Étude

Assemblée Générale de l’UEEMF

les 31 mars et 1er avril 2012 à Alès

Étude

«L’Eglise face aux défis d’aujourd’hui»


BOUGE TON ÉGLISE

L’EGLISE FACE AUX DEFIS D’AUJOURD’HUI

Introduction

1. Qu’est-ce que la postmodernité

1.1 Définition de la modernité

1.2 Principales caractéristiques de la modernité

    1. L’Emancipation

    2. Le Rationalisme

    3. Le Pluralisme

    4. L’Optimisme

1.3 Définition de la postmodernité

1.4 Caractéristiques principales de la postmodernité

    1) Parti pris contre l’autorité par le relativisme

    2) Une disposition au pessimisme

    3) Un culte de la consommation

    4) Une priorité au pragmatisme

    5) Un regain d’intérêt pour le spirituel


2. L’influence de la postmodernité sur l’Église

2.1 Influence de la postmodernité sur le rapport à la Bible

    1) Effets négatifs et positifs

2.2 Influence de la postmodernité sur l’unité de l’Eglise

    1) Atomisation

    2) Fragmentation

    3) Compétition

2.3 Influence de la postmodernité sur la vie de l’Eglise

    1) Le culte

    2) La communion fraternelle

    3) La direction dans l’Eglise

    4) La discipline

2.4 Influence de la postmodernité sur les méthodes de l’Eglise

    1) Dépendance croissante de la technique

    2) Spiritualité de bar

Conclusion ouverte...



L’Eglise face aux défis d’aujourd’hui

Introduction

Depuis 2000 ans, les chrétiens s’interrogent et cherchent à savoir comment répondre au mieux à l’exhortation de Jésus : « être témoins là où nous sommes. ». Comme tous les chrétiens, notre Eglise méthodiste s’inscrit dans cette même démarche. Ces dernières années, une réflexion a été menée sur la stratégie de l’Eglise en Suisse. Au niveau mondial, le thème général pour l’EEM a été défini ou plus précisément rappelé :

« Amener des hommes et des femmes à devenir disciples du Christ pour transformer le monde. »

Voilà l’énoncé de notre mission. Vous en conviendrez, ce n’est à la fois rien de nouveau – cela fait 2000 ans que cet ordre a été donné – et pourtant, cet ordre de Jésus, reformulé au cours de l’histoire de l’Eglise reste quelque part révolutionnaire, pertinent, d’autant plus dans une société sécularisée, qui semble s’éloigner toujours davantage de Dieu...


Parmi nous, les anciens se souviennent, combien de « campagnes d’évangélisation » l’Eglise n’a-t-elle pas faites ? Du porte à porte au satellite, en passant par les conférences, les soirées ciné-débat, les coffee-bars, les concerts, les parcours alpha, les expos-Bibles, la radio, les journaux, etc. et j’en passe... Il n’y a pas une méthode, une technique qui serait le moyen qu’il faut utiliser et appliquer et alors les fruits seraient là... ça se saurait ! Tous ces moyens ont leur valeur et ont répondu ou répondent encore à une vision de la société, vision qu’a l’Eglise à un moment donné. Le risque est de s’enfermer dans une vision et de ne plus voir que le monde a changé. Une des tâches de l’Eglise est donc de voir toujours à nouveau où en est notre monde afin de pouvoir répondre à ses besoins en apportant la Bonne Nouvelle du salut en Jésus Christ pour aujourd’hui.


Il ne s’agit pas de dénaturer en quoi que ce soit le message de l’Evangile, mais peut-être prendre conscience que notre vision est parfois quelque peu figée, nos standards étaient bons il y a 50 ou 30 ans – et ils sont peut-être encore en partie bons pour nous, preuve en est que nous les aimons puisque nous en vivons ! – mais qu’ils ne correspondent plus forcément à la réalité du monde d’aujourd’hui.


On peut toujours s’interroger sur la réalité de notre société et en être déçu. Le jugement, voire la condamnation de notre société est assez facile. Mais qu’en ferions-nous ? Cela ne doit pas nous dispenser de réfléchir et d’agir pour annoncer clairement la Bonne Nouvelle, réfléchir et agir pour savoir comment annoncer cette Bonne Nouvelle. Prendre conscience et accepter que nos standards ou une partie de ces standards ne sont plus pertinents – ou de moins en moins – pour le monde d’aujourd’hui ! C’est pour ça qu’il faut oser prendre le problème dans l’autre sens. Nous n’arriverons peut-être pas à adapter la société au message de l’Evangile, mais nous pouvons réfléchir à l’adaptation de l’Evangile – sans en perdre le contenu – pour qu’il soit compréhensible aujourd’hui. Et ceci peut passer par repenser profondément notre compréhension de l’Eglise afin de pouvoir répondre à la question : « comment être témoin du Christ aujourd’hui ? »


Pour comprendre et savoir que changer dans l’Eglise, il convient de comprendre comment notre société fonctionne aujourd’hui. D’où venons-nous, vers quoi allons-nous ? Il s’agit de mettre tout cela en perspective... selon le principe de Jésus lui-même : savoir discerner les signes des temps (Mt 163). Et ce que nous vous proposons pour la fin de cet après-midi.


Vous avez certainement entendu parler de mots comme postmodernité, globalisation, mondialisation... Je vous propose un rapide survol de ces réalités. Que les sociologues et autres analystes de la société me pardonnent si ce survol entraîne forcément une certaine simplification...


1. Qu’est-ce que la postmodernité

Pour comprendre la postmodernité, d’abord un rappel de la modernité !

1.1 Définition de la modernité (de « modernus » : récent, actuel)

Mot employé couramment depuis le 18e s. pour qualifier un esprit nouveau, un esprit dont les origines remontent à la Renaissance et à la Réforme, et qui qualifie plus particulièrement la nouveauté que le siècle des Lumières a apporté.

La modernité est un mode de pensée en rupture avec l’ancienne façon de comprendre le monde et la société.


Caractéristiques principales de la modernité

Quatre termes ont été utilisés par les sociologues définissant les caractéristiques de la modernité.

1. L’Emancipation : la modernité est d’abord un rejet : celui de la religion (l’Eglise) et de la tradition classique comme autorités en matière de savoir.

2. Le Rationalisme : le parti pris de la modernité est de n’accepter comme autorité en matière de savoir que la raison et l’expérience. Ce qui est réel est perceptible par nos sens et explicable logiquement. C’est la Science qui devient la référence.

3. Le Pluralisme : il n’y a plus une seule manière de voir le monde ou de penser, de convictions et d’idées. C’est particulièrement la libération de l’obscurantisme de la religion.

4. L’Optimisme (ou plus justement : utopisme) : l’homme est fondamentalement bon. Ses efforts iront toujours dans le sens d’une amélioration de sa condition, les progrès sont inévitables, un avenir lumineux lui est promis.

Définition de la postmodernité

Le mot est apparu pour la première fois dans les années trente, mais devient vocabulaire courant dans les années quatre-vingts (en passant par l’art, l’architecture, la littérature).

En résumé, la postmodernité peut être définie comme le rejet des vérités et des certitudes proposées par la Modernité.

Caractéristiques principales de la postmodernité

Il en a été relevé 5 :

1. Parti pris contre l’autorité par le relativisme

2. Une disposition au pessimisme

3. Un culte de la consommation

4. Une priorité au pragmatisme

5. Un regain d’intérêt pour le spirituel


1. Parti pris contre l’autorité par le relativisme

A commencer par l’autorité de la raison et de la science. Il y a un appel à la défiance envers les grandes idées et les grandes théories politiques et psychologiques. L’homme doit enfin pouvoir penser par lui-même, il n’y a ni dieu ni vérité transcendante. Il doit se sentir libre de rejeter toute proposition qui n’émane pas de sa propre réflexion. Le leitmotiv est que « Personne n’a le droit de me dire ce qui est vrai et ce qui est faux, ce qui est bien et ce qui est mal. C’est moi seul qui aie le droit de décider ce qui est bon pour ma vie. »

Soit dit en passant, il est intéressant de noter que la Modernité rejetait la religion comme autorité et misait sur la Science et la Raison. Ici, dans une suite assez logique, rejet d’une référence commune et chacun devient sa propre référence.

Cette vaste remise en question de l’autorité en général a des conséquences perceptibles dans notre société :

1) La négation de tout savoir objectif. Nul ne peut être sûr de rien. Toute proposition quelle qu’elle soit peut toujours être contestée. Il n’y a plus aucune réalité transcendante ; seule existe une multitude de lectures subjectives de la réalité qui, à priori, se valent toutes.

2) Une apologie de la relativité. Que ce soit en matière de connaissance, d’esthétique ou d’éthique, le post-modernisme fait table rase de tous les absolus. Tout groupe, tout individu même, est entièrement libre de définir ou de redéfinir à son gré les valeurs dont il a besoin à un moment donné.

3) Un refus des normes. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas ! Tous les goûts sont dans la nature et rien ne nous autorise à déclarer les uns bons et les autres mauvais. Les catégories du vrai et du faux, du beau et du laid, du bien et du mal sont abolies. Les seuls jugements utiles ne peuvent qu’être pragmatiques ou utilitaires.

4) Une absolutisation du pluralisme. Pour le postmodernisme, tous les credo sont acceptables. Aucun n’est vrai ; mais aucun n’est faux non plus. C’est l’appel à la tolérance et à l’ouverture aux autres.

5) Un individualisme fort et un penchant pour la fragmentation. Les anciennes solidarités et bases de la société – famille, village, quartier, travail, celles qui permettaient à chacun de se sentir intégré – ont volé en éclats, sauf cas exceptionnels et limités dans le temps (solidarité à New York).

Ce que veulent les gens, c’est d’abord « vivre leur vie » ; et la vivre « à fond », en suivant la route de leur choix.

En conséquence de cette première caractéristique, perte de confiance, voire une réelle méfiance, et donc un refus d’engagement envers les institutions (couple, famille, syndicat, association, parti, Eglise etc.). Chacun ne s’intéresse plus qu’à lui-même et ne devient militant que lorsque son confort personnel est en jeu, au « coup par coup », quand ça m’arrange ou quand j’en ai le temps. Les grandes causes ont perdu leur attrait.


2. Une disposition au pessimisme

Les postmodernistes ne croient plus vraiment au progrès ni à la science. Vivons-nous mieux qu’hier ? La pauvreté a-t-elle été éradiquée ? Y a-t-il moins d’injustice ? Le progrès a-t-il tenu ses promesses ?

« Il n’est tout simplement plus vrai que nous allons chaque jour un peu mieux. Pour la première fois depuis de nombreuses années, les membres de la nouvelle génération ne partagent pas la conviction de leurs parents selon laquelle nous trouverons une solution aux problèmes énormes de la planète. »

La Shoah, Hiroshima, Tchernobyl, trois noms parmi tant d’autres, qui ont ébranlé et tué l’optimisme des modernes.


3. Un culte de la consommation

Ces dernières 30 années ont opéré un grand changement : l’accent qui portait jusque-là sur la production s’est déplacé et se porte aujourd’hui sur la consommation. D’où l’importance de la publicité, des médias… La consommation est devenue un but en soi.

Les conséquences se situent à plusieurs niveaux :

1) Evaluation économique des êtres : L’homme est devenu un consommateur. Sa valeur est donc en rapport direct avec son pouvoir d’achat. Les plus démunis ne représentent aucun intérêt commercial, donc on les ignore ; leurs besoins spécifiques ne sont pas pris en compte. Privés du respect des autres, ils ne se respectent bientôt plus eux-mêmes, et finissent par s’engager dans le chemin de la marginalité qu’on les presse de suivre ; c’est ainsi qu’on fabrique les « exclus ».

2) Transfert d’accent de la réalité à la représentation. C’est l’évangile selon MTV : « Vu à la télé, donc vrai. » Une célébration de la surface (ou de la superficialité) au détriment de la profondeur. L’homme post-moderne est un « zappeur » : son plat du jour est composé d’une multitude d’images éphémères, sans lien entre elles, apposées seulement sur une surface visuelle sans aucune structure et totalement dénuée de sens (image : un programme d’une soirée de télé… et l’homme se couche sans rien en faire). Ceci entraîne une modification de l’image de soi : liberté de modifier notre image comme bon nous semble : relookage, tatouage, piercing, habits, cheveux ; nous donnons à voir des images successives de nous-mêmes, sans s’apercevoir que nous y perdons notre notre personnalité.

3) Transfert d’accent des mots aux images. Régression progressive du texte au profit de l’image ; « avant, l’image était l’illustration d’un texte, maintenant, le texte est devenu l’explication des images. » (Jacques Ellul)

4) Transfert d’accent de la réflexion aux émotions : Par le biais des images : des images, sans passé ni futur, qui s’évaporent aussitôt qu’on les a vues, et qui se bousculent à un rythme tel que leur succession ne nous laisse pas le temps, à nous spectateurs, de prendre le moindre recul et de réfléchir (Ellul), l’essentiel étant : on a passé un bon moment, on a eu du plaisir, on a vibré.

5) Une exigence de globalisation : Partout, on va diffuser les idées, diffuser les valeurs, les produits, la même chose dans le plus de lieux possible d’où la télévision par satellite, la grande chance d’Internet !


Le revers de la médaille :

1) Un besoin de contrôle : La société postmoderne est instable, changeante, et à terme incontrôlable ; pour remédier : surveillance par vidéos – pardon, on a aussi inventé les euphémismes qui vont avec, on parle de vidéoprotection, cartes à puces ; le comportement de l’homme est observé, disséqué, analysé en permanence, pour l’anticiper et le conditionner de manière qu’il corresponde en tout point à ce qu’on attend de lui.

2) Une exaltation de la nouveauté : C’est le culte du « C’est nouveau, ça vient de sortir, vite, vite il faut l’acheter », le culte du neuf. Avec, pour le servir, une technologie au mieux de sa forme. Chaque jour d’autres produits, chaque jour éveiller d’autres désirs, y répondre, mais seulement en partie, en créant de nouveaux produits… et ainsi de suite.

Ce qui entraîne une perte de racines et le postmodernisme prive en grande partie l’homme de ses racines, ce qui le rend sans repères, instable, vulnérable...

3. Une priorité au pragmatisme

Hier, une chose, pour être acceptable, devait être « rationnelle ». Aujourd’hui, il suffit qu’elle « marche ». On ne sait pas très bien à quoi ça sert, mais si ça fonctionne, c’est bon !

4. Un regain d’intérêt pour le spirituel (en réaction avec ce qui précède : technique sans âme, société sans repères)

L’époque postmoderne est marquée par un retour vers le religieux. Un religieux « tout azimut », où chaque religion, chaque spiritualité à sa place, c’est le « supermarché de la religion » où chacun fait ses courses dans plusieurs rayons à la fois, toujours avec les mêmes critères : je prends ce que je veux, comme je veux, quand je veux. Je me fabrique ma religion. Ou dit avec des termes plus bibliques : je me taille l’image de Dieu que je veux.



Voilà donc quelques observations sur cette question de la postmodernité. Je rappelle que je n’ai pas fait le tour de tout ce qu’on peut dire à ce sujet... Mais je suppose que chacun peut voir déjà autour de lui dans sa vie quotidienne les changements de notre société... Et nous ne savons souvent pas comment répondre à ces changements... ou plus précisément, nous y répondons, mais ne savons pas si nous le faisons de la meilleure manière qui soit !


J’aimerais encore aborder dans une deuxième partie, plus courte, l’influence de la postmodernité sur l’Eglise. Comme souvent avec les changements dans la société, il existe de bonnes influences et il en existe d’autres... Et ceci nous amène alors sur les défis de l’Eglise aujourd’hui.


2. L’influence de la postmodernité sur l’Église


J’insiste : les aspects que je décris maintenant, peuvent sembler parfois être présentés négativement. Je ne veux pas entrer (pas encore) dans un ce jeu-là comme si on devait présenter un tableau des points positifs et négatifs de la postmodernité. Il ne s’agit pas de cela, mais de noter l’émergence de nouvelles pratiques, de nouvelles formes, de nouveaux accents qui en soi ne sont pas forcément mauvais ou bons, mais qui devraient simplement attirer notre attention sur ce que ça entraîne...


2.1 Influence de la postmodernité sur le rapport à la Bible

1) Les effets négatifs

    a Une certaine compromission avec le relativisme

On ne se réfère plus ouvertement aux grandes confessions fondatrices du dogme chrétien. Ce qui était hier une « vérité », n’est plus qu’un « article de foi », une « opinion personnelle », voire un simple « sentiment personnel ». « Toutes les religions se valent ». Pluralisme de l’interprétation biblique. On n’utilise plus certains termes comme péché, le seul chemin, etc.

    b Un renforcement du fondamentalisme (en réaction au relativisme et à la pluralité)

Seul compte le texte dans son sens littéral. Renforcement des prises de position. Vécu comme un repli ou un refuge. Et du coup, on devient dogmatique. Le dialogue devient très difficile...

2) L’effet positif 

Un certain recul par rapport au texte biblique : le postmodernisme soutient que, pour un texte donné, il existe autant de « lectures » possibles que d’interprètes. La compréhension d’un texte a à voir avec le « monde » du lecteur : ses présupposés, son passé, sa personnalité, ses dispositions intérieures. Cela vaut aussi pour la lecture et l’interprétation de la Bible. Et c’est honnête intellectuellement de rester prudent sur un sens absolu d’un texte.


2.2 Influence de la postmodernité sur l’unité de l’Église

1) Atomisation : nombre toujours croissant de petites chapelles, une multitude de dénominations, de sous- et sous-sous-dénominations, affaiblissant d’autant son témoignage.

2) Fragmentation : nombre croissant d’organismes spécialisés se voulant au service de l’église : maisons d’éditions, revues diverses, écoles confessionnelles, instituts bibliques, sociétés missionnaires, groupe d’évangélisation, de prière et de louange, radios, programmes et chaînes de télés, groupes spécialisés dans la relation d’aide, la création d’églises, le développement d’église. Pas négatif en soi, mais deux effets pervers : relative démission et déresponsabilisation des églises / et autonomie parfois inquiétante de ces institutions para-ecclésiastiques, sous une piété à toute épreuve...

3) Compétition : le monde évangélique est comparé à « une constellation de fiefs moyenâgeux – autant d’empires… en apparence amis, mais en réalité rivaux, qui se battent pour étendre leur territoire tout en proclament leur allégeance au même roi lointain. » Nous ne disons pas que notre Eglise est la meilleure, mais nous ne sommes pas loin d’y croire, sinon, pourquoi y sommes-nous ? Mais surtout ce qui nous embête un peu c’est que dans l’Eglise d’à-côté, ils réussissent mieux !


2.3 Influence de la postmodernité sur la vie de l’Eglise

1) le culte

    a Une préférence pour l’image : recourt de plus en plus fréquent aux images, plutôt qu’aux mots, pour communiquer l’Évangile. Glissement culturel : La Parole se transforme en image. « Les Églises se distinguent maintenant davantage par leur manière d’adorer que par ce qu’elles croient ; image, style attirent autant (sinon plus) que parole et contenu. »

    b Une priorité donnée à l’émotion. Publications chrétiennes : on y trouve plus d’ouvrages sur « comment se sentir mieux » que sur « comment mieux connaître Dieu ». Orientée sur les émotions (tonalité, reprise des refrains, écoles de louange, charismatisme)

    c L’expérience comme règle de foi. L’expérience devient un critère de jugement valable en matière de vérité. « Je l’ai vécu, donc, c’est vrai ». Conséquence : une relativisation sensible de l’autorité de la Bible.

    d Un enrichissement de la spiritualité. Ce n’est plus seulement le « savoir de la tête », mais aussi le « savoir du cœur ». Redécouverte de la dimension d’une spiritualité appelée à toucher non seulement l’intelligence et la volonté, mais aussi le corps, les sentiments, les émotions, l’imagination.

2) la communion fraternelle

a. Un déclin de l’engagement et de la fidélité personnels

b. Une dérive vers l’isolement : de plus en plus de personnes seules dans les églises

c. Un goût prononcé pour les petits groupes (en réaction aux rassemblements, parfois même du dimanche).

3) la direction dans l’église 

    a Négativement : soit le pasteur devient un patron qui doit gérer efficacement les intérêts de l’église, soit le ministère pastoral est déprécié.

    b Positivement : autorité partagée, délégation, travail d’équipe

4) la discipline

    a Milieux fondamentalistes : plus de rigueur, le moindre écart est lourdement sanctionné

    b Plus de tolérance (ouverture « respectueuse » on accepte tout et son contraire pour en arriver à permettre ce qui est interdit)

    c Plus de patience (à l’égard des croyants faibles et des incroyants errants)


2.4 Influence de la postmodernité sur les méthodes de l’Eglise

1) une dépendance croissante de la technique : la « McDonaldisation » de l’Église : les quatre lois de McDonald’s : efficacité, calculabilité, prévisibilité et contrôle. Il suffit d’applique les recettes (Wagner, Yong qi Cho..), et ça marche.

Les conséquences peuvent être de différents types :

    a  Une évaluation pragmatique de la vérité : on juge une affirmation théologique à ses résultats sur le marché.

    b  Un jugement d’après les résultats obtenus (méthodes et personnes). Une méthode qui marche est forcément bonne (mentalité américaine). Les serviteurs de Dieu sont jugés en fonction du nombre d’âmes qu’ils ont été capables d’amener à Jésus-Christ ; les pasteurs sont jugés selon deux critères : le « fric » et la « clique » qu’ils rassemblent.

    c. Une prolifération de spécialistes et de matériel technique : tel séminaire pour l’Eglise sur la prière ou sur un autre sujet, tel autre séminaire pour les pasteurs... Tel matériel technologique dans tel type de salle...

2) Une spiritualité de bar : ce qui donne un style « mélangez-secouez-goûtez » avec trois conséquences :

a. Une adaptation astucieuse du style : l’église ne se laisse-t-elle pas réduire à une simple entreprise commerciale conçue pour répondre moins aux besoins réels de ses fidèles qu’aux besoins ressentis de ses clients ? C’est un risque.

b. Un ajustement habile du message : « le style est soigneusement travaillé en fonction du goût des consommateurs, et le message est coupé et ajusté de manière qu’il s’accorde parfaitement avec les besoins ressentis de l’auditoire ; en sera donc exclu tout élément susceptible de provoquer le moindre malaise. »

c. Une certaine dépréciation de l’Église : l’église s’est transformée en une sorte de self-service où le croyant vient faire ses courses en fonctions de ses choix et de ses critères propres. Et s’il ne trouve pas ou plus ce qui correspond à ses besoins du moment, il changera de magasin.


Conclusion

Voilà quelques observations sur certains effets de la postmodernité sur l’Eglise.

Je me répète encore, il ne s’agit pas de noter si c’est bien ou mal. Il est à noter la réalité de notre société aujourd’hui et peut-être de se positionner en tant qu’Eglise, mais surtout de réfléchir comment témoigner aujourd’hui de sa foi aux personnes qui nous entourent.

Peut-être certains se sentent découragés face à de tels changements parce qu’on ne sait pas y répondre, avec le risque d’un repli identitaire, d’autres trouveront qu’il s’agit là pour l’Eglise d’un formidable défi à relever !

En effet, une question demeure et il est important d’y réfléchir régulièrement :

L’Eglise : pour qui ?

=> ... pour ceux qui s’y trouvent déjà ?

=> ... ou pour ceux qui ne s’y trouvent pas encore ?

Bien-sûr, on peut répondre rapidement et facilement pour les deux ! Mais alors pourquoi ceux de l’extérieur ne viennent pas ou si peu ? Je crois qu’il vaut la peine de s’interroger non pas tant sur l’idéal de l’Eglise, ce qu’on aimerait seulement idéalement, mais sur la réalité de ce qu’elle est aujourd’hui, ici et maintenant.


20 min de discussions en groupes (entre 5 et 10 pers, sans déplacement) avec 2 consignes :

1) rapide discussion pour réactions ou constatations semblables ou non dans le contexte de votre Eglise locale ; 2) qu’avez-vous fait ou que faites-vous pour répondre à la réalité de la société d’aujourd’hui.

        - 20 min d’un partage d’une idée par groupe (et non un résumé de la discussion). Le résultat sera (peut-être !) un melting pot intéressant d’idées, de réponses, de propositions, d’initiatives, d’actions, réalisées ou à réaliser et récupérer.


Petite bibliographie sommaire

- ANDERSON Perry, Les Origines de la postmodernité, Ed. Les Prairies ordinaires, 2010.

- BOFF Leonardo, ...Y la Iglesia se hizo pueblo, Ed; Sal Terrae, 1986.

- BONINO Jose Miguez, Un espacio para ser hombre, Ed. La Aurora, 1989.

- CHOMSKY Noam, Le profit avant l’homme, Ed Fayard (10/18), 2003 (1999).

- Collectif, Amenazas y desafíos dela la globalización, Ed. CEC et CLAI, 2011.

- Eglise Méthodiste Unie (EEM), Notre mandat théologique, in Règlement de l’Eglise EEM (p 50 à 58), Ed Conférence Centrale du Centre et du Sud de l’Europe, 2006 (2009 pour la version française)

- ELLUL Jacques, Le bluff technologique, Ed. Hachette, 1988.

- ___________, Déviances et déviants dans notre société intolérante, Ed. Erès, 1992.

- ___________, Ethique de la Liberté, Ed. Labor et Fides et Centurion, 1984.

- FATH Sébastien, Dieu XXL, Ed. Autrement, 2008.

- ____________ (Collextif), Laïcités, Ed. Excelsis et Edifac, 2002.

- KRUGER René (sous la drection de), Para que puedan resistir, Ed. ISEDET et FLM, 2004.

- ____________________________, Para que puedan vivir, Ed. ISEDET et FLM, 2006.

- KUEN Alfred, Les défis de la postmodernité, Ed. Emmaüs, 2006.

- LIPOVETSKY Gilles, L’ère du vide, Ed. Gallimard, 1983.

- ______________ (avec Sébastien Charles), Les temps hypermodernes, Ed. Grasset, 2004.

- PAYA Christophe, La mission de l’Eglise dans une société multiculturelle, article in « Théologie Evangélique » vol 8, n°3, 2009, FLTE.

- PIXLEY Jorge (sous la direction de), Por un mundo otro, Alternativas al mercado global, Ed. CLAI, 2003.

- RUNIA Klaas, Les défis de la modernité, Ed. Kerygma, 1993.

  • Plusieurs articles sur Internet sur le sujet...

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