Exposé du Dr Stephan Marks "Honte et infamie"

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Conférence annuelle de l’EEM Suisse-France-Afrique du Nord a eu lieu du 6 au 9 juin à Berne

Une interprétation littéraire de la honte est donnée par Salman Rushdie, dans son livre "LA HONTE".


Représentez-vous la honte comme un liquide, disons comme une boisson sucrée sortant d'un automate. Vous appuyez sur le bon bouton, un gobelet tombe et recueille le flux de liquide souhaité.


Je voudrais aborder cette notion de "Dignité" humaine et la concrétiser sous un angle psychologique.


En revenant au livre de Salman Rushdie, l'auteur relate comment la honte des parents se déverse dans l'âme de l'enfant. Pour situer le cadre : une naissance, le père, patriarche militant, réagit avec colère à l'annonce de la naissance de son premier-né ; ce n'est qu'une fille ! Cela amena le bébé à rougir. Dès sa naissance, elle avait honte. La petite fille grandit, handicapée dans son esprit et devint finalement une meurtrière.


Dans cette scène, plusieurs aspects importants de la honte sont mentionnés :


- son développement commence très tôt ; en effet dès le premier contact avec les parents

- la signification se reflète dans le regard, dans les yeux

- la qualité du regard est déterminante, à savoir si l'on regarde l'enfant avec amour ou dédain

- la honte se rattache aussi aux valeurs et aux attentes des parents, voire de la société ; ici c'est le régime patriarcal et l'attente que l'enfant premier-né soit bien évidemment un garçon.

- la honte est souvent dirigée du haut vers le bas, des plus forts vers les plus faibles

- cette transmission de honte s'opère de manière transgénérationnelle ; elle peut se transmettre sur beaucoup de générations, sur des centaines d'années.

- à cette transmission de honte se rattache souvent toute une culture ; depuis l'éducation dès la plus petite enfance jusqu'à l'école, la formation adulte et militaire, les médias.


Jusqu'ici une description littéraire de la honte que je voudrais à présent compléter -le plus courtement possible- avec une information de base du point de vue psychologique, sociologique et de recherche de la pensée. Je me réfère avant tout à Léon Wurmser, Micha Hilgers, Michael Lewis, Donal Nathanson et Allan Schore.


Petit rappel : qu'est-ce que la honte ? La honte est universelle. Toute personne connaît la honte ; elle fait partie de l'être humain

- même si elle se manifeste différemment selon chaque individu

- et différemment en fonction du sexe, de l'appartenance culturelle.


La honte est un sentiment gênant, difficile à exprimer par des mots.

Elle se manifeste souvent par une réaction corporelle, lorsqu'on pique un fard.

Celui qui a honte se retire, se réfugie en lui-même, voudrait disparaître sous terre.

Le langage corporel montre que la personne qui a honte s'enroule sur elle-même. (cf. le hérisson).

La honte rend narcissique, la honte isole, elle sépare les gens, en tout cas aussi longtemps qu'elle est inconsciente.

La honte peut être de durée variable - elle peut être une affection passagère ou devenir un trait de caractère chronique.

Elle peut varier en intensité - d'une légère gêne jusqu'à la perte totale de confiance en soi et au sentiment dégradant de n'être qu'un bon à rien.

La honte peut se manifester dans chaque rencontre entre des humains. Voilà pourquoi, pour les personnes qui travaillent avec d'autres, il est important de reconnaître la honte, de la comprendre et de réagir de manière compétente.


Il est important ici de différencier la honte et l'humiliation.

La honte est une réaction propre de la personne honteuse, qu'il faut savoir reconnaître. Cette réaction est naturelle, par ex. lorsque quelqu'un a commis une injustice ou une erreur.

La tradition médiane européenne nous dit que la personne qui a honte devrait être reconnue honteuse, par ex. lorsqu'on la dénigre, la gronde ou l'emprisonne. De cette manière peut résulter facilement un danger de honte accrue.

Bien que la honte soit douloureuse, elle a des fonctions positives (on parle de honte saine). Elle protège notre dignité (gestuelle des mains).

Seule une honte accrue est contreproductive - on parle de honte pathologique (ex. fourmis-lion)

Exemples de honte saine et de honte pathologique 

2 élèves ratent leur baccalauréat....

En cas de honte accrue, je suis comme submergé de sentiments honteux; Ce n'est pas moi qui éprouve de la honte, mais la honte "me tient". Avoir commis une erreur sera vécu alors comme "je suis une erreur".

La honte pathologique signifie que la personne concernée glisse dans un état de peur existentielle, dans un désespoir profond, la panique.

Le souffrant, selon Léon Wurmser, se noie dans un sentiment de rejet total.

A ce stade d'autres systèmes neurologiques plus primitifs sont activés en lieu et place de la reconnaissance.

La honte est comme un choc, les fonctions supérieures du cerveau sont poussées au déraillement (selon Nathanson, chercheur).

Un raisonnement normal n'est plus possible à ce stade-là - la honte rend "idiot".


Cette expérience est connue de tous ceux qui se sont retrouvés un jour au tableau et ont fait l'objet de moqueries à cause d'une fausse réponse. Rien ne va plus. Même une formule physique qu'on avait en tête 5 minutes auparavant, ne peut nous revenir en mémoire.

Les fonctions supérieures du cerveau sont refoulées à un état rampant, à l'arrière-plan.

- le système nerveux est complètement dirigé vers la façon d'endiguer la source de peur.

Notre comportement en est réduit à des mécanismes de protection, inconscients : agresser, fuir, se cacher, disparaître sous terre.

De cette manière, le "moi" essaie de se protéger intensément de la peur existentielle.


Sympaticus - parasympathicus (actif - passif).


Ex : deux élèves subissent des moqueries.

Parce que la honte est si douloureuse, nous adoptons un autre comportement, moins insupportable à vivre, pour ne pas ressentir la honte.

Cela peut cependant devenir une autre expérience d'apprentissage lorsqu'il y a un travail sur la honte et que l'impulsion de son développement est prise en compte.

C'est ce que veut la honte, c'est sa fonction. Elle voudrait provoquer des changements de comportement

- parce que la honte est si douloureuse, elle nous pousse à réagir différemment, afin qu'à l'avenir nous ne puissions plus nous retrouver dans  une telle situation.


Mais cette possibilité d’apprendre est souvent bloquée :

  • Quand la honte est trop forte (traumatique)
  • Quand nous n’avons pas de repères permettant de reconnaître les facteurs de déclenchement cachés dans la honte
  • Quand nous n’avons pas une culture de rapports constructifs avec les sentiments de honte
  • Ou quand la honte est enfouie sous de nouvelles humiliations


Il y a alors un risque de voir certains comportements visant à se-débarrasser-de-la honte devenir un masque permanent, avec lequel on tente – aussi à titre prophylactique – de se protéger des sentiments de honte

  • p.ex. en ne faisant pas certaine choses


J’aimerais vous présenter brièvement quelques démarches usuelles visant à se protéger des sentiments de honte :


La projection : on projette sur d’autres les caractéristiques dont on a soi-même honte.

  • p.ex. des sentiments de « faiblesse », tels que la tristesse ou la peur. Projetés sur d’autres, cela donne : tu es un « faiblard ».


Honte et mépris : pour ne pas devoir ressentir soi-même de la honte, d’autres sont obligés d’avoir honte.

  • A cette fin, on leur fait honte, on les insulte, on les humilie, on les chicane, ils sont méprisés, traités comme s’ils n’existaient pas, considérés comme des objets, exclus ou détruits – en particulier ceux qui sont considérés comme faibles. 


L’incompréhension est une variante de ce procédé, p.ex. lorsque des apprenants ont de la peine à s’exprimer. S’observe souvent dans les universités allemandes. 

  • Le message est : dès lors que je m’exprime de manière incompréhensible, en utilisant beaucoup de mots rares et des phrases à tiroir, je me rends inattaquable. 

Les auditeurs par contre sont apeurés et amenés à se sentir idiots.


Négativisme, cynisme

On ne fait pas montre de sentiments de « faiblesse » tels qu’empathie, amour ou tristesse, car sinon on risquerait de se rendre vulnérable. Par contre, à l’externe, on se montre constamment négatif : « ce n’est pas nouveau, ça n’amène rien ».


L’arrogance est souvent une façade permettant de feindre l’assurance. 

  • Par un comportement agressif, on cherche à cacher la honte et le manque d’assurance. 


Par la rébellion, la colère et la violence, l’impuissance est transformée en pouvoir. De passif, on devient actif. On préfère être acteur que rien.

  • Si p.ex. on demande à des délinquants juvéniles pourquoi ils ont tué quelqu’un, il arrive fréquemment que la réponse soit du genre :
  • « Je voulais montrer aux copains que je ne suis pas un lâche »


Ces formes-là de défense contre la honte sont tournées vers l’extérieur, elles sont destructrices à l’égard des autres.

  • Elles sont traditionnellement caractéristiques des hommes jeunes et adultes.

D’autres formes de défense contre la honte sont autodestructrices, dirigées contre soi-même.

Elles sont traditionnellement plutôt typiques des femmes jeunes et adultes. Exemples :


Par l’adaptation, la discipline, en se faisant tout petit jusqu’à se renier soi-même, on essaie d’éviter de possibles humiliations. 

  • « Si personne ne me voit, on ne peut pas m’humilier »
  • « Si je ne peins pas, personne ne pourra se moquer de moi. C’est vrai que je ne suis pas créatif. »

Pour éviter de subit une humiliation, nous mettons notre lampe sous le boisseau. Combien de possibilités de développement sont ainsi perdues !


Mentir, relativiser, justifier …


L’ambition –à dose raisonnable – peut représenter une tentative constructive de se protéger contre la honte et l’humiliation. 

  • Par exemple à l’école : « Si je me donne de la peine et m’exerce encore plus, j’éviterai à l’avenir l’embarras d’une réponse fausse. »


Trop d’ambition par contre risque de tourner en perfectionnisme destructeur ou en absolutisation du principe de performance :

  • « Il n’y a que si je suis parfait que personne ne peut se moquer de moi. »
  • « Je ne suis aimé que si j’amène des résultats absolument brillants, si j’ai un corps idéal, des super-vêtements, des enfants parfaits, etc. » 


La rigidification émotionnelle s’installe quand une personne cherche à se sortir d’une situation émotionnelle dangereuse en se transformant intérieurement en bloc de glace. 

  • On ne montre aucun sentiment de faiblesse, tel qu’empathie ou amour, pour ne pas risquer d’être humilié. (« cool »)
  • On se cache derrière un masque rigide et ne se montre vers l’extérieur que de façon négative, critique ou cynique.

La rigidification émotionnelle peut à la longue prendre la forme d’un sentiment d’ennui pénétrant et chronique pouvant mener à la dépression et au suicide.

Si rouge est la couleur de la honte, on dit souvent : « plutôt mort que rouge »)

  • Nombre de suicides cachent une thématique de honte.


Dépendance Dans le Petit Prince, l’alcoolique dit : « Je bois parce que j’ai honte et j’ai honte parce que je bois. »


La liste des mécanismes de défense montre bien que la honte refoulée empoisonne les relations interpersonnelles. 

  • Lorsque – par ex. à l’école – une classe est régie par des humiliations, le mépris, la « coolness », la violence ou « se faire tout petit », l’apprentissage, la croissance, le développement sont bloqués. 

Il faudrait donc éviter qu’une classe soit contaminée par un trop-plein pathologique de honte.


Mais il ne s’agit pas de supprimer, de se débarrasser de la honte.


Nous ne pouvons pas éviter que nos agissements puissent éventuellement susciter des sentiments de honte chez les personnes avec lesquelles nous travaillons (patients, élèves, clients) –

  • p.ex. quand nous formulons des retours
  • même si nous le faisons de façon respectueuse, non-blessante.


Souvent, nous ne pouvons pas éviter non plus que par exemple des élèves arrivent à l’école remplis à ras-bord de sentiments de honte.

  • p.ex. parce qu’à la maison ou dans leur milieu, ils ont été l’objet  d’une dévalorisation ou d’une exclusion massive.


Il est donc d’autant plus indispensable que ma classe soit un lieu où on ne leur injecte pas une dose supplémentaire d’humiliation 

  • p.ex. du fait que le maître cherche (consciemment ou inconsciemment) à se débarrasser de son propre trop-plein de honte en le transférant  sur les élèves.

Voilà ce qu’il s’agit d’éviter : le trop-plein – évitable - de honte.


Ce que cela signifie en pratique deviendra sans doute plus clair quand nous considérons les 4 sources de la honte (sources qui peuvent en partie se recouvrir).


Premièrement : Des sentiments de honte peuvent persister lor3sque nous sommes mésestimés, humiliés ou méprisés. Quand nous sommes traités comme si nous étions transparents, harcelés, pointés du doigt.    … L’expression allemande  «couper quelqu’un » exprime bien combien tout cela peut être douloureux. 


Le dédain peut s’exprimer de manière personnelle, mais aussi par le biais des structures. Lorsque les structures sont ainsi faites qu’une personne ne reçoit pas la reconnaissance qui lui est due. 

  • Exemple : la femme de ménage


Les humiliations sont si douloureuses, parce qu’à cause d’elles, un besoin fondamental de l’être humain est ignoré et violé

  • Le besoin d’être vu, connu, reconnu, estimé, aimé.


Nous, les êtres humains, avons besoin de reconnaissance : le regard reconnaissant et encourageant qui nous est adressé.

Sans reconnaissance, nous dépérissons, comme une plante privée de la lumière du soleil.

  • C’est particulièrement important  pour le développement pendant la première phase de la petite enfance (expérience du visage figé)


Mais la reconnaissance est également importante à l’âge adulte.

Expérience psychologique : l’orateur…  le terme allemand : Ansehen  = regarder, mais aussi : la réputation …

Les personnes qui ont souffert d’un trop-peu de reconnaissance traumatisant risquent de développer  un désir immodéré de reconnaissance – à tout prix.

  • Elles peuvent alors être prêtes à tout  pour être vues, reconnues.


Bref, si nous voulons remplir une personne de honte, il suffit, tout simplement, de la priver de reconnaissance. La traiter comme si elle était de l’air. L’humilier, en faire la risée des autres.

  • Ce sont là de vieux instruments de domination. Rappelons-nous les piloris, avec lesquels des personnes ont été publiquement humiliées pendant des siècles en Allemagne.


Sous l’angle positif : offrir à une personne de la reconnaissance signifie lui épargner une honte superflue – et renforcer sa dignité. 



Nous en arrivons au deuxième aspect de la honte :


Face au besoin de reconnaissance, se développe un besoin de protection :

« Regarde-moi, mais ne regarde pas tout ».


Cet autre besoin fondamental – de protection de la vie privée, de l’intimité – se retrouve par exemple dans les enfants qui, à partir d’un certain âge, ne veulent plus se promener tout nus.

  • Lorsqu’ils veulent garder certaines pensées, certains sentiments pour eux.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quand on a négligé nos limites de protection.

  • P. ex. quand nous avons trop dévoilé de nous – de notre âme ou de notre corps.


Ou quand nos limites ont été bafouées. Quand un aspect intime, fragile de notre vie a été exposé au public.

  • C’est la honte des victimes
  • à l’extrême, p. ex. des victimes d’abus, de viols ou de tortures


Exemple simple : une élève écrit une lettre d’amour à un camarade. La lettre est découverte par un autre enfant qui la lit à haute voix.


Conséquence : ces deux jeunes vont apprendre où placer leurs limites physiques et psychiques ; ils vont prendre des mesures constructives pour se protéger. 

  • en fonction de la situation : qu’est-ce que je peux montrer ici et que je dois cacher dans cette autre situation ?


Cette capacité de régulation peut cependant être endommagée lorsque les limites d’une personne sont violées massivement ou d’une manière traumatisante.

  • Ce genre de violation se traduit souvent par d’importants sentiments de honte. Ces personnes n’arrivent p. ex. plus à réguler leurs limites…


Traditionnellement, les violations de frontières sont un moyen de domination ancestral.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – aller au-delà de ses limites de protection.


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui offrir un espace protégé.


Troisièmement :

Nous avons honte quand notre comportement s’est révélé à côté de la plaque et qu’on nous a regardés de travers ou qu’on s’est moqué de nous.

  • Quand nous avons adopté un comportement embarrassant.

Quand nous avons fat quelque chose qui est contraire aux attentes et aux normes de notre entourage et que nous avons été exclus ou que les autres se sont mis à nous éviter.


Besoin fondamental d’appartenance


La honte dont il s’agit ici se nourrit de la différence entre celui que je suis et celui que je devrais être – aux yeux des autres.


Les attentes des autres dépendent beaucoup de la culture où l’on se trouve. En Allemagne, p. ex., la faiblesse est traditionnellement considérée comme une honte.

  • C’est pourquoi beaucoup de gens ont honte de leur maladie. Ou de leur pauvreté, du chômage, de leur dépendance, de leur échec, de leurs erreurs, de leur manque de formation, de leur statut professionnel peu élevé, de leurs dettes. Il y a là un sentiment de culpabilité.
  • De leur âge, de leur handicap, de leur faiblesse physique ou de leur maladie psychique, comme p. ex. une dépression.

Cette honte peut être liée à des éléments physiques. Quand le corps semble ne pas correspondre à l’idéal de beauté, p. ex.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quant on n’a pas répondu aux attentes des autres et qu’on a été exclu.

  • Ou qu’on a l’impression de ne pas appartenir au groupe parce qu’on est « différent » ou « faible ».


Conséquence : nous apprenons – normalement – au fil de notre développement à nous comporter de manière à ne pas être embarrassé, à entrer dans le moule, à appartenir au groupe.


Les gens qui ont grandi en étant confrontés à des violations massives risquent cependant de développer un désir d’appartenance surdimensionné – à tout prix.

  • Ils n’arrivent pas suffisamment à développer leurs capacités à résister aux attentes et à dire :
  • « Non ! Je ne participerai pas à ça ! »

P. ex. quand ils sont dans un groupe ou dans une classe où c’est considéré comme « cool » de faire pression sur un camarade plus faible.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – marquer sa « différence », le traiter d’étranger, lui faire sentir qu’il n’appartient pas au groupe.

  • C’est d’ailleurs un instrument de pouvoir ancestral : pendant des siècles, les comportements déviants en Europe centrale ont été punis par une expulsion du pays.
  • P. ex. à Francfort au 17e siècle : 97 pour cent de toutes les peines infligées consistaient à expulser les condamnés du pays.


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui donner un sentiment d’appartenance.


Le quatrième aspect de la honte ne porte pas sur les attentes et les normes des autres, mais sur nos propres valeurs.

  • Sur nos attentes envers nous-mêmes.

Il s’agit là de notre besoin fondamental d’intégrité : rester fidèle à soi-même, respecter ses propres valeurs.


C’est le sentiment de honte qu’on ressent quand on a fait quelque chose qui bafoue les valeurs de notre propre conscience.

  • Quand on s’est rendu coupable. C’est la honte des auteurs.


C’est lui aussi qui survient quand nous sommes témoins d’une injustice :

  • p. ex. quand le chef ridiculise un collègue lors d’un entretien
  • et que je me tais parce que j’ai peur de perdre mon emploi.


Dans le roman « Les cerfs-volants de Kaboul », Khaled Hosseini décrit comment un jeune homme assiste au viol de son ami ;

  • par crainte, il ne vient pas à son secours.

L’amitié se brise ; sa honte face à sa propre attitude est tellement forte que pendant des années il n’arrive pas à l’intégrer d’une manière saine ;

  • elle empoisonne sa vie pendant des décennies.


Dans cette forme de honte aussi, un « trop-plein massif de honte peut avoir des conséquences destructrices.

Un exemple : depuis la fin de la guerre du Vietnam, le nombre de vétérans de guerre américains qui se sont suicidés est supérieur au nombre de soldats morts au combat.

  • On observe un phénomène similaire aujourd’hui avec les vétérans de la guerre en Irak.


En résumé : si on veut remplir quelqu’un de honte, il faut – tout simplement – l’obliger à agir contre sa conscience ;

  • l’obliger à violer sa propre intégrité.
  • Instrument de domination : p. ex. enfants soldats


Ou pour l’exprimer en des termes positifs : pour épargner une honte inutile à quelqu’un – et le soutenir dans sa dignité – il faut lui offrir un « espace » où il/elle peut demeurer intègre et ne doit pas se courber.


Pour conclure :

La honte est comme un sismographe très sensible, qui réagit quand nos besoins fondamentaux de reconnaissance, protection, appartenance ou intégrité ont été bafoués.


P. ex. mobile


Respecter la dignité d’une personne signifie donc – du point de vue de la psychologie de la honte : lui épargner une honte superflue, qui pourrait être évitée ;

  • autrement dit, lui offrir un « espace » où il/elle peut faire l’expérience de la reconnaissance, de la protection, de l’appartenance et de l’intégrité.


C’est là la contribution que nous pouvons apporter pour éviter l’apparition d’un trop plein pathologique de honte

  • qui aurait pour conséquence que la personne avec laquelle nous travaillons sombre dans l’abîme du désespoir et de la panique et brise la relation avec nous.

Ce n’est qu’après que ces personnes peuvent entamer un processus d’apprentissage, de développement, de croissance.

  • …que nous pouvons arriver à une confrontation


A partir de là, nous pouvons travailler avec ces personnes pour qu’elles prennent conscience des déclencheurs de leur honte.


Ce que nous devrions dire à nos enfants : « Tu es une merveille ! Tu es unique ! Tout au long des siècles qui ont précédé, il n’y a jamais eu deux enfants comme toi. Oui tu es une merveille ! » (Pablo Casals)




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