Méditation Mc 12.41-44

Conférence Annuelle

14-17 juin 2012

         à Münsingen et Frutigen  (Suisse)

Marc 12,41-44 - 1R 19,1-8

Méditation

MATTHIAS BÜNGER

CA du 14 au 17 juin 2012

Méditation : Elie & la veuve à la générosité infinie


Elie déprimé dans le désert & La veuve à la générosité infinie... (Mc 12)

Voici une veuve qui sut donner au-delà du raisonnable. Du coeur, de tout son coeur. 

Tout l’indispensable qu’elle avait pour vivre et survivre. Des pièces de monnaie insignifiantes. Elle a plus donné que les riches avec les fortes sommes qu’ils ont offert en offrande: tout ce qu’elle avait, sans rien retenir pour elle. Elle donne sans calculer, sans se demander quels vêtements acheter... Elle donne sans contrainte, sans devoir avoir honte. Sans l’ombre d’une hésitation. Elle avait constaté que Dieu veillait sur elle. Elle avait fait l’expérience que Dieu s’occupe d’elle comme des oiseaux dans les cieux et des lys dans les champs. Il nous donne effectivement le pain quotidien. Elle n’a plus rien en réserve, mais elle sait pertinemment que Dieu ne l’oublierait pas.

Calculons-nous comme les riches qui veillent à ne manquer de rien ou faisons-nous confiance en Dieu comme les lys dans les champs ou les oiseaux dans les cieux ? Faisons-nous confiance en Dieu avec la certitude que Dieu pourvoira à nos besoins ?

Elle va de l’avant en femme libre de toute inquiétude, confiante en Dieu comme en sa providence. Elle est libre de donner tous ses revenus, toute sa vie.

Dieu ne laisse pas sans ressources son homme Elie, Il est libre, pour aider Elie à sortir de son désert et le ramener dans le champ des vivants. Cette pauvre veuve est libre d’agir en dehors de tout codex, loi ou tradition, dans la générosité de l’amour. Cette femme a plus donné que tous les autres.... Dieu donne ce qu’il a de plus cher, son Fils Jésus-Christ, pour nous...

Cette histoire est un défi à agir avec courage. Cette femme a agi sans réserves, elle a fait l’expérience que l’amour ne déçoit pas. Aussi a-t-elle pu agir sans prévention ni prétention. Et nous ?


LA PRÉDICATION


Chère communauté,

Il est normal que le thème de la CA « Agir avec courage » soit repris au cours des temps spirituels, et ce matin, tout particulièrement au cours de cette méditation.

Au pied levé, je remplace Hostettler Andreas qui est en congé de maladie et ne peut donc pas être ici.

Par conséquent, les réflexions qui suivent n’ont pas été rédigées en fonction de la Conférence Annuelle. Elles trouvent leur origine dans mon sermon de dimanche dernier.

Quand est-ce que pour la dernière fois les autres ont-ils eu un haussement d’épaule au regard de ce que vous avez pu faire ou entreprendre ? Vous êtes passé outre et vous vous êtes dit : je suis donc libre ! À quand remonte la dernière fois ?


Dans la première lecture, il était question d’Élie et de son expérience avec Dieu dans le désert. On peut dire de Dieu qu’Il était vraiment libre !

Je vous rapporte une autre histoire en rapport avec cet épisode. Voici une pauvre veuve dont on peut dire précisément : Cette femme est libre !


Mc 12,41-44

Le don offert par une veuve pauvre


« 41Puis Jésus s’assit en face des troncs à offrandes du temple, et il regardait comment les gens y déposaient de l’argent. De nombreux riches donnaient beaucoup d’argent. 42Une veuve pauvre arriva et mit deux petites pièces de cuivre, d’une valeur de quelques centimes. 43Alors Jésus appela ses disciples et leur dit : « Je vous le déclare, c’est la vérité : cette veuve pauvre a mis dans le tronc plus que tous les autres. 44Car tous les autres ont donné de l’argent dont ils n’avaient pas besoin ; mais elle, dans sa pauvreté, a offert tout ce qu’elle possédait, tout ce dont elle avait besoin pour vivre. »

Jésus a observé la manière dont les gens jetaient leur offrande dans les corbeilles du temple à Jérusalem. Pour ce faire, il ne faisait pas preuve d’une grande curiosité. Parce qu’en ce temps-là vous n’aviez pas à lancer à la volée quelques pièces de monnaie dans le panier réservé à l’offrande, comme on le fait aujourd’hui. Mais on donnait l’argent à un prêtre qui vérifiait et contrôlait l’opération. Probablement même qu’on annonçait alors le montant du don. Les dons à cette époque étaient une affaire publique. Quand on se tenait à proximité des paniers d’offrande, on pouvait donc savoir qui donnait quoi et combien. Jésus n’a pas eu d’effort particulier à faire.


Et Jésus a vu de nombreux riches venir mettre beaucoup d’argent dans la boîte. L’argent était destiné assurément au temple — il y avait toujours quelque chose à construire et à rénover — ou au prêtre et au fonctionnement du temple. Peut-être pour aider les pauvres. En tout cas, c’était un don fait à Dieu. Et les riches donnaient beaucoup à Dieu.

Jésus a aussi vu venir une pauvre veuve. Et il l’a vue mettre deux des plus petites pièces de monnaie dans la boîte. Une contribution très modeste destinée à Dieu.


À côté de tout l’argent des riches, les petites pièces de monnaie de la pauvre veuve étaient données négligeables, ou presque. Pour l’entretien du Temple, sa petite contribution ne jouait pratiquement aucun rôle. Et les riches, quand ils ont vu son geste, ont esquissé un léger sourire, avec une pointe de condescendance.

Jésus lui aussi a remarqué la grande différence entre ce que les riches donnaient, et ce que donnait la pauvre veuve. Et il attire l’attention de ses disciples sur ce qu’il vient de voir. Cependant — il chamboule les idées reçues.

La pauvre veuve a donné le plus, dit-il. Les deux petites pièces de monnaie qu’elle a données, représentent beaucoup plus que l’argent des riches. Et Jésus a dit : Les riches ont donné beaucoup d’argent de leur superflu. Et donc, de l’argent dont ils n’avaient pas besoin. En revanche, la femme, elle, a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. Elle a donné tout ce qu’elle avait, et n’a rien gardé pour elle-même.


Jésus pense-t-il que nous devrions tout donner, non seulement ce que nous avons en trop ? L’exemple de la pauvre veuve n’est pas cité pour être reproduit tel quel. Jésus ne dit pas : « Allez et faites comme elle ».

La femme donne sans mesure. Sans réfléchir à ce qu’elle doit manger, aux vêtements qu’elle doit porter, à la manière dont elle doit payer le loyer de sa maison, de son appartement ou de sa chambre. Et je m’imagine : elle donne, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Non pas parce qu’elle y était contrainte ou forcée. Non pas par convenance sociale ni parce qu’elle aurait honte de ne rien jeter dans le panier. Tout naturellement, elle donne tout ce qu’elle avait. Sans hésiter un instant.

Je suppose qu’elle avait remarqué dans sa vie que Dieu se souciait d’elle. Elle fait une totale confiance en Dieu. Sinon je ne peux pas, on ne peut pas bien expliquer son geste. Au cours de sa vie, elle a fait l’expérience que les paroles de Jésus sur les oiseaux du ciel et les lys des champs étaient exactes.

Regardez les oiseaux : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent pas de récoltes dans des greniers, mais votre Père qui est au ciel les nourrit !

De la même manière prendra-t-il soin des gens qui valent beaucoup plus que les oiseaux.

Observez comment poussent les fleurs des champs : elles ne travaillent pas, elles ne se font pas de vêtements. 29Pourtant, je vous le dis, même Salomon, avec toute sa richesse, n’a pas eu de vêtements aussi beaux qu’une seule de ces fleurs. 30Dieu habille ainsi l’herbe des champs,…. Alors ne vous habillera-t-il pas à bien plus forte raison vous-mêmes ?


Ou comme il est dit plus tard dans le Sermon sur la Montagne dans l’Évangile de Matthieu :… Donne-nous notre pain quotidien.…

La femme n’a rien en trop. Mais elle donne tout ce qu’elle avait. Elle connaît notre Père dans les cieux. Et elle lui fait confiance. Elle sait qu’il ne l’oubliera pas. S’il se soucie des oiseaux et des lys, alors certainement se souciera-t-il d’elle.


Et qu’en est-il de nous aujourd’hui ? Cherchons-nous à savoir comme les riches si nous en avons assez pour nous et s’il nous reste du superflu dont nous pouvons faire don ? Ou faisons-nous confiance en Dieu, notre Père céleste ? Confiance qu’il prendra soin de nous comme il se soucie des oiseaux du ciel et des lys des champs ?


Et est-ce vraiment aussi simple que cela, est-il si facile de faire ce genre de calcul ? Ne pourrions-nous pas calculer comme cette pauvre veuve et laisser Dieu assurer nos moyens de subsistance ? Comme Église, ne devrions-nous pas tenir le même raisonnement que cette femme ? Ou tout simplement ne pas tenir ce genre de raisonnement, mais espérer plutôt que notre Père céleste s’occupe de nous ?

Je pense que cette pauvre veuve nous montre quelque chose d’important. Elle voit au-delà d’elle-même, au-delà de son environnement et de son bien-être. Elle est vraiment libre !

Il n’est pas question d’abord de montant, mais de l’attitude sous-jacente. Elle est donc libre de tout donner. Elle donne son gagne-pain, autant dire qu’elle donne tout ce qu’elle avait pour vivre. La pauvre veuve donne donc tout ce qu’elle avait, sa vie en intégralité ! Elle est vraiment libre ! Elle ose et en franchissant cette étape, elle se dépasse !


Cet épisode rappelle la manière dont Dieu avait agi avec Élie dans le désert. Dieu ne laisse pas Élie mourir de faim, il ne le laisse pas seul dans son désert. Dieu se montre là bien plus que celui dont on peut dire : Il est vraiment libre ! Il donne tout à Élie. Il est donc libre, et aide Élie à sortir de son désert intérieur et extérieur. Dans cette rencontre avec Dieu, Élie renoue avec la vie. Dieu est vraiment libre !

Est-ce Dieu ici, est-ce là la pauvre veuve dans cette petite histoire de l’Évangile de Marc, qui se dépasse ? Elle est si libre ! Mais ce n’est pas aussi simple, son comportement ne résulte pas d’une morale ou d’une éthique, il ne résulte pas d’un code qui lui prescrirait : Tu as tout à donner ! Ce sont ses expériences avec Dieu, son Dieu, qui l’ont conduite à tout donner à Dieu, son gagne-pain tout entier, et ainsi à donner sa vie à Dieu. En vérité, je vous le dis, cette femme a donné plus que quiconque !, déclare Jésus, c’est ainsi qu’il juge son comportement.


Et maintenant, Jésus se tourne pour partir. Il entre dans la ville. Il poursuit son chemin vers la souffrance et la mort. Il se concentre sur l’essentiel avant d’emprunter son chemin de souffrance. Dieu ne donne pas seulement de la nourriture et des boissons pour 40 jours dans le désert, mais il donne bien plus. Il donne tout, son Fils bien-aimé. En Jésus-Christ, il se donne lui-même à nous !

Le thème de la CA « agir avec courage ». Cette histoire nous invite à « agir avec courage ».

La femme se confie en l’amour de Dieu, en ses soins et en sa proximité. Et sa confiance ne sera pas déçue : cette femme en fera l’expérience. Ainsi peut-elle tout mettre dans la « corbeille d’offrande », sans compter. Voilà pourquoi elle peut agir avec courage !

Elle est si libre ! Dans toutes les questions de la vie ! Et toi ?

AMEN

                              

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