Samedi - étude "l'EEM et l'avenir des Réformés"

Conférence Annuelle 16-19 juin 2011 à OBERWINTERTHUR / ZURICH

Théo Schaad

L'Eglise Evangélique Méthodiste

et l'étude sur 

"L'Avenir des Réformés"


Exposé présenté lors de la Conférence annuelle Suisse-France

de l'Eglise Evangélique Méthodiste

le 18 juin 2011 à Winterthur


1.  Introduction


Il y a un an paraissait aux Editions théologiques de Zurich (TVZ) l'étude sur "L'Avenir des Réformés". Elle avait été commandée à l'Observatoire des religions en Suisse de l'Université de Lausanne dans le cadre de la discussion sur une révision de la constitution de la Fédération des Eglises Protestantes en Suisse (FEPS). Les deux auteurs, le prof. Jörg Stolz et son assistante Edmée Ballif, ont noté dans une première partie huit tendances générales du changement social qui, du point de vue de la sociologie des religions, influencent le travail des Eglises. Le 26 mars 2011, le professeur Stoltz a présenté les résultats de cette étude à un public méthodiste dans le cadre d'une journée de "Théologie en débat avec le quotidien" (TiG). A cette occasion, on m'avait demandé d'exposer brièvement les effets exercés par ces tendances sur le travail de l'EEM. J'ai le plaisir de pouvoir vous présenter aujourd'hui une version un peu plus élaborée de ces réflexions. 


La publication de la version française de cette étude est prévue pour le mois de juillet de cette année aux Editions Labor et Fides à Genève. 



2.  Huit tendances générales du changement social et les occasions qu'elles 

     présentent pour l'EEM


Les auteurs énoncent dans leur étude huit tendances sociales auxquelles l'Eglise doit se confronter. Ils indiquent que ces tendances participent d'un développement général de la société et que l'Eglise – même si celle-ci se conçoit encore comme socialement normative – ne peut pas les influencer:


-  La dissociation entre la religion et les sous-systèmes sociaux

-  L'individualisation

-  Les nouveaux modes de vie et les milieux sociaux

-  Le changement des valeurs

-  Les concurrents séculiers de l'Eglise

-  La pluralisation religieuse et l'augmentation de la part des personnes sans

   confession

-  La société de l'information et les nouvelles technologies

-  Le "retour" de la religion


Les changements qui influencent négativement une institution, voire la remettent en question, sont généralement jugés négativement par celle-ci. Elle "prend connaissance avec regret" de ce que les conditions se modifient. Mais si nous regardons ces tendances d'un peu plus près et les mettons en relation avec le mandat de l'Eglise, qui est d'appeler des hommes et des femmes à suivre Jésus, nous apercevons alors de véritables occasions. Et c'est celles-ci que j'aimerais examiner aujourd'hui.



  1. La dissociation entre la religion et les sous-systèmes sociaux 


On constate que "les différents domaines dont se compose la société (droit, politique, instruction publique, éducation, santé publique, science, de même que la religion, justement), suivent chacun de plus en plus une direction autonome". L'étude montre en particulier la dissociation entre l'Eglise et l'Etat, l'Eglise et le système éducatif, l'Eglise et le système de santé et d'autres sous-systèmes dans le domaine économique. Rappelons-nous qu'au Moyen-Âge, tous ces aspects de la vie humaine étaient compris comme une seule grande entité imprégnée par l'Eglise et la théologie. Ce processus de dissociation, qui dure depuis des siècles, semble maintenant plus ou moins parvenu à son terme. 

En fait, ces dissociations sont d'ores et déjà présentes dans le système de l'Eglise libre. Celle-ci entretient avec l'Etat une "non-relation" affirmée et doit s'organiser, comme tout autre groupement moral, dans le cadre du droit associatif. 


Et lorsque de telles relations ont existé, c'était plutôt dans le cadre de systèmes sociaux utilisés pour la proclamation de l'Evangile en paroles et en actes. Souvenons-nous des nombreuses institutions de l'Eglise dans les domaines de l'hébergement, de l'imprimerie et de l'édition, de la formation (école ménagère), du social (foyer pour enfants) et de la santé (diaconats gérant des hôpitaux). Il est intéressant de noter que ces dernières années, presque toutes ces relations ont été dissoutes par l'Eglise. Elles ont été perçues comme ne répondant plus à leur objectif.


Mais la dissociation, telle que décrite par l'étude, offre aux Eglises – et pas seulement aux Eglises libres – une réelle occasion. Quand l'étude affirme: "Les scientifiques aspirent surtout à la reconnaissance de leurs pairs (renommée), les politiciens veulent être élus et réélus, les journalistes recherchent des sujets inédits et sensationnels, etc., et ce faisant deviennent (relativement) indifférents aux critères et aux objectifs des acteurs des autres sous-systèmes", cela donne une toute nouvelle liberté au message chrétien. Les anciens concurrents des Eglises sur le fond, la philosophie et les sciences naturelles, ont largement quitté le terrain de la confrontation avec l'Eglise. La philosophie s'est retirée au loin et la dispute entre les sciences naturelles et la théologie n'a plus lieu que dans la tête d'enseignants et de journalistes qui, sans prendre connaissance de la position actuelle de la théologie évangélique de la création, persistent à décrire l'Eglise comme arriérée. 


La dissociation entre la religion et les sous-systèmes sociaux a dès lors pour conséquence que le message évangélique peut être proclamé comme le "tout autre" sans entrer en collision avec les systèmes existants. L'Eglise libre en particulier, qui adresse son message à l'individu, sans se préoccuper de savoir à quel sous-système social il appartient, retrouve une toute nouvelle liberté pour sa proclamation. 


Mais cette nouvelle situation comporte également des dangers. L'Eglise – et particulièrement les Eglises libres – tendent à considérer qu'à côté de leur propre existence et du message qu'elles ont à diffuser, les autres sous-systèmes sociaux sont secondaires et ne méritent guère de considération. L'hostilité face à la science menace toujours de refaire surface. Dans le cadre de sa théologie de la création et de la grâce, l'EEM doit pourtant prendre connaissance des réalisations de ces sous-systèmes – qu'il s'agisse de la science, de la technique, de l'économie ou autres, les reconnaître et examiner comment le message libérateur de la grâce de Dieu parle à l'être humain dans son appartenance au système. En la matière, l'un des grands débats à venir pourrait bien porter sur les affirmations des neurologues au sujet du libre arbitre humain. 


.2 L'individualisation


"L'individualisation signifie que les personnes sont de plus en plus libérées des structures  sociales traditionnelles. Les gens, selon leur sexe et leur milieu familial, ne sont plus fixés pour toute leur vie à un seul milieu social, à une seule confession, à un seul rôle social possible, à un seul domicile."


Cette tendance, l'EEM la ressent douloureusement. Le nombre de jeunes qui ont vécu l'essentiel de leur socialisation dans la communauté locale et y restent a dramatiquement diminué. L'EEM ne peut tout simplement plus compter sur les générations suivantes issues de ses propres rangs; elle doit constamment trouver de nouveaux membres.



L'un des forces du méthodisme venait de ce qu'il ne se contentait pas de prêcher aux gens la grâce libératrice de Dieu, mais qu'il offrait en même temps aux hommes et aux femmes qu'il touchait une forme de communauté au sein de laquelle ils pouvaient vivre, fortifier et approfondir leur foi. Il mettait à disposition de ces personnes une structure sociale au sein de laquelle celles-ci se sentaient comprises et soutenues. L'étude constate que dans le domaine séculier, l'offre de telles structures sociales a grandi et que de fréquents changements ne posent plus une question de fidélité au sens éthique du terme.


Mais la tendance à l'individualisation vient aussi à la rencontre de l'Eglise. Elle concerne en effet aussi ces personnes que l'Eglise devrait identifier comme groupe-cible: la personne qui cherche dans la religion des réponses aux questions du sens de la vie et un appui et qui veut vivre sa spiritualité. Une telle personne n'est plus fortement ancrée dans sa structure sociale et le transfert vers l'Eglise est plus facile qu'il ne l'était naguère.


Ceci nous mène directement à la prochaine tendance sociale.



  1. Les nouveaux modes de vie et les milieux sociaux


"Lorsque, sous l'effet de l'individualisation, l'appartenance, jusqu'alors relativement stable, à une classe sociale s'estompe, et qu'éclatent les milieux traditionnels formés en fonction de la morale sociale et du territoire, la question surgit de savoir comment les gens peuvent désormais se catégoriser les uns les autres. Comment savoir à qui l'on a affaire, avec qui l'on doit se mettre en rapport, avec qui "cela vaut la peine" de lier connaissance ou amitié ? On peut se servir pour cela des "milieux définis par le style de vie". Ces milieux se définissent non seulement par les différences dans l'accès aux ressources, mais justement aussi par un style de vie, avec les valeurs, les normes, les aspirations, les activités de loisir, les préférences esthétiques, etc. qui le constituent."


Jetons tout d'abord un bref coup d'œil à l'histoire de l'EEM. En 1968, en Suisse, deux Eglises libres se sont réunies pour former l'Eglise Evangélique Méthodiste: l'Eglise méthodiste et la Communauté évangélique (Evangelische Gemeinschaft). Rétrospectivement – et en fonction des expériences de l'auteur dans des communautés locales des deux Eglises d'origine – je dirais aujourd'hui qu'il y avait une différence fondamentale entre les compréhensions d'elles-mêmes de ces deux Eglises, différence qui n'a jamais été abordée sur le fond. L'Eglise méthodiste englobait des personnes des milieux de vie les plus divers. Elle leur offrait un lieu où elles pouvaient fortifier leur foi pour pouvoir ensuite la vivre dans leur milieu. La Communauté évangélique essayait d'être elle-même un milieu de style de vie, avec ses "valeurs propres, ses normes, ses objectifs typiques, ses activités de loisirs, ses préférences esthétiques, etc." (voir ci-dessus). Ce tableau est peut-être caricatural, mais il décrit le problème.


Par principe, il faut partir de l'idée que le message biblique vaut pour tous les êtres humains, dans tous les milieux. Les journaux de John Wesley montrent très clairement qu'il s'est adressé à tous ceux qui voulaient entendre la prédication du salut en Christ. Reste qu'une Eglise peut bien entendu décider d'adresser le message à un segment particulier de la population, comme le fait l'Armée du Salut (qui ne se conçoit justement pas comme Eglise). Mais l'EEM devrait discuter la question de savoir si elle ne devrait pas prendre hardiment le risque d'oser reformuler son message de manière telle que des personnes des milieux de vie les plus divers y trouvent des réponses à leurs questions et puissent vivre leur foi sans devoir quitter leur milieu. 


Une telle voie présenterait des contraintes considérables pour l'élaboration des programmes des communautés locales. Car d'une part, il ne faudrait pas que se perde au sein de la communauté la possibilité de développer une structure sociale. Mais d'autre part, il devrait aussi être possible que des personnes venant des milieux de vie et des milieux sociaux les plus divers puissent s'y retrouver – avant tout pour célébrer ensemble les cultes et les sacrements, mais aussi pour échanger sur des questions relatives à la foi ou encore pour la catéchèse des adultes – sans avoir nécessairement à adopter cette communauté comme leur propre milieu défini par le style de vie.


Il serait catastrophique que l'EEM devienne elle-même un milieu de style de vie, dans lequel 

seuls des gens de même tendance trouveraient place. On peut évidemment aussi être église de cette manière-là - mais pas une Eglise proclamant la grâce universelle de Dieu



.4 Le changement des valeurs


"Si, sous l'effet de l'individualisation, les gens sont obligés de décider de plus en plus par eux-mêmes, et si de ce fait ils se différencient toujours plus les uns des autres, ils ont besoin de valeurs qui soient adaptées à cette réalité. …Dans la première moitié du XXe siècle encore, la discipline, l'obéissance, l'accomplissement du devoir, la fidélité la maîtrise de soi, la tempérance, etc. étaient des valeurs tenues en haute estime par une bonne partie de la société occidentale. Depuis les années soixante surtout, les valeurs liées à l'épanouissement individuel ont pris le dessus. Il s'agit selon Klages d'une part de valeurs hédonistes (recherche de la jouissance, de l'aventure, du suspens, de l'émotion) et d'autre part de valeurs individualistes (créativité, spontanéité, accomplissement personnel, tolérance, liberté individuelle)".


Le remplacement des valeurs du devoir et de l'adhésion par les valeurs de l'épanouissement individuel place les Eglises devant un défi considérable. Que signifie ce changement pour l'éthique chrétienne ?


Il faudrait rappeler ici la distinction faite habituellement en théologie méthodiste entre "essentials" et "opinions", soit entre ce qui est essentiel pour la foi chrétienne et ce qui en découle. La proclamation essentielle de la grâce de Dieu doit aussi pouvoir atteindre la génération post-68, sans la contraindre à s'enserrer dans le corset des valeurs du devoir et d'adhésion de la 1ère moitié du XXe siècle. Ce qui est essentiel, c'est pour une personne d'être saisie par la grâce de Dieu, ce sont la naissance et le développement de ce que nous appelons une relation de disciple entre cette personne et le Christ.  Les opinions sont alors la diversité, qu'il faut découvrir, de ce que la proclamation essentielle produit dans des personnes aux personnalités différentes. Ou, en d'autres termes: l'EEM n'a pas à déterminer les glissières de sécurité des valeurs chrétiennes, mais à comprendre le Christ comme la ligne conductrice que peuvent suivre des croyants issus des milieux et des structures sociales les plus diverses. 


L'étude dit: "Les individus ne sont plus disposés à se laisser prescrire quoi que ce soit de la part de l'Eglise en tant qu'institution. Les Eglises peuvent stimuler la réflexion, mais non plus imposer des vérités". Lorsque la fonction de l'Eglise est réduite à imposer des vérités devant être crues, cela est insuffisant. La première vérité qu'elle a à proclamer est la fiabilité de la grâce de Dieu. Pour ce qu'en font les croyants, elle s'en tient à "penser et laisser penser".



.5 Les concurrents séculiers des Eglises  


"Comme dans toujours plus de domaines, les individus deviennent des «demandeurs» et des «fournisseurs» qui se considèrent comme libres dans tous leurs choix; l'affiliation à une Eglise, la pratique religieuses et la diaconie deviennent elles-mêmes des «offres» que l'on peut solliciter comme «demandeur» et auxquelles on peut offrir du temps et de l'énergie. Dans les sociétés modernes, les Eglises offrent des  «produits»  qui sont exposés à une rude concurrence séculière". 


Ici, l'étude habille les tâches et les activités des Eglises du langage de l'économie, parle de concurrence et de compétition. On peut rejeter cette forme et rompre le dialogue. Mais on peut aussi entrer en matière. Il s'agit alors du produit que l'Eglise a à offrir. 


Mais là aussi, il ne suffit pas de voir le produit en termes de grandeurs formelles telles que pratique religieuse, communion et diaconie. La "unique selling proposition / USP", donc la caractéristique qui, dans le cadre de la compétition, place l'Eglise clairement au-dessus du lot des autres offres, n'est pas simplement affaire de formes au sein desquelles elle est Eglise, mais bien du contenu avec lequel elle remplit ces formes. Il s'agit du message que l'Eglise a à diffuser. 


Une des questions que la Conférence annuelle de l'EEM doit traditionnellement se poser, est: "que prêchons-nous ?" Ce qui démontre clairement que l'Eglise se définit en grande partie par le contenu de sa prédication. Le thème central a toujours été celui de "la grâce vécue".


Mais il faut tout de même se poser la question de savoir quels sont, aujourd'hui, les points d'accrochage dans l'existence humaine, à quels besoins de l'être humain le message biblique répond en premier lieu. Il s'agit sans aucun doute des moments de transition et de rupture: naissance (baptême), transitions (confirmation, mariage) et mort (service funèbre). A ces moments-là, l'Eglise a l'occasion d'apporter son message comme réponse à la question du sens. Les entretiens de relation d'aide et de conseil sont du même ordre. Ces événements et ces possibilités doivent par conséquent être spécifiquement préparés en vue de répondre aux questions des personnes quant au sens de ce qu'ils vivent. 


Pour ce qui est du contenu du message, l'Eglise n'a pas à craindre l'apparition d'une concurrence séculière, pour autant qu'elle soit prête à effectuer le travail théologique consistant à orienter ce contenu en fonction des besoins des gens – sans pour autant renoncer au cœur du message. Mais il faut prendre l'étude très au sérieux quand elle dit que la façon de transmettre le message doit être très soigneusement réfléchie. Nous reviendrons dans le dernier chapitre sur la question du contenu et de la forme du message qu'il s'agit de diffuser. 



.6 La pluralisation religieuse et l'augmentation de la part des personnes sans

       confession


En Suisse, de 1970 à 2000, le nombre de personnes sans confession a crû de 1 % à 11 %; le nombre des musulmans a passé de 0.3 % à 4.2 %. Il est certain que ces chiffres augmenteront encore significativement quand seront connus les résultats du recensement de 2010. 


Ces chiffres touchent à l'existence des Eglises libres dans la mesure où le nombre croissant de personnes sans confession est aussi un indice du fait que la religion n'est plus nécessairement liée à l'appartenance à une institution. L'EEM vit cette "dés-institutionna- lisation" en ce que l'effectif des membres s'amenuise constamment par rapport au nombre de ceux qui, certes, sont atteints par l'Eglise, mais n'en sont pas formellement membres. 


Dans ce contexte, il y a lieu de se poser la question de savoir si la modification du nombre des membres est le critère le plus important du développement de l'EEM. On disait naguère que les effets du méthodisme ne se manifestaient que pour une petite part à l'intérieur de l'Eglise, mais qu'ils se faisaient largement sentir à l'extérieur de celle-ci – une réflexion dont il serait également bon de tenir compte pour l'avenir.


Il est un domaine dans lequel l'EEM a relevé positivement le défi du pluralisme religieux: les églises de la migration. Des immigrants venus d'autres continents et d'autres cultures forment leurs propres communautés au sein desquelles ils vivent leur religiosité. Nombre d'églises locales ont non seulement mis des locaux à disposition de ces communautés, elles ont aussi recherché la collaboration. Les formes d'organisation de l'EEM s'avèrent propices pour aider ces communautés à s'intégrer tout en leur laissant leur identité culturelle propre



  1.   La société de l'information et les nouvelles technologies 


"L'entrée dans l'ère de l'information n'est pas sans conséquences pour les Eglises réformées. Les paroisses et les Eglises  doivent se servir des médias de masse pour se présenter. Elles doivent faire face à la concurrence croissante de nombreux autres acteurs sociaux qui tous luttent pour conquérir l'attention du public.


Le message de l'Eglise est lui aussi, d'abord, une information. Et les nouvelles technologies y conviennent parfaitement. Mais il est en même temps parole humaine de réconfort qui doit être transmise de personne à personne. Et comme la participation active à la société de l'information entraîne des frais, la tendance est grande au sein de l'Eglise, à mettre l'accent avant tout sur la proclamation de la Parole de personne à personne. 


L'attention des médias s'obtient à propos de thèmes et de personnalités. L'EEM est trop petite et n'a pas les ressources financières suffisantes pour être un "Player", un acteur majeur dans ce domaine. Il faut néanmoins se demander si elle ne devrait pas traiter certains thèmes théologiques de telle manière que ceux-ci puissent tout à fait trouver leur place dans les médias. Il en va de même de la mise en valeur de personnalités qui seraient à disposition des médias pour fournir des informations compétentes. 


Il y aurait lieu d'examiner le concept médiatique de l'EEM pour déterminer quelle part des ressources en personnel et en finances devraient être investies dans un travail médiatique adéquat. 



  1. Le "retour" de la religion


L'étude nomme cette tendance avant de souligner immédiatement que ce n'en est pas une. "Si on le mesure en fonction de la religiosité effectivement pratiquée, on ne peut, d'une manière générale, parler d'un retour de la religion ou des religions en Suisse.» Sur un autre plan, l'intérêt pour la religion a clairement grandi: «C'est notamment  du fait des inquiétudes liées à l'islam que les Eglises chrétiennes en général connaissent en Suisse un regain d'intérêt et que, plus qu'auparavant, les milieux politiques et les représentants de l'Etat attendent des Eglises qu'elles soient des partenaires fiables." (p. 53).


Ce phénomène est sans doute lié à d'autres tendances signalées ici, p. ex. la dissociation des sous-systèmes sociaux, ou encore avec l'individualisation. La religiosité personnelle n'est plus le stigmate de la personne obscurantiste, mais est respectée. Et l'appartenance à une Eglise libre n'est plus le signe d'une sortie de la société civile; elle est acceptée au sein de la multiplicité des milieux de vie. C'est ainsi que le fait que la religion joue à nouveau un rôle dans la société, présente aussi une occasion pour le travail de l'EEM. 




3.   Conclusions


Les tendances énumérées dans l'étude montrent que la société, l'environnement de l'Eglise, s'est massivement modifiée au cours des 50 dernières années. L'important recul de l'effectif des membres de l'EEM indique qu'elle n'a pas réussi à s'adapter à ces changements. 


Les changements dans la société, en particulier la sécularisation croissante, font rapidement naître dans l'Eglise l'idée qu'ils sont dirigés contre l'Eglise. Si l'on donne crédit à cette pensée, la ghettoïsation menace rapidement. Un examen plus attentif des tendances montre en effet que celles-ci ouvrent aussi des chances réelles pour l'activité de l'Eglise. Si l'Eglise veut répondre à son mandat, celles-ci doivent être prises au sérieux.


L'Eglise doit se convaincre que ce qu'elle a en mains, ce qu'elle proclame, son message aux humains, est quelque chose d'unique que personne ne peut lui contester et dont le contenu est inégalable. Elle doit avoir confiance dans le message porteur de vie de l'Evangile. Elle doit à nouveau se convaincre qu'elle tient en main la lumière qui ne doit pas être cachée sous le boisseau, mais doit être mise sur le candélabre afin d'être vue. Elle a besoin d'avoir confiance dans le fait que la ville qui est sur la montagne ne peut rester cachée. 


L'étude présente un grand nombre de tableaux et de diagrammes qui présentent ces grands changements à l'aide de données statistiques. Pour l'Eglise, il est important de voir les personnes derrière ces chiffres. Mais ce ne sont plus les personnes de la première moitié du siècle passé essayant de vivre, au risque d'échouer, les valeurs du devoir et d'adhérence de leur temps et sont réconfortées par le message de la grâce justificatrice. Ce sont des personnes qui se sont libérées de la tutelle des institutions et qui, dans le sens de l'individualisation, cherchent à se définir par elles-mêmes. L'Eglise doit rencontrer cette personne les yeux dans les yeux et écouter très attentivement, pour savoir quel réconfort elle en attend.


Dès lors que les notions de ciel et d'enfer, de félicité éternelle et de damnation éternelle ne sont plus une préoccupation fondamentale de l'être humain, il importe de se reposer la question du but de l' "Opération Evangile". Ne s'agit-il pas au fond que la vie – la vie matérielle entre la naissance et la mort – soit réussie, en d'autres termes qu'elle ne soit pas perdue ? Du point de vue des contenus, cela pourrait signifier de dire à celui qui se demande: "Suis-je celui que je pourrais être, que je voudrais être, que je devrais être ? Comment puis-je encore plus m'épanouir moi-même ?" : "Tu es accepté tel que tu es. Ton Créateur te reconnaît. Continue à te développer et sois serein".


Ce n'est pas par hasard que l'une des grandes Eglises réformées cantonales de Suisse se désigne comme "communauté de recherche et de cheminement". Elle comprend par-là tous les habitants évangéliques de ce canton. L'EEM peut tranquillement dire qu'elle n'est pas en recherche, mais qu'elle a trouvé: l'expérience de la foi vécue, la confirmation de la confiance en la grâce de Dieu. 


Au-delà de ces questions de contenus se posent les questions de formes : "Comment prêchons-nous ?".  Les activités exercées aujourd'hui dans le cadre de la communauté (cultes, formation des adultes, groupes thématiques) ne permettent plus guère d'atteindre des personnes n'appartenant pas à l'Eglise. "L'essor des concurrents séculiers" se fait particulièrement sentir dans ce domaine. Les actes pastoraux constituent une exception. 


Les croyants eux-mêmes sont encore et toujours essentiels pour la diffusion du message biblique. Cela commence dans la famille, avec la transmission des histoires bibliques par les parents et les grands-parents. Guider et soutenir ceux-ci est une tâche fondamentale de l'Eglise.


Ce sont ensuite la vie des croyants – chacun dans son milieu de vie et dans sa structure sociale –, leur façon de gérer les questions de la vie et de l'existence, mais aussi leur sérénité et leur rayonnement, qui sont en fin de compte porteurs du message chrétien. L'Eglise doit les promouvoir et les fortifier dans cette fonction. C'est au fond un "retour aux sources" du mouvement méthodiste.



4.  Remarque finale


L'étude sur "L'Avenir des Réformés" – qui s'adresse essentiellement aux Eglises cantonales et multitudinistes – présente l'arrière-plan sociétal devant lequel se déroule aussi notre travail. Elle est un motif de réflexions fondamentales, d'un travail théologique intense, mais avant tout d'espérer que des hommes et des femmes vont devenir disciples de Jésus et qu'ainsi "le monde sera transformé". 


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Note du traducteur: les passages surlignés en gris sont des citations tirées de la traduction française de l'étude, à paraître chez Labor et Fides, Genève, à mi-2011


 l’exposé sous la forme d’un fichier pdf 158 ko


Voir le powerpoint de présentation de cette étude