Samedi - vie de disciple - évêque Walter Klaiber


Conférence Annuelle 16-19 juin 2011 à OBERWINTERTHUR / ZURICH

Walter Klaiber, évêque à la retraite

Etude biblique

La vie de disciple


La question que je traite concerne les raisons pour lesquelles Jésus a appelés les disciples à le suivre et les modalités pratiques de ce discipulat. Pour nous demander ensuite comment nous devons à notre tour appeler les autres à devenir les disciples de Jésus-Christ.

Nous écouterons préalablement les Evangiles.
Comme première action de la part de Jésus, il y a eu la vocation des premiers disciples.

Ils laissèrent leurs bateaux et le suivirent. C’est là que Jésus les appelle.

Appeler les hommes à devenir des pécheurs d’hommes prend un accent particulier.

Il les appelle à poursuivre l’œuvre de Jésus. Ils entreront de plein pied dans la mission avec lui avec pour objectif de transmettre son message. Ils partageront la vie et le travail avec Lui comme avec d’autres disciples.

Lc 5 Pierre est pétrifié devant la puissance de Jésus et un sentiment d’indignité le saisit ; Jésus lui accorde le pardon et la mission, la conversion et la vocation tout à la fois. L’appel à suivre le Christ est le modèle d’une acceptation inconditionnelle.

Ce qui était caractéristique, c’était que Jésus appelait des pécheurs : il accueille des gens de mauvaise vie ; cette communion avec Jésus retrouvée est le signe d’une relation rétablie avec le Père en parole et en acte.

Au jeune homme, il enjoint de vendre ses biens, c’est le pas qui lui permet d’apprendre à faire confiance en Dieu. C’est un appel à l’amour, qui lui fait cruellement défaut.

Les candidatures sont semées d’embûches.

La première qualité d’un disciple, c’est d’aller de l’avant malgré les difficultés, ce n’est pas une aventures dénuée de risques. C’est aller de l’avant sans se laisser rebuter par les difficultés. C’est aussi être prêt à partir partager avec les siens ce que Dieu a fait dans sa vie. Des femmes ont renoncé à leurs richesses pour cheminer avec Jésus. Ce sont les seules qui n’ont pas abandonné Jésus à l’heure critique de la croix.

Un disciple amène les autres à Jésus : nous avons trouvé le Messie et «ils le conduisirent à Jésus». «Tu es le Fils de Dieu, du Dieu vivant».

La priorité consiste à se laisser réorienter constamment sur Lui.

Le document complet


Comment et pourquoi Jésus a-t-il appelé des personnes à le suivre?

Exposé présenté lors de la session de la Conférence annuelle Suisse-France 2011

Winterthur, samedi 18 juin 2011

Walter Klaiber, évêque à la retraite

La question qui m’a été donnée pour thème est claire et sans équivoque : Comment et pourquoi – il devrait donc être facile d’y répondre. Dans les Evangiles, on trouve en effet plusieurs récits décrivant la manière dont Jésus a appelé des personnes à le suivre. Quant à savoir si nous pourrons en tirer des instructions sur la manière dont nous pouvons appeler des personnes à suivre le Christ, c’est une autre question. C’est pourquoi j’aimerais prendre le temps qui m’est imparti pour laisser les textes de l’Evangile nous parler et voir ce qu’ils disent sur notre problématique.

1. L’appel irrésistible de Jésus – appel des premiers disciples

La première action de Jésus dont nous parlent Marc et Matthieu est celle de l’appel des premiers disciples (Mc 1,1-20 Mt 4,18-22).

Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer: c’étaient des pêcheurs. Jésus leur dit: « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent.

Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d’arranger leurs filets. Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

Jésus rassemble des gens derrière lui en leur disant simplement: Allez hop, suivez-moi! Il ne dit pas pourquoi ils doivent le suivre, mais dans quel but : Je vous ferai pêcheur d’hommes. Cette formulation est quand même particulière ! D’autant que pêcher des hommes a une connotation négative. Qui pourrait donc avoir envie d’être capturé ! Seul le contexte peut expliquer les paroles de Jésus. Pour ces gens qui ont passé leur vie à pêcher des poissons pour gagner leur vie, il s’agit désormais de consacrer leur vie à gagner des personnes pour le Royaume de Dieu.

L’acte consistant à suivre Jésus s’apparente au comportement des étudiants des rabbins. C’est là raison pour laquelle on a appelé les personnes qui suivaient Jésus les disciples, un ancien mot pour ‘apprenti’, ‘étudiant’. Mais il y a là une différence essentielle. Un rabbin ne lance pas d’appel à ses étudiants. Ils le suivent de leur propre chef. Ils ne sont pas non plus appelés à une tâche, mais suivent un enseignement. L’appel de Jésus ressemble davantage à l’appel d’Elisée par Elie dans 1 Rois 19, 19-21. Il est le fondement d’un envoi à poursuivre l’œuvre de Jésus.

Ce qui est également important, c’est que ce récit vient juste après le résumé du sermon de Jésus, dans Mt 1,15 qui dit : Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle. L’appel des disciples montre donc de manière exemplaire comment la bonne nouvelle de l’approche du Royaume de Dieu peut conduire des personnes à renoncer à leur vie d’avant et à se confier à la Parole de Dieu et de Jésus.

Jésus ne semble cependant pas appeler les gens au hasard, mais choisit de manière très particulière ceux qu’il veut intégrer à sa mission. Il est ainsi dit des douze que Jésus les a appelés pour les avoir avec lui et les envoyer prêcher (Mc 3,14). La communion avec Jésus débouche sur la mission consistant à transmettre le message de Jésus et l’action de Jésus. Pour ce faire, Jésus n’appelle pas uniquement quelques individus, mais tout un groupe de gens. Suivre Jésus signifie donc également être en communion de vie, d’apprentissage et de travail avec Jésus, mais aussi avec d’autres disciples.

Luc décrit l’appel des premiers disciples un peu différemment. Après l’histoire de la pêche miraculeuse, il est écrit:

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A cette vue, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus en disant: « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un coupable. C’est que l’effroi l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui devant la quantité de poissons qu’ils avaient pris; ... Jésus dit à Simon: « Sois sans crainte, désormais ce sont des hommes que tu auras à capturer. » Ramenant alors les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent. (Lc 5,8 et s.)

Au plan historique – c'est-à-dire dans la perspective de la question de savoir comment tout cela s’est passé exactement – les deux récits sont difficiles à harmoniser, même si on s’est régulièrement efforcé de le faire. Mais au plan factuel, ils se complètent. Le récit de Luc montre la profondeur de l’appel de Jésus dans l’existence humaine. C’est l’expérience de la présence de Dieu et de l’aide merveilleuse qu’elle signifie pour lui qui secoue Pierre au plus profond de lui. Il sent que sa vie ne peut pas demeurer devant Dieu. La réponse de Jésus, cependant, consiste à l’appeler dans sa communauté et à lui confier une tâche qui remplira sa vie d’une toute autre manière. Lui, qui a été saisi par le miracle des bienfaits de Dieu, doit devenir pêcheur d’hommes, faire en sorte qu’ils orientent leur vie vers la communion salvatrice avec Dieu. Pardon et envoi, acceptation par Dieu et appel à suivre Jésus, don et acceptation de la grâce constituent en réalité un processus.

De même, la rencontre avec le Christ ressuscité a-t-elle été pour Paul à la fois une conversion et un appel.

2. L’appel à suivre le Christ – modèle d’une acceptation inconditionnelle

Mc 2,13-17 raconte aussi comment un homme a été appelé en chemin par Jésus:

Jésus s’en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait. En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau des taxes. Il lui dit: « Suis-moi. » Il se leva et le suivit.

Le voici à table dans sa maison, et beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux et ils le suivaient. Et des scribes pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts, disaient à ses disciples: « Quoi? Il mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs? » Jésus, qui avait entendu, leur dit: « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs.

Si l’appel d’un collecteur d’impôts à quitter sa caisse pour suivre Jésus correspond à ce que nous avons entendu dans Mc 1, 16-20 sur l’appel de Jésus à le suivre, il est également écrit que de nombreux collecteurs d’impôts et pécheurs avaient pris place avec Jésus et le suivaient. Jésus explique cela par le fait qu’il est venu pour appeler les pécheurs. Dans quel but les appelle-t-il et comment le suivent-ils ? Luc précise cet élément dans la version de son récit. Jésus dit qu’il est venu pour amener les pécheurs à la repentance (Lc 5,32). Le fait que Jésus le fasse en partageant un bon repas avec eux est considéré comme un scandale ! La rupture avec la vie d’avant ne se voit pas tout de suite. D’où le reproche des pharisiens: « Cet homme accueille des gens de mauvaise vie et mange avec eux » (Lc 15,2). Jésus s’adresse aux personnes qu’il rencontre de différentes manières. Il y a ceux auxquels il montre par sa simple présence que loin de les avoir abandonnés, Dieu les inclut dans son règne salvateur. Et il y a ceux qu’il appelle à le suivre. Ils incarnent le modèle de ce que signifie entendre l’appel de Dieu et se soumettre à son règne. Leur vie et leur communion avec Jésus est l’un des signes du Royaume de Dieu à venir. Leur cheminement n’est pas une condition qu’ils doivent remplir pour pouvoir faire l’expérience du salut de Dieu. C’est parce qu’ils ont été saisis par la proximité de Dieu en la personne et dans l’appel de Jésus qu’ils deviennent les messagers du salut, qu’ils transmettent en paroles et en actes.

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Dans certains cas, l’appel à suivre Jésus peut aussi être une manière de tester à quel point le désir de se donner à Dieu est sérieux, comme le montre Mc 10,20 et s. En voilà un qui cherche le chemin de la vie éternelle et qui, lorsque Jésus lui recommande de suivre les commandements peut dire : Maître, j’ai suivi tous les commandements dès ma jeunesse. Et il est dit de lui:

Jésus le regarda, et se prit à l’aimer; il lui dit: « Une seule chose te manque; va, ce que tu as, vends-le, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens, suis-moi. ».

Jésus n’ajoute pas là une condition supplémentaire. Distribuer ses biens aux pauvres et suivre Jésus n’est pas la bonne œuvre qui manque encore à cet homme, mais le pas à franchir pour qu’il confie vraiment sa vie à Dieu. L’appel à suivre Jésus est un appel lancé par amour. A travers lui, Jésus appelle à croire, à mettre toute sa confiance en Dieu. C’est cela qui manque à cet homme.

Ceux qui suivent cet appel ne forment pas une catégorie particulière d’ « hommes parfaits », comme on l’a pensé sur la base de Mt 19,21 (Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel. Puis viens, et suis-moi). Par leur obéissance, ils représentent le sérieux de la foi qui s’applique en principe à tous les chrétiens.

3. Les candidatures sont semées d’embûches

Jésus appelle à le suivre. Présenter soi-même sa candidature ou négocier les conditions dans lesquelles on aimerait entrer à sa suite est plutôt difficile. Les événements décrits dans Lc 9,57-62 sont parlants à cet égard:

Comme ils étaient en route, quelqu’un dit à Jésus en chemin: « Je te suivrai partout où tu iras. » Jésus lui dit: « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids; le Fils de l’homme, lui, n’a pas où poser la tête. »

Il dit à un autre: « Suis-moi. » Celui-ci répondit: « Permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Mais Jésus lui dit: « Laisse les morts enterrer leurs morts, mais toi, va annoncer le Règne de Dieu. »

Le caractère radical de ces paroles est plus décourageant qu’accueillant. Il n’est pas écrit ici : ‘Viens à Jésus et tous tes problèmes seront réglés’. Suivre le Christ n’est pas synonyme de bien- être ou de détente. Ceux qui suivent Jésus doivent savoir qu’ils risquent de se retrouver apatrides et d’entrer en conflit avec les règles de la piété. Ils ont pour tâche de ne plus regarder que vers l’avant, vers le chemin qu’ils empruntent avec Jésus.

D’autres exemples montrent que suivre le Christ peut aussi se passer très différemment. On le voit tout particulièrement dans la fin du récit du possédé libéré, qui demande à Jésus en prenant congé de lui (Mc 5,18-20), la permission de rester avec lui.

Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit: « Va dans ta maison auprès des tiens et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. ». L’homme s’en alla et se mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui.

Pendant son temps sur la terre, déjà, Jésus indique une nouvelle manière de le suivre qui ne consiste plus à tout quitter pour lui emboîter le pas, mais à transmettre à son entourage ce que Dieu a fait dans notre vie personnelle.

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Mais il y a également des gens qui suivent Jésus sans qu’il soit question d’un appel. On trouve ainsi une brève remarque, rarement prise en compte, mais importante dans notre contexte, dans Mc 15,40 et s.:

Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, et parmi elles Marie de Magdala, Marie, la mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé, qui le suivaient et le servaient quand il était en Galilée et plusieurs autres qui étaient montées avec lui à Jérusalem.

Ces femmes aussi ont entendu l’appel de Jésus et se sont jointes à lui. Il y a donc également des manières moins spectaculaires et moins remarquées de suivre le Christ. Il est d’autant plus frappant de constater que ces femmes sont les seules qui n’ont pas abandonné Jésus!

4. Amener des hommes et des femmes à Jésus

Seul Jésus peut appeler à le suivre. Mais le chemin qui mène à sa suite peut être préparé par le témoignage d’êtres humains. C’est ce que montre l’Evangile de Jean qui présente déjà sa version de l’histoire de l’appel dans une perspective post-pascale de la situation (Jean 1,35-51). Jean Baptise envoie deux de ses disciples à Jésus en leur disant :

« Voici l’agneau de Dieu. » Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. ... André, le frère de Simon Pierre, était l’un de ces deux qui avaient écouté Jean et suivi Jésus. Il va trouver, avant tout autre, son propre frère Simon: « Nous avons trouvé le Messie! » Il l’amena à Jésus. Fixant son regard sur lui, Jésus dit: « Tu es Simon, le fils de Jean; tu seras appelé Céphas. » ...

Le lendemain, Jésus résolut de gagner la Galilée. Il trouve Philippe et lui dit: « Suis-moi. » ... Philippe va trouver Nathanaël et lui dit: « Celui de qui il est écrit dans la Loi de Moïse et dans les prophètes, nous l’avons trouvé: c’est Jésus, le fils de Joseph, de Nazareth. » - « De Nazareth, lui dit Nathanaël, peut-il sortir quelque chose de bon? » Philippe lui dit: « Viens et vois. » ... Nathanaël reprit: « Rabbi, tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. » ... Jésus lui répondit: « ... vous verrez le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme.

Chercher et être trouvé, tel pourrait être le titre de cette histoire. Ce qui est impressionnant, c’est que les différentes réponses à la question de savoir qui est Jésus renferment le secret de la présence de Dieu en lui et ne peuvent pourtant la décrire que de manière temporaire. L’élément déterminant demeure la rencontre personnelle. On ne peut pas convaincre quelqu’un de suivre Jésus par des arguments. Quiconque amène quelqu’un à Jésus ne peut que lui dire : « Viens et vois ! »

5. Le prix et le salaire de qui le suit

Dans plusieurs des affirmations de Jésus reprises dans les Evangiles, il apparaît clairement que suivre le Christ n’est pas seulement un modèle de cheminement que certains sont appeler à suivre de manière particulière, mais un concept de vie déterminant applicable à tous. Suite à la confession que fait Pierre après l’annonce des souffrances que va endurer le Christ et à leur refus par Pierre, il est écrit dans Mc 8,34 et s.:

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Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit: « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Evangile, la sauvera. »

Cela ne s’applique pas uniquement à ceux que Jésus à appeler à le suivre de son vivant. Suivre le Christ signifie ici mener notre vie en tant que disciples de Jésus dans l’église post-pascale. Pour suivre le Christ d’une manière authentique et cohérente, il faut répondre aux trois conditions suivantes:

(1) Se renier. Cela ne signifie pas renoncer à soi-même ou détruire son Moi, mais regarder au-delà de soi, prendre du recul par rapport à soi-même et se détacher de ses propres préoccupations.

(2) Prendre sa croix. A l’époque, cela avait une signification concrète. Celui qui était condamné à la mort sur la croix devait porter la lourde poutre transversale sur laquelle il allait être cloué jusqu’au lieu de son exécution. Être prêt à prendre sa croix implique donc aussi d’être disposé à accepter la mort comme une conséquence de son choix de suivre Jésus. Comme le montre Lc 9,23 où le terme « chaque jour » est ajouté, on a cependant aussi compris ce terme au sens figuré. Il s’agit d’être prêt à supporter les inconvénients, les résistances et les difficultés qui découlent de notre décision de suivre Jésus jusqu’au bout.

(3) Suivre Jésus. Alors que dans l’introduction, suivre Jésus, signifie en gros être disciple, il s’agit ici pratiquement de mener sa vie dans les « traces » de Jésus (1Pierre 2,21 : Et c’est à cela que vous avez été appelés parce que Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces). Suivre Jésus comme il a vécu est encore possible aujourd’hui pour ceux qui entendent l’appel de sa résurrection. Il a ouvert la voie pour une vie avec et pour d’autres. Nous n’avons donc plus à le faire. Notre rôle est de suivre ses traces. « Que ferait

Jésus ? » demandent certains de nos jeunes, et ils portent un bracelet sur lequel sont inscrites les lettres WWJD (What Would Jesus Do?), pour avoir cette question présente à l’esprit en permanence.

Cela ne ressemble pas vraiment à une invitation à une vie heureuse et comblée. Pourtant, l’objectif positif reste à l’esprit, même si ce n’est que d’une manière paradoxale (v. 35). Sauver sa vie fait partie des instincts basiques de toute créature. Mais les humains se rendent régulièrement compte que lorsqu’ils ne se préoccupent que de leur propre vie et veulent la conserver à tout prix, ils perdent la vraie vie. A force de se préoccuper de leur propre sécurité, ils se barricadent et étouffent la vie véritable : la vie communautaire, la vie pour les autres et la vie pour Dieu. Seuls ceux qui sont prêts à risquer leur vie découvrent ce qu’elle est vraiment. Après Pâques, Jésus est devenu présent dans le message de l’Evangile. Il s’agit là d’une nouvelle description de ce que signifie suivre Jésus. Il s’agit d’embrasser la cause du Christ, de témoigner de la présence de Dieu parmi les hommes pour qui il s’est investi dans la vie et dans la mort. Toute personne qui met sa vie en jeu pour cette cause la sauvera et la gagnera. Car cela crée une communion avec Dieu. Elle est la vie, ici et pour l’éternité.

Les Evangiles parlent cependant aussi du salaire que l’on reçoit lorsque l’on suit Jésus. Dans Mc 10,27 il est écrit après l’histoire de l’homme riche qui ne voulait pas suivre Jésus:

Pierre se mit à lui dire: « Et bien! Nous, nous avons tout laissé pour te suivre. » Jésus lui dit: « En vérité, je vous le déclare, personne n’aura laissé maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou champs à cause de moi et à cause l’Evangile, sans recevoir au centuple maintenant, en ce temps-ci, maisons, frères, sœurs, mères, enfants et champs, avec des persécutions, et dans le monde à venir la vie éternelle. »

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Le gain d’une nouvelle communion, solide, n’est pas la raison, mais la conséquence de la décision de suivre Jésus. La rupture d’avec sa famille d’origine, qui demeure souvent inévitable aujourd’hui encore dans de nombreuses cultures religieuses, conduit à une nouvelle famille et à une richesse d’une toute autre sorte. Mais attention, cette culture de contraste, à contre-courant, qui est appelée à naître ne doit pas devenir une sous-culture qui se coupe de l’autre.

6. Amener des hommes et des femmes à suivre Jésus - contenu de notre mission

L’instruction enjoignant à amener des hommes et des femmes à suivre Jésus, tel que nous la connaissons de Mt 28,18-20, n’est pas la seule manière dont le Nouveau Testament évoque le mandat missionnaire de l’église, mais c’est l’une des formulations les plus efficaces de « l’ordre de mission ». Dans ce passage, le ressuscité dit aux disciples:

Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc: de toutes les nations faites des disciples les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps.

Le mandat confié aux disciples s’inscrit ainsi dans la promesse de la présence et du règne du Christ. L’appel à suivre le Christ ne peut se faire par ses propres forces. Reste la question de savoir comment faire pour amener des personnes à suivre Jésus. Dans le texte grec, le mot faire, qui nous pose tant de problèmes dans les traductions allemande, française et anglaise, n’existe pas. Amener des femmes et des hommes à suivre Jésus est donc une bonne manière de décrire ce que « faire des disciples » ou « Making disciples » signifie réellement. Il s’agit de conduire des hommes et des femmes dans une communauté de vie et d’apprentissage avec Jésus et de les accompagner sur le chemin avec le Christ. Pour y parvenir, il faut franchir deux étapes:

1. Le baptême au nom du Dieu trinitaire : les personnes sont alors placées dans la réalité de l’action de Dieu en Jésus-Christ. Cet acte reflète la situation post-pascale : la porte vers la communion avec Dieu et le chemin avec le Christ s’ouvre lorsque des hommes et des femmes se laissent emporter par ce que Dieu à fait en Christ et par ce qu’il continue à faire à travers son esprit. Ce qui est déterminant pour que des personnes suivent Jésus n’est pas ce qu’elles font, mais ce qui se produit en elles.

2. L’enseignement de ce que le Christ a ordonné. C’est l’accent que met Matthieu sur le mandat missionnaire : suivre le Christ, c’est s’orienter vers les paroles et l’œuvre de Jésus et laisser sa vie être déterminée par le chemin que Lui nous montre. Il n’est pas dit que cela nous sauvera. Quiconque a lu l’Evangile sait que : vivre ainsi est le chemin de la vie. Le salut n’est pas la récompense d’une manière d’agir. Le salut c’est être emmené par Jésus sur ce chemin et être conduit par lui vers le but.

Reste le défi consistant à conduire toutes les nations à suivre le Christ. Le chemin avec Jésus ne peut-il pas être emprunté uniquement par des individus ? C’est vrai. Mais ces individus ne sont jamais seuls sur ce chemin, ils sont toujours en communion avec d’autres. Et ils le font dans la certitude que l’appel s’adresse à tout le monde et que leur exemple invite toutes et tous à cheminer avec Jésus.

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7. Que signifie amener des hommes et des femmes à suivre Jésus?

1. Suivre Jésus c’est s’orienter vers le Christ. En lui, nous découvrons non pas une méthode qui nous montre comment nous pouvons amener des gens à le suivre, mais bien une personne à travers laquelle Dieu interpelle et anime des femmes et des hommes à lui remettre la direction de leur vie.

2. Suivre Jésus c’est se mettre en mouvement. Jésus ne dit pas pourquoi il est avantageux de le suivre, mais à quoi il emploie ceux qu’il appelle. Acceptation et envoi ou – en d’autres termes – justification et sanctification sont indissociablement liés.

3. Suivre Jésus c’est regarder vers l’avant. Quiconque suit Jésus est accueilli par les personnes qui ont besoin de l’amour de Dieu. Suivre Jésus c’est se rassembler autour de lui et de sa cause et en même temps être envoyé vers ceux vers qui Jésus se savait envoyé: vers les pauvres, les marginaux, les malades et ceux qui sont asservis au péché et aux forces du mal.

4. Suivre Jésus c’est entrer dans la communauté de tous ceux qui suivent le Christ. Vivre avec Jésus dans cette communauté de vie et d’apprentissage signifie aussi apprendre ensemble et les uns des autres. Suivre Jésus veux dire partager la vie de ceux qui sont également en chemin, mais avant tout de ceux que nous aimerions emmener sur ce chemin.

5. Suivre Jésus c’est viser l’horizon du Règne de Dieu à venir. La foule des disciples n’est pas identique à la foule des rachetés. Suivre Jésus a toujours quelque chose d’exemplaire et reste pourtant pour ceux qui sont appelés une vocation inéluctable. Pour une Eglise et des communautés de tradition méthodiste, il est évident que le critère ultime du travail ne saurait être une large influence et la croissance de la communauté, mais bien l’appel à « répandre la sanctification sur le pays » par un service fidèle.

6. Suivre Jésus est vécu de façons différentes. Le rôle de ceux qui ont reçu un appel particulier est aussi important que le service de ceux qui vivent avec Jésus au quotidien. C’est précisément dans cette diversité que suivre Jésus devient une réalité vivante et concrète pour les autres.

7. Amener des femmes et des hommes à suivre Jésus, ne peut réussir que si nous nous orientons nous-mêmes constamment vers lui, si nous nous laissons contaminés par son amour et si par notre action et notre inaction, par nos paroles et nos actes, nous attirons l’attention sur lui : viens et vois!

Walter Klaiber

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