de Simon Zürcher, co-président de Connexio


En 2012, Connexio fêtait ses 10 ans. Au cours de ces années, beaucoup de choses ont changé: les Églises à l’étranger peuvent compter dans leurs rangs du personnel qualifié. Par conséquent, on ne fait dorénavant plus appel au personnel européen que pour des tâches très spécifiques. Le besoin de fonds de soutien pour des projets missionnaires et diaconaux a chuté en Suisse et en France. Jadis, en principe, on finançait les projets, alors que maintenant on finance la communication, l'organisation de réunions et le suivi professionnel de projets qui le sont.  Il est devenu plus difficile de recruter des bénévoles prêts à s'engager sur plusieurs années.


Connexio a déjà réagi et adapté sa façon de travailler au cours des dernières années. À la fin de 2012 a été mise en place une nouvelle structure qui a pour effet desimplifier les processus de décision et de soulager les bénévoles de tâches qui requièrent une haute expertise technique.

 

Le conseil d'administration ainsi qu’un certain nombre de commissions sont restés en place, mais les responsables des commissions ne sont plus membres du conseil d’administration et le nombre de ses membres a été réduit.


Pour favoriser le partage et l’apprentissage mutuel a été créée une nouvelle instance: la Conférence Connexio à laquelle tous les bénévoles ainsi que les employés sont invités deux fois par an. La Conférence annuelle donne son accord aux ajustements apportés aux lignes directrices de Connexio.


Dons en recul

 

Les entrées en 2012 se sont élevées à environ 2,5 millions de FS. Quelque 2 millions FS proviennent de personnes et de communautés en Suisse et en France. Même si le montant des dons est en recul, il s'agit encore d'une somme impressionnante. Connexio remercie tous les donateurs. 


Remise de prix aux lauréats du concours de projets

 

Dans le cadre de la Conférence annuelle, Connexio a déclaré les lauréats du concours 2013 de projets missionnaires et diaconaux:

1: Itinéraires les yeux ouverts à Berne

2: journal de quartier "Jurablick" à Olten

3: lieu culturel à Strengelbach

Un prix spécial a été attribué à l’EEM de Caveirac (sud de la France) pour les cours dispensés aux demandeurs d'emploi.


Secteur migration : un nouveau domaine au sein de Connexio


Migrants à l'EEM de Soleure

Bien des communautés et des membres de l’EEM ont des contacts avec des migrants, ou des communautés de migrants, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de notre église. Afin de soutenir les personnes qui s’engagent auprès des migrants, Connexio a créé, en accord avec le Cabinet, un nouveau secteur de travail.


Sa tâche sera de se faire une idée du travail accompli par les communautés l’EEM Suisse-France qui sont en contact avec des migrants, de les mettre en relation les unes avec les autres, afin de soutenir l’échange d’expériences. Les communautés qui désirent se lancer auprès de migrants peuvent également s’y adresser afin d’être conseillées et accompagnées.


Le Cabinet a également mandaté ce nouveau GT de réfléchir à la signification stratégique du travail parmi les migrants au sein de l’EEM Suisse-France, au rôle que l’EEM et ses communautés peuvent y jouer, dans quelle mesure elles peuvent s’engager (projets, moyens de communication, sensibilisation, etc…) ainsi que le montant des ressources financières à y accorder.


NB : les membres de ce nouveau secteur sont actuellement : Jörg Niederer (présidence), Carla Holmes (Connexio), Michaël Bünger, Christino Moll et Peter Gumbal. D’autres membres sont les bienvenus.


Rapport Connexio pour la CA 2013 (850 ko, fichier pdf)

L’EEM EN ALGÉRIE SE STRUCTURE


Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Daniel Nussbaumer, pasteur à Mulhouse et coordonnateur pour l'Afrique du Nord, a déclaré à la Conférence annuelle de l'Eglise Méthodiste Unie à Berne une chose étonnante: Au cours d’un seul culte en Algérie, 129 personnes ont demandé à devenir membres de l’EEM.

Daniel Nussbaumer prend congé de Jacqueline Agré, qui, de Tunis retourne maintenant dans son pays d’origine, la Côte d’Ivoire.


Juste avant la Conférence annuelle s’était tenue à Lyss la coordination d’Afrique du Nord composée de tous les collaborateurs de l’EEM en Afrique du Nord. C’est cette instance qui fixe les objectifs à atteindre pour les prochaines années.


En Algérie, l’EEM a commencé à organiser les communautés locales en circuits. Ouazif et Larbaa ont été les premiers circuits. Cela a des incidences sur les statistiques : à Laarba, au cours d’un seul service, 129 personnes se sont fait porter membres de l’Église après confession de leur foi. D’autres communautés (Constantine, Alger) ont aussi accepté de fonctionner comme circuits.


Il a été décidé de se déclarer en Église sur le plan juridique et de demander une reconnaissance officielle au niveau national.


Après sa conversion au christianisme, un ancien imam a été baptisé à Constantine. Les chrétiens d’origine africaine participent pleinement à la vie de cette communauté. Sur le terrain de la station missionnaire de Laarba, plusieurs projets de développement voient le jour : une boulangerie traditionnelle et une entreprise agricole.

De nouveaux emplois seront créés, et ces nouvelles activités serviront de vitrine à l’église. Voilà comment les chrétiens locaux entendent poursuivre et intensifier leur témoignage à l’Évangile dans cette terre kabyle.


La Tunisie espère toujours atteindre la stabilité politique, ce qui pourrait prendre encore un certain temps.


A Tunis, de grands investissements sont en cours dans la propriété méthodiste de Montfleury : un centre culturel pour des rencontres, une bibliothèque, un lieu de formation, un foyer d’accueil pour étudiants. devraient être construits avec l'aide de Connexio, le réseau pour la mission et la diaconie de l'EEM Suisse-France et Afrique du Nord et le GBGM, le Conseil mondial de la mission de l'EEM.


Lors de la Conférence annuelle, Daniel Nussbaumer a remercié Jacqueline Agré, veuve du pasteur Isaac Agré, pour son travail soutenu à Tunis (3 ans) parmi les étudiants qui est maintenant arrivé à son terme. La Conférence l’a chaleureusement applaudie.

 

L’évêque fera remarquer que l’administration de l’EEM en France  est essentiellement l’affaire de bénévoles. La Conférence réagit immédiatement par une salve d'applaudissements.


Enfin, Etienne Rudolph, surintendant du district francophone, fait savoir que le Règlement de l'Église vient d’être publié en français et il en donne un exemplaire à l'évêque.


LA DIGNITÉ À L’ORDRE DU JOUR

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne


La dignité a besoin de résonnance

Les sons font du bien, quand ils sont harmonieux. Quand ils sont dissonants, ils causent du tort. Par le jeu de la guerre, la valeur de l’homme est amoindrie et l’être humain humilié.

Les disciples de Jésus ont pour mission de faire résonner les divers accents des êtres humains.

Faire de nouveau entendre et résonner les accents humains dans toute leur diversité réclame du temps et de la confiance. C’était le cas de Zachée : plus personne ne lui prêtait de la valeur. Lui-même avait eu raison de la valeur des autres.

Jésus entend faire résonner les sons délicats de sa dignité et petit à petit Zachée prend en compte les accents de sa propre dignité et reporte l’accent et l’action sur les autres : je dédommagerai 4X plus ceux que j’ai lésés...

Ainsi ma dignité se renforce-t-elle dès lors que celle des autres est prise en compte. S’accepter en acceptant les autres. Entendre ses accents comme l’accent des autres au nom du Seigneur et nous ferons l’expérience d’une communion plus forte.

Notes de méditation matinale

Sur le thème même de la Conférence « La dignité c’est... », les membres et amis de l’EEM ont pu visiter l’exposition préparée à ce sujet par l’EEM de Berne et suivre le samedi matin, une conférence. Notion abstraite pour beaucoup, la dignité prendra un cachet très concret au fil des interventions.



Premier intervenant de la matinée, le professeur Stephan Marks, expert en sciences sociales de Fribourg en B.. Grâce à ses exemples tirés de situations quotidiennes, Marks est parvenu à ce que le public présent s’identifie à ce thème abstrait.


D’un point de vue psychologique se pointe la honte en opposition à la dignité. Pour découvrir la face positive de la dignité, il suffit de voir en face la honte là où elle se niche. Le professeur Marks qualifie la honte comme le surplus d’eau qui coule d’un verre trop rempli... La société veille à effacer la trace de ceux dont on a honte (parias, tziganes, les Dalits en Inde) en les marginalisant. Ces gens incarnent la honte et par conséquent on les marginalise.


Tout est une histoire de regard: le regard porté sur une personne conditionne dignité ou honte, selon le cas. Tous les hommes éprouvent tôt ou tard la honte, la Bible renferme divers récits liés à la honte.

La honte s’exprime au-delà des mots, par l’expression corporelle. Elle brise la relation, c’est sûr. Tant qu’on éprouve de la honte, on reste dans le réflexe du narcissisme et la honte isole.

Il n’est pas question de se défaire de la honte. Elle est source de tout «progrès moral». Elle surgit dès lors que l’on a fait un mauvais choix, une erreur. Le degré de honte varie d’un individu à l’autre ; certains peuvent en souffrir radicalement tandis que d’autres s’en accomodent aisément.

Il est de notre responsabilité que la honte ne submerge personne, en même temps qu’il faut veiller à ne pas l’étouffer, car elle conditionne l’expérience de la dignité. «La honte est le gardien de la dignité humaine». La honte est quelque chose d'universel, disait Stephen Marks qui mène des recherches sur ce sujet depuis des années. Il a rappelé que la honte jouait déjà un rôle important dans les récits de la création (Gn 1-3).

La honte fait passer de l’intelligence à la bêtise : on perd petit à petit ses capacités sensorielles et cognitives.

Autre phénomène possible, la projection : quand on éprouve un sentiment de honte, on transfert sur quelqu’un d’autre ce sentiment de honte.

Souvent l’expérience de la honte peut s’évacuer dans la violence (cf sport) : des hommes plongés dans la honte usent de violence sans aucune raison apparente. La violence est souvent un aveu de faiblesse.
Derrière une attitude cool peut se cacher un sentiment d’indignité par réflexe prophylactique, de manière à se libérer d’un sentiment de honte et d’un complexe d’infériorité.

Pic d’orgueil

Quand on est humilié, on cherche à s’en sortir sur le mode de la compensation : ainsi des militaires américains humiliés par l’échec et le drame de la guerre compensent leur sentiment de honte par l’achat de fortes cylindrées.

Certains commettent des meurtres pour sauver leur couple en danger. Même après avoir purgé une peine, lesdits meurtriers risquent de récidiver, parce qu’ils conservent une forte dose de honte.

Un alcoolique boit parce qu’il éprouve de la honte/mépris/marginalisation comme c’est parce qu’il est dans la honte qu’il boit.

Des femmes n'osent pas danser en public, parce qu'elles ont été humiliées au cours de séances d'éducation physique. La honte serait "transmise" en partie d’une génération à l’autre, dans le sens que des minorités courent le risque d’être marginalisées à la périphérie des villes et villages.

Selon Stephan Marks, la honte destructrice peut se déclencher de quatre manières:

  • Par l’absence de respect des personnes,
  • Par des atteintes aux personnalités, 
  • Par un comportement perturbant
  • Par un transfert de culpabilité, par exemple, dans des situations de guerre.

 

Débat de gauche à droite : l’orateur Stephan Marks, les pasteurs EEM Simon Zürcher, Brigitte Moser  et Stefan Moll.

Katharina Jenzer et Ursula Brunner


„Espaces où la honte a lieu d’être“

 

Les Églises pourraient offrir des espaces contre la honte, a souligné à plusieurs reprises Stephan Marks. C’est ainsi que, pour beaucoup de gens, le manque de reconnaissance constitue une plaie que l’accompagnement pastoral pourrait aider à guérir. Dans les églises, les gens sont censés avoir le sentiment d’appartenance plutôt que le sentiment d'exclusion, ils peuvent exprimer des sentiments très délicats et afficher leurs faiblesses.


Discussions en groupe

‘Appartenance’

Si je regarde notre église du point de vue du sujet «Appartenance» = 

  • De quelles situations est-ce que je me rappelle ?
  • Où sont nos points forts ? Qu’est-ce que nous devrions conserver, renforcer ?
  • Où sont nos déficits ? Que devrions-nous changer ?
  • L’appartenance spirituelle et ecclésiale doit dépasser, surmonter les appartenances ethniques, linguistiques et générationnelles.
  • Nous n’appartenons pas à l’église, parce que notre famille appartient à l’église. L’église ne nous appartient pas, c’est nous qui appartenons à Jésus-Christ. Cela demande de l’humilité et de l’ouverture à l’autre.
  • L’enseignement biblique doit être au coeur de l’église et déteindre sur nos vies. Une certaine appartenance est nocive lorsqu’elle bloque la vie spirituelle au lieu de la favoriser, dans une recherche de pouvoir au lieu «du pouvoir du service» (Pape François).
  • Repérer rapidement, valoriser les dons de chacun pour le service commun.
  • Favoriser les petits groupes : groupes de maison, de quartier pour que l’on apprenne à mieux se connaître, à intégrer les nouveaux, sans que cela devienne un club, tout en conservant la ferveur missionnaire.
  • Déplacer l’église de la zone loisir, secondaire à la zone prioritaire.



Le thème de la conférence fut repris encore plus concrètement dans les discussions de groupe, où l’on a échangé sur les forces et les faiblesses de l'EEM. Dans le débat suivant animé par le pasteur Stefan Moll de Zofingen, les participants ont cité, exemples à l’appui, certaines faiblesses qui affleurent de nos communautés locales. 


La circulation de l'information dans une paroisse est quelque chose de très sensible, a déclaré la pasteure Brigitte Moser de Klingenberg. Des gens qui sont aux marges de l’église sont moins bien informés que ceux qui appartiennent au "clan". «Les institutions et les structures sont souvent mieux protégées que les personnes», a admis Catherine Jenzer, déléguée de Berne.


Comment faire face à la honte ? Ursula Brunner, déléguée de Hombrechtikon et membre de la commission «Eglise et Société» partage son expérience: après avoir suivi un cours sur l'humour, elle a fait partie d'un groupe, où l’on se racontait régulièrement des histoires «honteuses». «Ainsi avons-nous pu relativiser ces histoires embarrassantes et en rire».


Le péché comme déclencheur de honte

 

«Pouvons-nous parler du péché ?» Question posée par Stefan Moll aux deux pasteurs présents sur la scène. «Nous devons encore en parler», a déclaré Simon Zürcher. Le péché fait partie de la vie. La question était donc la suivante: «Que dois-je en faire ? Qu’en fait Dieu ?» Le message devrait être: le changement est possible. Selon Brigitte Moser, les gens savent pertinemment qu'ils sont des pécheurs. Mais ils veulent être soutenus, savoir et pouvoir faire face à cette réalité. On a besoin à cet égard d’une approche orientée vers des solutions et vers le salut.

«La dignité était pour moi jusqu'alors une formule enflée, une parole creuse, un vain mot. Maintenant, je commence maintenant à en saisir le sens», sur ces mots, le pasteur Simon Zürcher conclut le débat mené dans la matinée sur la «dignité».


Prédication de l'évêque Patrick Streiff

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Prédication de l’évêque Patrick Streiff à l’occasion du culte d’ordination et de clôture de la Conférence annuelle Suisse/France/Afrique du Nord qui s’était déroulée à Berne du 6 au 9 juin 2013


Lectures: Psaume 8,4-7; Actes 3,1-6
Prédication: Luc 7,1-10
(Trad. Segond 21)


Chers membres de la Conférence annuelle,

    Cette Conférence annuelle est placée sous le thème de la dignité. Le circuit de Berne se préoccupe depuis longtemps de cette thématique. Il y a consacré dans les locaux de l’église une exposition qui est ouverte au public pendant ce mois. « La dignité, c’est … » nous amène à réfléchir à la façon dont nous considérons les gens et aux rapports que nous entretenons avec nous-mêmes et avec les autres. La Conférence annuelle a décidé que deux affirmations du Profil de l’EEM qui soulignent le respect de la dignité de tous les êtres humains devaient être davantage pris en compte et mis en pratique dans les relations entre les uns et les autres dans les églises.

    J’ai choisi pour ma prédication une histoire biblique dans laquelle il est aussi question du respect envers d’autres personnes. Et c’est l’une des rares histoires où une personne n’entre pas directement en contact avec Jésus, mais seulement par l’intermédiaire d’autres  personnes. 


Je lis dans l’Evangile de Luc 7,1-10.


1) Entremetteurs et intermédiaires  

Dans cette histoire, il n’y a pas de rencontre directe entre Jésus et un officier subalterne romain de Capernaüm. C’est du moins ainsi que l’Evangile de Luc nous le rapporte. L’Evangile souligne la confiance extraordinairement forte  que l’officier accorde à la parole de Jésus. La guérison de l’esclave est finalement mentionnée brièvement dans une sorte de post-scriptum, comme pour confirmer la chose.  L’Evangile de Matthieu raconte l’histoire autrement. Là, Jésus et l’officier se rencontrent directement. Il n’y a pas d’intermédiaires. – Je n’ai aucune idée de la façon dont la rencontre s’est historiquement déroulée.  Mais j‘ai décidé de choisir la variante de Luc. Chez lui, les « entremetteurs » jouent un rôle important et je trouve cela tout à fait pertinent par rapport à notre situation actuelle.   

Il y a deux groupes d’ « entremetteurs » dans cette histoire. L’un des groupes est composé des dirigeants de la communauté juive de Capernaüm, qui s’engagent personnellement pour Jésus en faveur de l’officier romain. L’autre groupe est formé des propres amis de l’officier, envoyés par celui-ci comme intermédiaires auprès de Jésus. Les deux groupes assument un rôle d’avocats et d’émissaires. 

Est-ce que ce ne serait pas là un bon rôle pour nous, les chrétiens ? Nous confessons que Jésus est notre Maître et Seigneur, comme nous l’avons promis lorsque nous sommes devenus membres confessants de l’Eglise. En même temps, nous avons des contacts avec des gens de milieux, pays, mondes professionnels, arrière-plans et intérêts les plus divers. Où et comment devenons-nous des « entremetteurs » qui établissent la relation entre les besoins d’autres personnes et les possibilités dont nous croyons Jésus capable ? Pour « amener plus de gens à suivre Jésus-Christ », il faut ce genre d’ « entremetteurs », qui s’engagent pour que des personnes fassent l’expérience de l’aide du Christ. 


2) Jugement de valeurs

L’histoire biblique de l’officier de Capernaüm est également intéressante par rapport au thème de la valeur d’un être humain. Considérons à ce sujet l’appréciation des personnes sur elles-mêmes et sur les autres.

    Il y a tout d’abord les deux groupes d’intermédiaires. Le premier groupe est composé des « anciens de la communauté juive ». Ces notables se voient très bien dans le rôle d’entremetteurs qui leur est confié. Ils sont prêts à soumettre la demande de l’officier à Jésus. Oui, ils appuient cette demande par un plaidoyer ardent en faveur de l’officier, qui est un homme de grande valeur. Il aime le peuple juif et a même fait construire la synagogue (déjà à cette époque, les immeubles faisaient débat !). Un deuxième groupe est formé des « amis de l’officier », qui doivent expliquer pourquoi l’officier ne vient pas lui-même et ne peut s’imaginer de recevoir Jésus dans sa maison. Lui, l’officier, ne s’estime pas digne d’avoir Jésus pour hôte chez lui. 

    Le jugement de l’officier sur lui-même et celui des autres sur lui différent donc notablement. Les intermédiaires louent l’officier. Ils reconnaissent ses actions en faveur du peuple juif. Ce jugement externe se base sur ses actes et son comportement. C’est tout à fait normal. Nous ne pouvons jauger d’autres personnes qu’en fonction de leurs actes et peut-être, si nous poussons plus loin, en fonction de leur motivation. Mais nous ne voyons pas au plus profond d’une personne, au fond de son cœur. En général, le jugement externe conditionne aussi le jugement porté sur soi-même. Les actes déterminent alors aussi l’appréciation que l’on porte sur soi-même. Les personnes estiment leur valeur en fonction de leurs dons et de leurs performances. C’est un élément important des entretiens d’évaluation et qui est désormais aussi utilisé dans l’Eglise. Mais malheureusement, il ne recouvre souvent que trop rapidement une forme de relation évangélique des uns avec les autres.

    Que nous soyons dignes de quelque chose dépend souvent de l’appréciation que nous portons sur nos actes, que nous jugions les autres ou nous-mêmes. Mais la dignité d’une personne ne dépend pas de la valeur de ses actes.


3) Respect de la vie 

Pendant mes jeunes années, j’ai été provoqué par la radicalité de l’éthique d’Albert Schweizer. Son exigence du « respect de la vie » (« je suis vie qui veut vivre, au milieu de la vie qui veut vivre ») l’a personnellement amené à aller fonder un hôpital de brousse en Afrique pour donner aussi à ces personnes-là une assistance médicale qu’elles n’auraient autrement eu aucune chance de recevoir. Critique de la société, il a exhorté à être conséquent et à prendre au sérieux le respect de la vie. Cela a profondément imprimé en moi le devoir personnel de respecter la dignité des autres êtres humains. 

Cette thématique est éminemment actuelle dans la société contemporaine: dans notre relation avec les étrangers qui sont parmi nous, avec les demandeurs d’asile, avec des gens d’autres religions. Mais c’est aussi éminemment actuel pour nous, les nationaux de nos pays, par rapport à la vie humaine à ses tout débuts et à la fin de la vie. Dans sa récente étude sur le diagnostic  préimplantatoire, la Fédération des Eglises protestantes suisses écrit ces phrases qui méritent réflexion: « bien plus, le diagnostic préimplantatoire préjuge a priori que la vie avant la naissance présente un risque pour la mère et les parents, …mais les risques ne menacent pas l’enfant - comme on le prétend faussement -  mais uniquement  la mère et les parents. Seuls la mère et les parents peuvent décider, car  on ne saurait supposer que l’enfant puisse être intéressé par un tel test ». 

On peut en dire autant de la fin de la vie : quand la souffrance physique s’accroît, que les soins deviennent coûteux ou que la démence rend une personne méconnaissable, comment préservons-nous alors le respect de la vie de cette personne ? Et quand cette vie devient pesante et bien éloignée de nos représentations d’une vie heureuse, c’est là que se vérifie jusqu’à quel point notre respect de la vie est sérieux. Dans notre société moderne axée sur la performance, le début et la fin de la vie - et de plus en plus aussi le milieu de la vie - sont soumis à des contraintes : cela mène les uns au chômage et les autres, écrasés par un trop-plein de pression au travail, à la maladie psychique. « La dignité, c’est …“ est un thème hautement actuel. 


4) Plus que ce que les êtres humains peuvent donner

Nous en arrivons ainsi au dernier aspect de cette histoire biblique que je veux évoquer. L’opinion que l’officier a de lui-même est toute différente de l’opinion qu’ont de lui les anciens du peuple juif. L’officier ne veut précisément pas appuyer avec ses bonnes œuvres sa demande de guérison de son esclave. Il ne se tient pas pour digne, ne serait-ce que de rencontrer Jésus. Il ne dit pas cela par sentiment d’infériorité, mais en fonction de l’autorité encore bien plus grande qu’il reconnaît chez Jésus.  

L’officier romain ne se satisfait pas de l’opinion que les autres ont de lui. Au fond, il pourrait en être content. Que pourrait-il espérer de mieux que d’être loué si positivement par les notables reconnus de la communauté de la synagogue juive ? Mais un jugement de valeur par des tiers ne suffit pas à l’officier. Son esclave est à l’agonie. Et là, il n’y a que Dieu, la source de la vie, qui puisse redonner une vie nouvelle. Jésus est surpris de trouver une telle foi chez un païen. Il n’a jamais vécu cela même dans le peuple d’Israël.

Au moment où vous, Marietjie et Stephan, êtes aujourd’hui ordonnés au ministère d’anciens dans l’Eglise du Christ, vous recevez l’autorité d’annoncer l’Evangile, d’administrer les sacrements du baptême et de la Sainte Cène et de superviser l’église qui vous est confiée, c’est-à-dire la conduite spirituelle de la communauté.  Vous devenez ainsi, en quelque sorte, des « entremetteurs » qui dans l’intercession présentent des personnes à Dieu, qui mettent leur confiance dans la puissance de la Parole de Dieu qui transforme la vie et qui s’engagent par-delà les limites de leur communauté pour des personnes qui ont besoin d’une parole salvatrice de la part de Dieu. Quelle que soit la valeur d’une personne en termes de performance, Jésus lui confère sa dignité avec une parole qui relève. Puissiez-vous, et nous avec vous, être des « entremetteurs ». Nous vivrons alors ce que nous nous sommes fixés dans le Profil de l’EEM: « Animés par la Parole de Dieu, nous faisons confiance à sa grâce libératrice » et « Animés par l’amour de Dieu, nous témoignons du respect  à chaque personne ». A la fin de l’histoire, les « entremetteurs » ne jouent plus aucun rôle. Ils sont un exemple: ils se sont engagés pour un païen étranger et ont fait entièrement confiance à l’aide de Jésus.  Leur rôle avait sa place au début de l’histoire. Et c’était aussi un bon rôle.


    En tant que chrétiennes et chrétiens, nous pouvons nous reconnaître dans le rôle des « entremetteurs » aussi bien que dans celui de l’officier. Nous sommes – avec les intermédiaires – invités à devenir les avocats des autres et à fonder, avec eux et pour eux, notre confiance sur la parole du Christ qui relève. Et nous sommes – avec l’officier – invités à fonder notre confiance sur la puissance de la Parole de Dieu. Les deux, les intermédiaires et l’officier attendent la parole libératrice et salvatrice de Dieu. Les deux ne l’attendent pas d’abord pour eux-mêmes, mais pour d’autres. C’est ainsi que des personnes en arrivent à suivre Jésus Christ, afin que la puissance transformatrice du Christ mette son empreinte sur ce monde.  

    A toutes et tous, je dis : allez et faites de même.    


Original :    allemand

Traduction : Frédy Schmid 

Prédication de l’évêque Patrick Streiff sur Luc 7,1-10 - CA 2013 - (fichier pdf 114 ko)



Rapport des surintendants

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

POUR UNE FOIS,

LA FRANCE AU PREMIER PLAN

Etienne Rudolph, le surintendant du district francophone de l'Eglise méthodiste unie de Suisse, France et d'Afrique du Nord, a présenté cette année le rapport des surintendants à la Conférence annuelle. La France était donc l'objet du rapport.

Le surintendant Etienne Rudolph (à droite) avec son traducteur, le pasteur Bernard Lehmann

Par ce biais, le Cabinet cherche à faire passer un message, des lignes de conduite, des pistes aux églises locales pour la nouvelle année de Conférence. Cette année, il incombe au surintendant Etienne Rudolph de présenter le rapport. Il le fonde sur la situation de l’EEM et sur les difficultés qu’elle rencontre dans la réalisation de sa mission.

L’EEM est une mini église en France : le district francophone représente 1/6 de la Conférence annuelle, soit 22 églises en France. Toutes sont concernées par le problème épineux de la laïcité, autrement dit, sur la difficulté que pose le témoignage chrétien dans un contexte d’indifférence spirituelle sinon d’opposition. Les questions religieuses sont parfois à peine tolérées dans la sphère publique.

Ce thème ne concerne pas seulement la France, il touche l’ensemble des chrétiens en Occident. Tout le monde doit se poser les questions suivantes :

  • Comment vivre en disciples de Jésus-Christ dans une société sécularisée qui écarte Dieu de façon sournoise ou visible?
  • Comment être témoin de l’Évangile, c’est là une question que se pose tout chrétien. Le fondement de notre action, la motivation dans notre travail, est d’amener les uns et les autres à devenir témoins et disciples de Jésus-Christ pour transformer le monde...
  • Qu’est-ce qui nous motive ? Le rapport tente d’apporter des réponses.


Les délégués ont entamé une discussion autour des tables sur les expériences que chacun a pu faire en matière de témoignage dans la sphère qui lui est propre. Que l’église soit petite en Suisse ou en France, grande est la mission du témoin, et même si ce n'est nouveau pour personne - elle représente pour chacun de nous un nouveau défi à relever tous les jours.

Plusieurs projets ont été présentés en séance plénière, mais de tous ces échanges, il ressort l’absence de recettes : « Parfois, nous cherchons des recettes, mais nous savons qu’elles n’existent pas». - Mais il existe une raison pour laquelle nous voulons relever ce défi: notre espérance! notre commune espérance en Jésus-Christ! «Le fondement de notre témoignage est notre commune espérance dans le Dieu de la vie, c’est permettre que la vie refleurisse dans le nom de Jésus-Christ. C’est amener des hommes et des femmes à devenir disciples de Jésus-Christ», résume pour finir Etienne Rudolph.

 

Samuel Humm, pasteur de Lenk, a appelé les quatre surintendants et l'évêque sur la scène et les a surpris en leur offrant en plein été une fondue locale à Lenk et a remercié le Cabinet en charge de l'EEM Suisse, France et Afrique du Nord pour son travail.


La Conférence se joint à lui par une standing ovation.


Rapport des surintendants

QUEL TEMOIGNAGE POUR UNE EGLISE MINORITAIRE DANS UN MONDE INDIFFERENT?

Introduction

Le rapport des surintendants se divisera en deux parties : la première, thématique, et la seconde, habituelle, sur la vie pratique de notre Conférence annuelle. La première partie se focalisera sur la question du témoignage d’une Eglise minoritaire dans un monde indifférent. C’est la perspective du District francophone, et plus précisément de la France, qui sera observée et qui servira à questionner – et à stimuler, nous l’espérons ! – notre témoignage.

« Amener des hommes et des femmes à devenir disciples du Christ pour transformer le monde » est le thème général de l’Eglise Evangélique Méthodiste. Cet objectif se décline de différentes manières et permet d’explorer toutes sortes de pistes, vous en êtes participants et acteurs depuis plusieurs années !

Le District francophone est composé de cinq pays : Suisse, France, Belgique, pour l’Europe, et Tunisie et Algérie pour l’Afrique du Nord. Chacun de ces pays a son originalité sur le plan religieux. Nous ne nous arrêterons dans ce rapport que sur la question française avec sa caractéristique spécifique de la « laïcité à la française ».

De quoi parle-t-on ? C’est ce que nous tâcherons d’expliquer dans le premier chapitre de cette première partie du rapport. Dans ce contexte, nous rappellerons la réalité de la présence méthodiste en France, notre UEEMF : Union de l’Eglise Evangélique Méthodiste de France.

Dans le deuxième chapitre, nous rapporterons quelques témoignages d’actions menées dans nos Eglises locales et à partir d’elles.

Enfin, dans le troisième chapitre, une courte réflexion orientera nos discussions au sein de la Conférence annuelle sur les raisons de nos actions de témoignages sous toutes les formes.

1. TEMOIGNER DANS UNE SOCIETE LAÏQUE

1.1 Un pays à la laïcité sensible, héritage historique, réalité actuelle

La France vit une particularité dans ses relations avec la religion. La séparation de l’Eglise et de l’Etat par la loi du 9 décembre 1905 est l’aboutissement d’un long – et douloureux – processus commencé lors de la Révolution française. Tout au long du XIXe siècle, différentes lois de sécularisation ont progressivement affranchi l’Etat de ses liens historiques avec l’Eglise. De nouvelles normes politiques et sociales ont été créées sur le principe de l’universalisme républicain fondé sur la liberté de con- science et l’égalité des droits (déclaration des droits de l’homme).
Le XXe siècle a connu toutes sortes de petites et grandes réformes dans ce domaine par la conception de nouvelles règles concernant l’individu et la famille. En 1958, dans la nouvelle Constitution française, la laïcité fonde désormais le pacte républicain et garantit l’unité nationale.

Comment définir et caractériser la laïcité à partir de cette affirmation constitutionnelle ?
Tout d’abord qu’il « s’agit bien d’une valeur fondatrice et d’un principe essentiel de la République en France. »1

Trois grands piliers juridiques de la laïcité sont en général mis en avant et accepté par tous.
- La neutralité de l’Etat : c’est la première condition de la laïcité. L’Etat garantit

l’égalité en droit de tous les citoyens sans distinctions, ni discriminations. Quelles

que soient leurs pratiques, les citoyens doivent être traités de la même façon.
- La liberté de conscience : cette liberté implique la liberté de culte. L’Etat ne peut pas se prononcer sur des choix spirituels des personnes et doit même garantir la possibilité de vivre cette liberté-là à chacun. L’exercice du culte est ainsi protégé et garanti du moment qu’il ne trouble pas l’ordre public.
- Le pluralisme : « Si l'État ne reconnaît aucune religion, il ne doit en méconnaître

aucune, et il reconnaît le fait religieux. Avec la loi de 1905, le principe est désormais celui de l'absence de distinction entre les anciens cultes reconnus et les autres. L'État, garant de la liberté religieuse, doit à ce titre protéger les cultes minoritaires contre les discriminations. »2

Après ce rapide tour d’horizon historique et législatif, voyons ce qu’il en est dans la réalité quotidienne d’aujourd’hui.

La laïcité a été forgée et conçue pour être un facteur d’unité pour la nation. Elle peut cependant cristalliser les oppositions de ceux qui préfèrent privilégier leur croyance ou, plus généralement, leur « droit à la différence ».
Au cours de ces trente dernières années, plusieurs changements importants se sont produits dans la société occidentale. Ainsi en France, si une certaine unité nationale pouvait être observée jusqu’alors, même avec ses clivages traditionnels gauche-droite, villes-campagnes, centre-villes-banlieues, une évolution vers un communautarisme ethnique et religieux a vu le jour. Un des dangers de cette évolution est un certain enfermement, voire une aliénation, des personnes dans leur religion d’origine avec comme conséquence un affaiblissement du « vivre ensemble » de la société et la destruction de la véritable liberté de culte.

Une autre évolution sociétale, signe évident du postmodernisme, est le « relativisme négateur à l’égard de toute vérité, mais imposant cette négation comme vérité ultime. »3 L’affirmation d’une certitude, voire d’un absolu devient impossible et se trouve immédiatement taxé de fanatisme.

1 Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité dans la République : rapport au Président de la République – Sous la direction de Bernard Stasi – Ed de la Présidence de la République – Décembre 2003.
2 Ibid

3 H. Blocher, in Connexion n°5, décembre 2012



Une des conséquences de cette dernière évolution est qu’il existe une forme de plus en plus courante de laïcité agressive, hostile à la religion. Certes, en France, le phénomène n’est pas nouveau en soi, mais ce qui est nouveau, c’est qu’il prend de l’ampleur et se retrouve dans des sphères dont il n’a rien à y faire comme les pouvoirs publics et les administrations. Par exemple, tel maire refuse d’accorder à une Eglise locale, association pourtant officielle située sur le territoire de ladite ville, le droit de louer une salle municipale « au nom de la laïcité ». Autre exemple : le maire d’une ville et quelques-uns de ses conseillers interviennent en plein milieu d’un culte pour interdire le rassemblement « au nom de la laïcité ». Dernier exemple : des aides financières de l’Etat pour les vacances d’enfants ou de jeunes en centres de vacances appartenant à un organisme chrétien ne sont parfois plus accordées « au nom de la laïcité » alors qu’elles l’étaient un an auparavant ! L’Etat central n’apporte aucune réponse et laisse agir les pouvoirs publics au niveau local ce qui entraîne des inégalités et des injustices d’une région à l’autre.

Le législateur a dû préciser, au fur et à mesure des évolutions de la société, certaines applications pratiques concernant la laïcité. De grands débats de société, parfois houleux, ont eu lieu sur différents sujets. Le plus emblématique a sans doute été celui sur le port de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans l’espace public. La question n’est pas simple. La neutralité de l’Etat républicain doit permettre à chacun de vivre sa foi ou ses croyances. Mais à quel moment cette liberté fondamentale devient-elle un empêchement d’un « vivre ensemble » dans une société donnée ? A quel moment cette liberté religieuse et de conscience s’oppose-t-elle à une neutralité bienveillante pour devenir un signe communautariste avec le risque de pression sur l’autre, de réduction de l’autre à son appartenance religieuse ou ethnique ?

Pour éviter tout débordement, le législateur a décrété que l’espace public (écoles publiques, administrations publiques, établissements publics, etc.) devait rester neutre. En conséquence, il est interdit de porter des signes ostentatoires religieux dans cet espace public. La question, qui a immédiatement surgi, est de définir ce qu’est un signe ostentatoire ! Le législateur a laissé ici la liberté en indiquant seulement que cela ne doit pas être de dimension manifestement excessive ! A partir de quelle taille une croix, romaine ou huguenote, est-elle trop grande ? A partir de quelle taille ou de quelle visibilité une kippa est manifestement trop excessive ? A partir de quand un voile musulman est-il excessif ? On le voit clairement : la question reste difficile et complexe tant elle touche et mélange des aspects religieux, communautaires, personnels, avec des conceptions politiques, historiques et culturelles. Et ces questions ressurgissent régulièrement en France à en maintes occasions lors de fêtes religieuses, d’élections politiques, d’incidents survenant ici et là...

Un dernier mot sur ce sujet : l’Alsace et un département de la région Lorraine ont, en France, un statut particulier et bénéficient de ce qu’on appelle le « droit local ». Cet héritage historique perdure aujourd’hui et rend les situations parfois plus faciles dans cette région. Il est vrai aussi qu’en plus du catholicisme, le protestantisme est bien représenté dans cette région. Les liens entre les pouvoirs publics et les religions s’en trouvent bien plus apaisés.

1.2 L’UEEMF

L’Eglise Evangélique Méthodiste en France est déclarée sous la forme d’une associa- tion : l’Union de l’Eglise Evangélique Méthodiste de France. Ses membres ne peuvent être que des associations et non des personnes physiques. Elle regroupe les Eglises locales de notre EEM en France. Chacune de ces Eglises locales est elle- même une association déclarée aux pouvoirs publics.

Nous avons actuellement en France 22 Eglises locales : 3 en région parisienne, 1 à Metz, 8 en Alsace, 7 dans le Sud de la France et 3 le Sud-Ouest.
A cela, il convient de rajouter les œuvres rattachées à notre Union : Bethesda avec ses 4 maisons de retraite et long-séjour en Alsace, la maison de retraite de Valleraugue dans les Cévennes, le centre de vacances Landersen dans les Vosges en Alsace, les 6 librairies Certitude.

L’UEEMF regroupe environ 2000 personnes : membres (1350) et amis. C’est dire que nous sommes une toute petite Eglise en France, pays comptant 65 millions d’habitants, ce qui représente 0,003 % de méthodistes ! Le poids de l’EEM en France est ainsi très faible, voire quasi inexistant. Cependant, depuis plusieurs années, l’EEM en France réfléchit à son projet d’Eglise. Celui-ci s’inscrit dans les réflexions menées par la Conférence annuelle et il lui a été donné le nom de « Projet VIE ». Ce nom signifie : Projet Vision Implantation d’Eglises et s’articule autour de trois verbes : affermir, élargir, développer. Les Eglises locales sont invitées à réfléchir et à agir dans ce cadre-là. Il est à noter que l’EEM en France, en tant qu’Eglise protestante évangélique « classique » est confrontée au même problème que d’autres Eglises de ce type en France et en Suisse, celui de la baisse de ses membres. Au risque de simplifier, on peut résumer la situation pour dire que les Eglises locales anciennes sont plutôt vieillissantes et connaissent soit une diminution, soit une stagnation du nombre de leurs membres. Les Eglises locales plus récentes sont davantage sur un chemin de progression de ce nombre.

Actuellement, le projet VIE est en route de diverses manières et bien des Eglises locales anciennes réfléchissent et travaillent à la redynamisation de leur assemblée et à leur renouvellement. Nous en reparlerons au chapitre suivant.

Comme nous venons de le voir, l’EEM en France est une petite Eglise par le nombre de ses Eglises locales et de ses membres, même si elle est fédérée ici et là dans des institutions comme la FPF (Fédération protestante de France) et le CNEF (Conseil National des Evangéliques de France). Il est important de rappeler qu’en France le protestantisme représente à peine 3% de la population. Dans une société qui vit avec une certaine difficulté sa laïcité, il n’est pas simple d’avoir un témoignage per- tinent. Le témoignage est difficilement national et ne peut s’exprimer, dans le cas de l’EEM en France, qu’au niveau local. C’est ce dont nous parlera le deuxième chapitre.

2. TEMOIGNER LOCALEMENT

2.1 L’envergure des actions de l’EEM en France est forcément locale

Vu la dimension de l’EEM en France, une action qui se voudrait nationale apparaitrait comme anecdotique. Il ne s’agit là pas d’un constat de faiblesse ou de découragement, mais d’une réalité dans laquelle l’Eglise vit. Sachant cela, et acceptant ce constat, le témoignage de l’Eglise se concrétise dans un engagement local, à l’échelle du quartier où se trouve l’Eglise locale, éventuellement du village ou de la ville et, en quelques occasions, au niveau régional, parfois en partenariat avec des Eglises d’autres dénominations. Cette réalité est finalement un défi intéressant pour l’Eglise : témoigner localement, là où se trouvent des chrétiens, là où ils expriment leur foi, là où ils sont prêts à un engagement pour vivre l’Evangile au plus près de leur Eglise et/ou des préoccupations de leurs contemporains. La créativité, l’inventivité et le volontarisme sont nécessaires pour répondre à un tel objectif. Nous allons donner quelques exemples d’actions réalisées ces dernières années ou en cours de réalisation.

2.2 Témoignage aux multiples facettes

Voici quelques-unes des actions menées par les Eglises locales en France soit seules, soit en association avec d’autres Eglises.

- L’Eglise de Strasbourg ouvre depuis plus de 30 ans ses portes pendant les deux mois d’été pour une expo-Bible. Six soirs par semaine, de 20h30 à 23h30, les passants, touristes ou strasbourgeois, peuvent entrer et visiter cette exposition réalisée en plusieurs langues. Chaque année, près de 1500 personnes, de plus de 50 nationalités différentes viennent visiter cette exposition et découvrent à la fois des aspects historiques, linguistiques, culturels de la Bible et son actualité étonnante. Action passive et pourtant pertinente dans un des quartiers les plus touristiques de la ville.

- Quelques membres de l’Eglise de Bischwiller, avec des chrétiens d’autres Eglises évangéliques de la région du nord de l’Alsace ont commencé voilà quelques années à visiter systématiquement les maisons dans les villes et les villages aux alentours dans une action porte-à-porte. L’idée est de proposer aux personnes de découvrir l’Evangile par une discussion, un contact personnel avec des outils tels que la Bible, un calendrier, un traité... Il s’agit là d’une action plus active et plus classique d’une approche d’évangélisation, mais elle est dynamisante pour les chrétiens engagés dans ce ministère-là.

- L’EEM de Mulhouse participe, par l’intermédiaire de quelques membres et plus particulièrement les jeunes, à une action inter-Eglises appelée « I love Mulhouse ». Un samedi par mois, des jeunes chrétiens vont par les rues de la ville et mènent soit une action plutôt sociale, par exemple en nettoyant une place, une rue, un lieu de passage, soit en réalisant des animations de rue (sketch, chants, etc.).

- A Colmar, les membres de l’EEM s’interrogeaient sur leur présence dans le quartier de l’Eglise locale. Une idée a germé : proposer un accueil journalier d’enfants durant 5 jours pendant les vacances d’hiver. Différentes animations sont proposées, intérieures et extérieures, un temps pour une découverte de l’Evangile, un goûter. Le dernier soir de la semaine, les parents des enfants sont invités pour un spectacle et un moment convivial avec l’équipe d’animation ce qui permet, là aussi, un témoignage auprès des parents après la semaine avec les enfants. Les contacts dans le quartier sont intéressants et encourageants. Une originalité proposée aux membres de l’Eglise locale puisqu’ils ne peuvent pas tous participer pour diverses raisons, c’est le parrainage d’enfants. Un membre peut participer financièrement pour couvrir les frais d’animation pour un ou plusieurs enfants. En plus de l’Eglise locale de Colmar, l’EEM la plus proche participe à ce parrainage.

- La même EEM de Colmar participe à « la fête des voisins », un moment festif et convivial d’une soirée soutenu par la municipalité (cela existe un peu partout en France). L’idée est d’inviter ses voisins à une soirée grillade par exemple ou autre pour apprendre à se connaître. Pour l’Eglise locale, cette action se situe dans la continuité de « l’action vacances » destinée aux enfants. A la fin de la soirée, une équipe de l’Eglise locale présente un petit spectacle, par ex l’an dernier, de marionnettes. Un adjoint du Maire de la ville de Colmar est venu visiter la soirée. Cette petite action a donné goût à d’autres Eglises locales de participer ou d’organiser une soirée dans le cadre de « la fête des voisins. » Ainsi l’EEM de Muntzenheim a commencé depuis peu.

Ces actions ponctuelles paraissent peut-être insignifiantes, cependant elles sont le fruit d’une réflexion de l’Eglise locale qui témoigne ainsi de son ouverture à l’autre et montre ce qu’elle vit et fait dans le quartier où elle se trouve. De plus, les membres sont engagés de différentes manières pour soutenir ces actions : il faut organiser, inviter, préparer, cuisiner, mais aussi être présents pour discuter. La prière joue aussi un grand rôle dans cette action et toute la communauté s’en trouve encouragée.

- L’EEM d’Anduze, dans les Cévennes, a commencé, sous l’impulsion du pasteur, à proposer des animations, des conférences, des concerts, des expositions, des films dans la chapelle ou sur le parvis quelques soirs par semaine pendant le mois de juillet dans le cadre des manifestations organisées et proposées par la ville les « Estivales d’Anduze ». Cette action en est encore à ses débuts, mais la conviction de vouloir proposer quelque chose sur le plan culturel en associant un témoignage chrétien est là et commence à être un encouragement pour l’Eglise locale.

- A Codognan, depuis 4 ans a lieu un festival de la foi pendant 10 à 12 jours en août. Organisé par le pasteur de la petite EEM locale, ce festival propose des concerts, des spectacles, des expositions, des animations pour adultes et enfants. L’EEM de Codognan en a tiré profit dans le sens que des chrétiens du secteur qui n’étaient plus rattachés à une Eglise, se sont engagés d’abord pour l’action du festival, puis dans l’Eglise locale le reste de l’année. Les organisateurs, le pasteur en tête, ont rencontré des difficultés avec le maire de la ville qui invoquait la neutralité que permettrait la laïcité pour interdire le festival, alors qu’il avait été d’accord la première année ! Malgré cette opposition qui est allée assez loin sur le plan juridique, la communauté a été encouragée par les actions de témoignage menées dans la ville et ses environs.

- La petite communauté de Caveirac, EEM de longue date puisqu’elle a été la première chapelle méthodiste construite au début du XIXe siècle dans la région des Cévennes, s’interroge sur son avenir. Il ne reste plus que 5 membres ! Le pasteur a proposé une action de redynamisation depuis l’automne dernier avec 4 personnes volontaires pour un véritable travail missionnaire dans la zone de ce vil- lage. Ces personnes suivent en même temps une formation théologique orientée sur l’implantation de nouvelles Eglises, programme proposée par la faculté de théologie d’Aix en Provence. Le projet en est à ses débuts. L’idée est de permettre aux 4 « missionnaires » de vivre sur place ou au plus près des habitants pour aller à leur rencontre rendant service, se renseignant à la mairie pour des aides ou des soutiens à des projets sociaux existants ou nouveaux. La salle du culte a été quelque peu transformée pour que, dans la semaine, elle puisse servir de lieu d’accueil où les gens peuvent s’arrêter, boire un café, discuter... Des actions de plus grande envergure ont été organisées et le seront encore tout au long de l’année avec de l’aide extérieure de jeunes d’organismes comme JPC (Jeunesse pour Christ) ou d’Allemagne encadrés par la Zeltmission ou la commission d’évangélisation de l’EEM au niveau européen.

- L’EEM d’Agen, dans le Sud-Ouest de la France, possède un petit local dans la ville. Ce local a servi pendant de longues années à une bibliothèque de prêt de livres chrétiens. La bibliothèque a été transférée dans les locaux de l’Eglise locale parce qu’un nouveau projet a vu le jour depuis l’automne dernier. Un lieu de rencontre, « l’entre2cours », accueille des lycéens et des étudiants 4 jours par semaine entre 12h et 14h et le soir après 16h. Un ou deux adultes bénévoles sont présents pour les recevoir autour d’un jus de fruit ou d’un café et les écouter. Démarrage timide mais encourageant: l’automne 2012, jusqu’à 8 jeunes fréquentaient ce lieu... Ce projet est né d’une réflexion au sein de la pastorale agenaise. Ce sont 4 Eglises d’Agen qui participent activement à ce projet de témoignage auprès de jeunes.

D’autres communautés sont également en train de réfléchir soit à un projet d’Eglise, soit à des actions ou en entreprennent depuis des années : que ce soit autour des fêtes de Noël ou de Pâques, que ce soit dans la mise en place de parcours Alpha ou d’autres actions encore... Ces quelques exemples d’actions locales de témoignage sous une forme ou une autre montrent la volonté des chrétiens de l’EEM en France de répondre à l’objectif général « d’amener des hommes et des femmes à devenir disciples du Christ pour transformer le monde. » Ils s’inscrivent pleinement dans le Projet VIE de l’UEEMF en répondant à l’appel de Dieu lui-même qui, en Jésus-Christ, invite ceux et celles qui le suivent à devenir des témoins de l’Evangile en paroles et en actes.

3. TEMOIGNER DU DIEU DE LA VIE

3.1 Etre témoin du Dieu de la Vie

Qu’est-ce qui peut motiver des personnes à s’engager dans des projets qui semblent parfois petits si ce n’est une conviction bien ancrée ? Il est certain que la petitesse des actions est une question de proportion et de perspective. Au niveau local, une action pouvant paraître petite ou modeste peut avoir de grandes répercussions.

Etre témoin de l’amour de Dieu n’est pas un choix optionnel, selon l’envie ou le temps disponible... Il s’agit d’un choix fondamental de vie. Et ce choix repose sur un fondement qu’il est important de revisiter quelquefois pour se remettre dans la bonne perspective.

« ... Qu’il illumine les yeux de votre cœur, afin que vous sachiez quelle est l’espérance qui s’attache à son appel... » Ephésiens 118

On a souvent dit et écrit que Paul était l’apôtre de l’évangélisation. Il a été bien plus l’apôtre de l’espérance, ancrée dans sa rencontre avec le Christ ressuscité, l’évangélisation n’étant qu’une conséquence de son espérance et celle-ci le fondement de son action. Une ONG peut faire un travail extraordinaire en faveur de personnes défavorisées. Il est possible que l’action menée par une ONG soit plus efficace sur le plan technique que si une Eglise réalise cette même action. Cependant, ce qui anime l’Eglise dans son action, ce qui est son fondement, ne peut pas reposer sur une question de techniques. Nous sommes sur le bon chemin, si l’espérance que nous avons en Dieu est le fondement de notre réflexion et motive nos actions. Dieu ne nous a pas appelés à l’évangélisation, mais à l’espérance ! L’espérance est le propre de l’homme, elle est indispensable à sa vie et à son équilibre. Certains y voient même le signe de l’incomplétude de l’être humain. Il a un manque en lui qui fait qu’il a besoin de l’espérance pour le combler.

L’espérance en Dieu nous reconnecte avec la vie parce que Dieu est le Dieu de la Vie! Toutes les actions décrites plus haut, petites ou grandes, sociales ou d’évangélisation, sont le reflet d’une volonté et d’une conviction d’agir en tant que témoin du Dieu de la Vie ! Appelés à l’espérance, les chrétiens sont appelés à vivre en témoins de la Vie dans toutes leurs actions.

3.2 Un défi extraordinaire

Etre témoin du Dieu de la Vie, ce n’est pas être qu’un croyant sociologique, membre d’une Eglise, aussi bonne... ou imparfaite soit-elle ! C’est être disciple soi-même de façon cohérente et conséquente, être soi-même en chemin dans le but d’amener des hommes et des femmes à Jésus-Christ. Le témoignage du disciple touche tout son être : attitude, paroles et actes. Et dans ce sens-là, il n’y a pas de petites ou grandes actions de témoignage. Là où se trouvent des chrétiens, la vie devrait refleurir ! Voilà le défi extraordinaire devant lequel se trouve, non seulement une Eglise méthodiste minoritaire dans un pays à la laïcité sensible comme la France, mais toute Eglise où qu’elle soit implantée. C’est ainsi que le monde pourra en être transformé.

Nous avons un devoir de rayonnement dans le monde, celui de faire rayonner un témoignage authentique de l’amour de Dieu en Jésus-Christ pour tous les hommes contre toutes les puissances de mort. Il est possible d’aimer la vie, d’aimer ce monde dans lequel nous sommes, et dont nous sommes, parce que Dieu porte sur celui-ci un regard favorable ! Le oui de Dieu, en Jésus-Christ, l’emporte sur le non (2 Cor 119 et 20) ! Dieu porte sur le monde, comme aussi sur notre propre vie, un regard de tendresse, un regard d’amour, comme celui d’un père pour son enfant...

Comprenons-nous bien, l’amour de Dieu ne signifie pas que tout le monde est gentil et beau, et que Dieu aime naïvement. Dieu porte un regard bienveillant sur l’Histoire et sur le monde et ce, malgré le mal qui sévit... jusque dans nos propres vies :

Parce que de le Dieu de la Vie est plus fort que la mort !
Parce que la lumière du Dieu de la Vie l’emportera sur les ténèbres !
Parce que la foi dans ce Dieu de la Vie restera toujours plus grande que l'incrédulité et le doute !
Parce que l’amour du Dieu de la Vie sera toujours plus fort que la haine et la vio- lence !

En Jésus-Christ, l’espérance devient certitude. Nous pouvons donc, comme tant de témoins qui nous ont précédés, être remplis d’espérance et faire refleurir la Vie que Dieu offre toujours à nouveau !

« Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de toute paix afin que vous abondiez en espérance, par la puissance du Saint Esprit ! » Romains 1513

4. TEMOIGNER A LA CONFERENCE ANNUELLE

Nous vous invitons à prendre 15-20 minutes pour vous raconter les uns aux autres, aux tables où vous êtes, par groupe de 6 personnes, comment, dans les deux dernières années, votre Eglise locale a témoigné du Dieu de la Vie là où elle est, comment vous avez permis que la vie refleurisse...

Puis, dans un deuxième temps (15-20 min), quelques membres de la Conférence annuelle peuvent courtement témoigner au micro de ce qui a été dit aux tables ou vécu dans telle ou telle Eglise locale.

CONCLUSION

Témoigner du Dieu de la Vie : un défi qui n’est pas nouveau, et pourtant...
Nous aimerions parfois connaître une recette pour la réussite dans ce domaine. Nous savons bien qu’elle n’existe pas. Cependant, au-delà des techniques et des questions sur la baisse ou l’augmentation de membres, rappelons-nous du fondement de notre témoignage : l’espérance qui se trouve dans le Dieu de la Vie. Et c’est cette espérance qui nous conduira à mener des actions et des discussions, offrir du soutien et de l’écoute, faire refleurir la Vie en amenant des hommes et des femmes à devenir disciples de Jésus-Christ pour transformer le monde.

6. Remerciements

Il y a 30 ans, Patrick Streiff entamait son ministère dans l’Eglise Evangélique Méthodiste. Etant donné qu’en sa qualité d’évêque il n’est pas membre de la Conférence annuelle Suisse-France, son jubilé sera célébré dans un autre cadre. Nous tenons ici à te remercier très sincèrement, cher évêque, pour ton ministère et ton engagement en faveur de notre Conférence annuelle, ainsi que pour ta conduite au sein du Cabinet et de l’Eglise. Que Dieu te bénisse dans toutes tes tâches!

En tant que surintendante et surintendants, nous vivons des expériences très diverses au cours d’une année de conférence, notamment des situations et des moments difficiles, tristes, conflictuels et des personnes qui sont blessées. Ces situations sont douloureuses pour nous et pour toutes les personnes concernées. Nous prions Dieu de nous aider à agir et à parler avec sagesse. Nous rencontrons cependant aussi de nombreuses personnes qui s’engagent avec persévérance et de tout leur cœur au service de Dieu, en qui elles mettent leur confiance, et proclament avec beaucoup d’amour la Bonne nouvelle en paroles et en actes. Nous rencontrons des gens qui, dans leurs communautés, montrent l’exemple de la dignité que Dieu nous donne à nous, comme à tous les hommes et toutes les femmes, lorsqu’il dit: « Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils et fille; et si tu es fils et fille, tu es aussi héritier par la grâce de Dieu. » (Gal. 4, 7). Nous nous réjouissons de ce que des personnes dans notre Eglise transmettent cet amour de Dieu, ainsi que sa promesse aux humains et son appel à le suivre. Nous remercions Dieu pour les dons multiples que nous découvrons dans les églises et les commissions. Il nous a richement dotés – en tant qu’individus, pasteurs et pasteures et personnes engagées dans les communautés. Merci à toutes celles et tous ceux qui se laissent appeler à le servir. Nous sommes reconnaissants de pouvoir être en chemin avec vous et de pouvoir mutuellement nous soutenir dans la prière et l’action.

Claudia Haslebacher

Jörg Niederer

Martin Streit

Etienne Rudolph

 



 Rapport des surintendants 2013 (fichier pdf 1,02 Mo)



Diaporama

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Exposé du Dr Stephan Marks "Honte et infamie"

Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Une interprétation littéraire de la honte est donnée par Salman Rushdie, dans son livre "LA HONTE".


Représentez-vous la honte comme un liquide, disons comme une boisson sucrée sortant d'un automate. Vous appuyez sur le bon bouton, un gobelet tombe et recueille le flux de liquide souhaité.


Je voudrais aborder cette notion de "Dignité" humaine et la concrétiser sous un angle psychologique.


En revenant au livre de Salman Rushdie, l'auteur relate comment la honte des parents se déverse dans l'âme de l'enfant. Pour situer le cadre : une naissance, le père, patriarche militant, réagit avec colère à l'annonce de la naissance de son premier-né ; ce n'est qu'une fille ! Cela amena le bébé à rougir. Dès sa naissance, elle avait honte. La petite fille grandit, handicapée dans son esprit et devint finalement une meurtrière.


Dans cette scène, plusieurs aspects importants de la honte sont mentionnés :


- son développement commence très tôt ; en effet dès le premier contact avec les parents

- la signification se reflète dans le regard, dans les yeux

- la qualité du regard est déterminante, à savoir si l'on regarde l'enfant avec amour ou dédain

- la honte se rattache aussi aux valeurs et aux attentes des parents, voire de la société ; ici c'est le régime patriarcal et l'attente que l'enfant premier-né soit bien évidemment un garçon.

- la honte est souvent dirigée du haut vers le bas, des plus forts vers les plus faibles

- cette transmission de honte s'opère de manière transgénérationnelle ; elle peut se transmettre sur beaucoup de générations, sur des centaines d'années.

- à cette transmission de honte se rattache souvent toute une culture ; depuis l'éducation dès la plus petite enfance jusqu'à l'école, la formation adulte et militaire, les médias.


Jusqu'ici une description littéraire de la honte que je voudrais à présent compléter -le plus courtement possible- avec une information de base du point de vue psychologique, sociologique et de recherche de la pensée. Je me réfère avant tout à Léon Wurmser, Micha Hilgers, Michael Lewis, Donal Nathanson et Allan Schore.


Petit rappel : qu'est-ce que la honte ? La honte est universelle. Toute personne connaît la honte ; elle fait partie de l'être humain

- même si elle se manifeste différemment selon chaque individu

- et différemment en fonction du sexe, de l'appartenance culturelle.


La honte est un sentiment gênant, difficile à exprimer par des mots.

Elle se manifeste souvent par une réaction corporelle, lorsqu'on pique un fard.

Celui qui a honte se retire, se réfugie en lui-même, voudrait disparaître sous terre.

Le langage corporel montre que la personne qui a honte s'enroule sur elle-même. (cf. le hérisson).

La honte rend narcissique, la honte isole, elle sépare les gens, en tout cas aussi longtemps qu'elle est inconsciente.

La honte peut être de durée variable - elle peut être une affection passagère ou devenir un trait de caractère chronique.

Elle peut varier en intensité - d'une légère gêne jusqu'à la perte totale de confiance en soi et au sentiment dégradant de n'être qu'un bon à rien.

La honte peut se manifester dans chaque rencontre entre des humains. Voilà pourquoi, pour les personnes qui travaillent avec d'autres, il est important de reconnaître la honte, de la comprendre et de réagir de manière compétente.


Il est important ici de différencier la honte et l'humiliation.

La honte est une réaction propre de la personne honteuse, qu'il faut savoir reconnaître. Cette réaction est naturelle, par ex. lorsque quelqu'un a commis une injustice ou une erreur.

La tradition médiane européenne nous dit que la personne qui a honte devrait être reconnue honteuse, par ex. lorsqu'on la dénigre, la gronde ou l'emprisonne. De cette manière peut résulter facilement un danger de honte accrue.

Bien que la honte soit douloureuse, elle a des fonctions positives (on parle de honte saine). Elle protège notre dignité (gestuelle des mains).

Seule une honte accrue est contreproductive - on parle de honte pathologique (ex. fourmis-lion)

Exemples de honte saine et de honte pathologique 

2 élèves ratent leur baccalauréat....

En cas de honte accrue, je suis comme submergé de sentiments honteux; Ce n'est pas moi qui éprouve de la honte, mais la honte "me tient". Avoir commis une erreur sera vécu alors comme "je suis une erreur".

La honte pathologique signifie que la personne concernée glisse dans un état de peur existentielle, dans un désespoir profond, la panique.

Le souffrant, selon Léon Wurmser, se noie dans un sentiment de rejet total.

A ce stade d'autres systèmes neurologiques plus primitifs sont activés en lieu et place de la reconnaissance.

La honte est comme un choc, les fonctions supérieures du cerveau sont poussées au déraillement (selon Nathanson, chercheur).

Un raisonnement normal n'est plus possible à ce stade-là - la honte rend "idiot".


Cette expérience est connue de tous ceux qui se sont retrouvés un jour au tableau et ont fait l'objet de moqueries à cause d'une fausse réponse. Rien ne va plus. Même une formule physique qu'on avait en tête 5 minutes auparavant, ne peut nous revenir en mémoire.

Les fonctions supérieures du cerveau sont refoulées à un état rampant, à l'arrière-plan.

- le système nerveux est complètement dirigé vers la façon d'endiguer la source de peur.

Notre comportement en est réduit à des mécanismes de protection, inconscients : agresser, fuir, se cacher, disparaître sous terre.

De cette manière, le "moi" essaie de se protéger intensément de la peur existentielle.


Sympaticus - parasympathicus (actif - passif).


Ex : deux élèves subissent des moqueries.

Parce que la honte est si douloureuse, nous adoptons un autre comportement, moins insupportable à vivre, pour ne pas ressentir la honte.

Cela peut cependant devenir une autre expérience d'apprentissage lorsqu'il y a un travail sur la honte et que l'impulsion de son développement est prise en compte.

C'est ce que veut la honte, c'est sa fonction. Elle voudrait provoquer des changements de comportement

- parce que la honte est si douloureuse, elle nous pousse à réagir différemment, afin qu'à l'avenir nous ne puissions plus nous retrouver dans  une telle situation.


Mais cette possibilité d’apprendre est souvent bloquée :

  • Quand la honte est trop forte (traumatique)
  • Quand nous n’avons pas de repères permettant de reconnaître les facteurs de déclenchement cachés dans la honte
  • Quand nous n’avons pas une culture de rapports constructifs avec les sentiments de honte
  • Ou quand la honte est enfouie sous de nouvelles humiliations


Il y a alors un risque de voir certains comportements visant à se-débarrasser-de-la honte devenir un masque permanent, avec lequel on tente – aussi à titre prophylactique – de se protéger des sentiments de honte

  • p.ex. en ne faisant pas certaine choses


J’aimerais vous présenter brièvement quelques démarches usuelles visant à se protéger des sentiments de honte :


La projection : on projette sur d’autres les caractéristiques dont on a soi-même honte.

  • p.ex. des sentiments de « faiblesse », tels que la tristesse ou la peur. Projetés sur d’autres, cela donne : tu es un « faiblard ».


Honte et mépris : pour ne pas devoir ressentir soi-même de la honte, d’autres sont obligés d’avoir honte.

  • A cette fin, on leur fait honte, on les insulte, on les humilie, on les chicane, ils sont méprisés, traités comme s’ils n’existaient pas, considérés comme des objets, exclus ou détruits – en particulier ceux qui sont considérés comme faibles. 


L’incompréhension est une variante de ce procédé, p.ex. lorsque des apprenants ont de la peine à s’exprimer. S’observe souvent dans les universités allemandes. 

  • Le message est : dès lors que je m’exprime de manière incompréhensible, en utilisant beaucoup de mots rares et des phrases à tiroir, je me rends inattaquable. 

Les auditeurs par contre sont apeurés et amenés à se sentir idiots.


Négativisme, cynisme

On ne fait pas montre de sentiments de « faiblesse » tels qu’empathie, amour ou tristesse, car sinon on risquerait de se rendre vulnérable. Par contre, à l’externe, on se montre constamment négatif : « ce n’est pas nouveau, ça n’amène rien ».


L’arrogance est souvent une façade permettant de feindre l’assurance. 

  • Par un comportement agressif, on cherche à cacher la honte et le manque d’assurance. 


Par la rébellion, la colère et la violence, l’impuissance est transformée en pouvoir. De passif, on devient actif. On préfère être acteur que rien.

  • Si p.ex. on demande à des délinquants juvéniles pourquoi ils ont tué quelqu’un, il arrive fréquemment que la réponse soit du genre :
  • « Je voulais montrer aux copains que je ne suis pas un lâche »


Ces formes-là de défense contre la honte sont tournées vers l’extérieur, elles sont destructrices à l’égard des autres.

  • Elles sont traditionnellement caractéristiques des hommes jeunes et adultes.

D’autres formes de défense contre la honte sont autodestructrices, dirigées contre soi-même.

Elles sont traditionnellement plutôt typiques des femmes jeunes et adultes. Exemples :


Par l’adaptation, la discipline, en se faisant tout petit jusqu’à se renier soi-même, on essaie d’éviter de possibles humiliations. 

  • « Si personne ne me voit, on ne peut pas m’humilier »
  • « Si je ne peins pas, personne ne pourra se moquer de moi. C’est vrai que je ne suis pas créatif. »

Pour éviter de subit une humiliation, nous mettons notre lampe sous le boisseau. Combien de possibilités de développement sont ainsi perdues !


Mentir, relativiser, justifier …


L’ambition –à dose raisonnable – peut représenter une tentative constructive de se protéger contre la honte et l’humiliation. 

  • Par exemple à l’école : « Si je me donne de la peine et m’exerce encore plus, j’éviterai à l’avenir l’embarras d’une réponse fausse. »


Trop d’ambition par contre risque de tourner en perfectionnisme destructeur ou en absolutisation du principe de performance :

  • « Il n’y a que si je suis parfait que personne ne peut se moquer de moi. »
  • « Je ne suis aimé que si j’amène des résultats absolument brillants, si j’ai un corps idéal, des super-vêtements, des enfants parfaits, etc. » 


La rigidification émotionnelle s’installe quand une personne cherche à se sortir d’une situation émotionnelle dangereuse en se transformant intérieurement en bloc de glace. 

  • On ne montre aucun sentiment de faiblesse, tel qu’empathie ou amour, pour ne pas risquer d’être humilié. (« cool »)
  • On se cache derrière un masque rigide et ne se montre vers l’extérieur que de façon négative, critique ou cynique.

La rigidification émotionnelle peut à la longue prendre la forme d’un sentiment d’ennui pénétrant et chronique pouvant mener à la dépression et au suicide.

Si rouge est la couleur de la honte, on dit souvent : « plutôt mort que rouge »)

  • Nombre de suicides cachent une thématique de honte.


Dépendance Dans le Petit Prince, l’alcoolique dit : « Je bois parce que j’ai honte et j’ai honte parce que je bois. »


La liste des mécanismes de défense montre bien que la honte refoulée empoisonne les relations interpersonnelles. 

  • Lorsque – par ex. à l’école – une classe est régie par des humiliations, le mépris, la « coolness », la violence ou « se faire tout petit », l’apprentissage, la croissance, le développement sont bloqués. 

Il faudrait donc éviter qu’une classe soit contaminée par un trop-plein pathologique de honte.


Mais il ne s’agit pas de supprimer, de se débarrasser de la honte.


Nous ne pouvons pas éviter que nos agissements puissent éventuellement susciter des sentiments de honte chez les personnes avec lesquelles nous travaillons (patients, élèves, clients) –

  • p.ex. quand nous formulons des retours
  • même si nous le faisons de façon respectueuse, non-blessante.


Souvent, nous ne pouvons pas éviter non plus que par exemple des élèves arrivent à l’école remplis à ras-bord de sentiments de honte.

  • p.ex. parce qu’à la maison ou dans leur milieu, ils ont été l’objet  d’une dévalorisation ou d’une exclusion massive.


Il est donc d’autant plus indispensable que ma classe soit un lieu où on ne leur injecte pas une dose supplémentaire d’humiliation 

  • p.ex. du fait que le maître cherche (consciemment ou inconsciemment) à se débarrasser de son propre trop-plein de honte en le transférant  sur les élèves.

Voilà ce qu’il s’agit d’éviter : le trop-plein – évitable - de honte.


Ce que cela signifie en pratique deviendra sans doute plus clair quand nous considérons les 4 sources de la honte (sources qui peuvent en partie se recouvrir).


Premièrement : Des sentiments de honte peuvent persister lor3sque nous sommes mésestimés, humiliés ou méprisés. Quand nous sommes traités comme si nous étions transparents, harcelés, pointés du doigt.    … L’expression allemande  «couper quelqu’un » exprime bien combien tout cela peut être douloureux. 


Le dédain peut s’exprimer de manière personnelle, mais aussi par le biais des structures. Lorsque les structures sont ainsi faites qu’une personne ne reçoit pas la reconnaissance qui lui est due. 

  • Exemple : la femme de ménage


Les humiliations sont si douloureuses, parce qu’à cause d’elles, un besoin fondamental de l’être humain est ignoré et violé

  • Le besoin d’être vu, connu, reconnu, estimé, aimé.


Nous, les êtres humains, avons besoin de reconnaissance : le regard reconnaissant et encourageant qui nous est adressé.

Sans reconnaissance, nous dépérissons, comme une plante privée de la lumière du soleil.

  • C’est particulièrement important  pour le développement pendant la première phase de la petite enfance (expérience du visage figé)


Mais la reconnaissance est également importante à l’âge adulte.

Expérience psychologique : l’orateur…  le terme allemand : Ansehen  = regarder, mais aussi : la réputation …

Les personnes qui ont souffert d’un trop-peu de reconnaissance traumatisant risquent de développer  un désir immodéré de reconnaissance – à tout prix.

  • Elles peuvent alors être prêtes à tout  pour être vues, reconnues.


Bref, si nous voulons remplir une personne de honte, il suffit, tout simplement, de la priver de reconnaissance. La traiter comme si elle était de l’air. L’humilier, en faire la risée des autres.

  • Ce sont là de vieux instruments de domination. Rappelons-nous les piloris, avec lesquels des personnes ont été publiquement humiliées pendant des siècles en Allemagne.


Sous l’angle positif : offrir à une personne de la reconnaissance signifie lui épargner une honte superflue – et renforcer sa dignité. 



Nous en arrivons au deuxième aspect de la honte :


Face au besoin de reconnaissance, se développe un besoin de protection :

« Regarde-moi, mais ne regarde pas tout ».


Cet autre besoin fondamental – de protection de la vie privée, de l’intimité – se retrouve par exemple dans les enfants qui, à partir d’un certain âge, ne veulent plus se promener tout nus.

  • Lorsqu’ils veulent garder certaines pensées, certains sentiments pour eux.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quand on a négligé nos limites de protection.

  • P. ex. quand nous avons trop dévoilé de nous – de notre âme ou de notre corps.


Ou quand nos limites ont été bafouées. Quand un aspect intime, fragile de notre vie a été exposé au public.

  • C’est la honte des victimes
  • à l’extrême, p. ex. des victimes d’abus, de viols ou de tortures


Exemple simple : une élève écrit une lettre d’amour à un camarade. La lettre est découverte par un autre enfant qui la lit à haute voix.


Conséquence : ces deux jeunes vont apprendre où placer leurs limites physiques et psychiques ; ils vont prendre des mesures constructives pour se protéger. 

  • en fonction de la situation : qu’est-ce que je peux montrer ici et que je dois cacher dans cette autre situation ?


Cette capacité de régulation peut cependant être endommagée lorsque les limites d’une personne sont violées massivement ou d’une manière traumatisante.

  • Ce genre de violation se traduit souvent par d’importants sentiments de honte. Ces personnes n’arrivent p. ex. plus à réguler leurs limites…


Traditionnellement, les violations de frontières sont un moyen de domination ancestral.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – aller au-delà de ses limites de protection.


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui offrir un espace protégé.


Troisièmement :

Nous avons honte quand notre comportement s’est révélé à côté de la plaque et qu’on nous a regardés de travers ou qu’on s’est moqué de nous.

  • Quand nous avons adopté un comportement embarrassant.

Quand nous avons fat quelque chose qui est contraire aux attentes et aux normes de notre entourage et que nous avons été exclus ou que les autres se sont mis à nous éviter.


Besoin fondamental d’appartenance


La honte dont il s’agit ici se nourrit de la différence entre celui que je suis et celui que je devrais être – aux yeux des autres.


Les attentes des autres dépendent beaucoup de la culture où l’on se trouve. En Allemagne, p. ex., la faiblesse est traditionnellement considérée comme une honte.

  • C’est pourquoi beaucoup de gens ont honte de leur maladie. Ou de leur pauvreté, du chômage, de leur dépendance, de leur échec, de leurs erreurs, de leur manque de formation, de leur statut professionnel peu élevé, de leurs dettes. Il y a là un sentiment de culpabilité.
  • De leur âge, de leur handicap, de leur faiblesse physique ou de leur maladie psychique, comme p. ex. une dépression.

Cette honte peut être liée à des éléments physiques. Quand le corps semble ne pas correspondre à l’idéal de beauté, p. ex.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quant on n’a pas répondu aux attentes des autres et qu’on a été exclu.

  • Ou qu’on a l’impression de ne pas appartenir au groupe parce qu’on est « différent » ou « faible ».


Conséquence : nous apprenons – normalement – au fil de notre développement à nous comporter de manière à ne pas être embarrassé, à entrer dans le moule, à appartenir au groupe.


Les gens qui ont grandi en étant confrontés à des violations massives risquent cependant de développer un désir d’appartenance surdimensionné – à tout prix.

  • Ils n’arrivent pas suffisamment à développer leurs capacités à résister aux attentes et à dire :
  • « Non ! Je ne participerai pas à ça ! »

P. ex. quand ils sont dans un groupe ou dans une classe où c’est considéré comme « cool » de faire pression sur un camarade plus faible.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – marquer sa « différence », le traiter d’étranger, lui faire sentir qu’il n’appartient pas au groupe.

  • C’est d’ailleurs un instrument de pouvoir ancestral : pendant des siècles, les comportements déviants en Europe centrale ont été punis par une expulsion du pays.
  • P. ex. à Francfort au 17e siècle : 97 pour cent de toutes les peines infligées consistaient à expulser les condamnés du pays.


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui donner un sentiment d’appartenance.


Le quatrième aspect de la honte ne porte pas sur les attentes et les normes des autres, mais sur nos propres valeurs.

  • Sur nos attentes envers nous-mêmes.

Il s’agit là de notre besoin fondamental d’intégrité : rester fidèle à soi-même, respecter ses propres valeurs.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quand on a fait quelque chose qui bafoue les valeurs de notre propre conscience.

  • Quand on s’est rendu coupable. C’est la honte des auteurs.


C’est lui aussi qui survient quand nous sommes témoins d’une injustice :

  • p. ex. quand le chef ridiculise un collègue lors d’un entretien
  • et que je me tais parce que j’ai peur de perdre mon emploi.


Dans le roman « Les cerfs-volants de Kaboul », Khaled Hosseini décrit comment un jeune homme assiste au viol de son ami ;

  • par crainte, il ne vient pas à son secours.

L’amitié se brise ; sa honte face à sa propre attitude est tellement forte que pendant des années il n’arrive pas à l’intégrer d’une manière saine ;

  • elle empoisonne sa vie pendant des décennies.


Dans cette forme de honte aussi, un « trop-plein massif de honte peut avoir des conséquences destructrices.

Un exemple : depuis la fin de la guerre du Vietnam, le nombre de vétérans de guerre américains qui se sont suicidés est supérieur au nombre de soldats morts au combat.

  • On observe un phénomène similaire aujourd’hui avec les vétérans de la guerre en Irak.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – l’obliger à agir contre sa conscience ;

  • l’obliger à violer sa propre intégrité.
  • Instrument de domination : p. ex. enfants soldats


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui offrir un « espace » où il/elle peut demeurer intègre et ne doit pas se courber.


Pour conclure :

La honte est comme un sismographe très sensible, qui réagit quand nos besoins fondamentaux de reconnaissance, protection, appartenance ou intégrité ont été bafoués.


P. ex. mobile


Respecter la dignité d’une personne signifie donc – du point de vue de la psychologie de la honte : lui épargner une honte superflue, qui pourrait être évitée ;

  • autrement dit, lui offrir un « espace » où il/elle peut faire l’expérience de la reconnaissance, de la protection, de l’appartenance et de l’intégrité.


C’est là la contribution que nous pouvons apporter pour éviter l’apparition d’un trop plein pathologique de honte

  • qui aurait pour conséquence que la personne avec laquelle nous travaillons sombre dans l’abîme du désespoir et de la panique et brise la relation avec nous.

Ce n’est qu’après que ces personnes peuvent entamer un processus d’apprentissage, de développement, de croissance.

  • …que nous pouvons arriver à une confrontation


A partir de là, nous pouvons travailler avec ces personnes pour qu’elles prennent conscience des déclencheurs de leur honte.


Ce que nous devrions dire à nos enfants : « Tu es une merveille ! Tu es unique ! Tout au long des siècles qui ont précédé, il n’y a jamais eu deux enfants comme toi. Oui tu es une merveille ! » (Pablo Casals)




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Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne