Prédication de l'évêque Patrick Streiff (Rm 8,18-27)

Conférence annuelle Suisse/France/Afrique du Nord du 4 au 7 juin 2009 à Dübendorf et à Zurich (Suisse)


CA-CH/F09: Thème  „Avec passion – compassion" 

„C'est en espérance que nous avons été sauvés“ (Rom. 8, 24a)

Prédication sur Romains 8, 18-27 

Chers frères et sœurs venus de près ou de loin, de la paroisse du Grossmünster et de tout l'espace de la Conférence méthodiste,  

"C'est en espérance que nous avons été sauvés“. Cette courte phrase se trouve dans la lettre de l'apôtre Paul aux Romains. Paul l'écrit en relation avec l'immense question de la souffrance dans le monde, la souffrance qui affecte les êtres humains et toute la création. Une espérance passionnée luit ici au milieu du soupir de toute la création – signes d'espérance.

Au mois d'avril, un petit groupe de voyageurs venus de l'EEM des Etats-Unis est arrivé en Hongrie à la fin de la Conférence annuelle. Ces gens voulaient étudier les possibilités de développer un partenariat avec l'Eglise en Hongrie. Ce sont des personnes, des pasteurs et des paroissiens des USA, qui ne voient pas seulement les besoins de leurs propres communautés, mais voudraient agir au-delà, faire le bien dans le monde. Elles veulent participer à la mission de l'Eglise ailleurs dans le monde – signes d'espérance.   

Il y a deux semaines et demie, j'ai participé, juste avant la Conférence annuelle en Autriche, à la cérémonie du premier coup de pioche d'une clinique psychiatrique spécialisée pour enfants et adolescents édifiée dans le centre diaconal de la Spattstrasse à Linz. Le gouverneur du Land de Haute-Autriche (comparable au président d'un gouvernement cantonal) a rendu hommage à la contribution de cette institution diaconale de l'Eglise, qui réagit de façon innovante et en première ligne à des détresses actuelles dans la société – signes d'espérance.  

Il y a une semaine, j'étais à la Conférence annuelle des Républiques de Tchéquie et de Slovaquie. En Slovaquie, l'Eglise a vécu l'automne passé un temps très douloureux du fait de crises familiales inattendues et de démissions du ministère pastoral affectant trois des onze pasteurs. Lorsqu'en début d'année, une ancienne pasteure annonça de Nouvelle-Zélande qu'elle voulait rentrer en Slovaquie avec toute sa famille, ce fut un exaucement de prières. A la Conférence, nous avons pu la réintégrer dans la communauté de service - signes d'espérance. 

Au cours de l'année passée, j'ai également visité de temps à autre des paroisses en Suisse. Je me suis réjoui lorsque j'ai pu participer, p. ex. à Bottenwil ou Schlatt, à des cultes où toutes les générations étaient présentes et auxquels de jeunes adultes ont contribué. Nos pasteures et pasteurs jeunesse accomplissent là un très bon service – signes d'espérance. 

Tous ces signes d'espérance ont poussé dans un environnement de souffrances et de détresses. Ils ne sont pas issus d'un monde intact, dans lequel tout tourne rond. Ils sont les bons fruits d'une passion, qui a partagé la souffrance de situations difficiles et qui a, par la force de la foi, provoqué des changements. Ces signes d'espérance sont les bons fruits de l'engagement de personnes liées au Christ. Notre monde a besoin de telles personnes. L'apôtre Paul juge même, de façon étonnante, ce besoin comme étant très pressant. Ecoutons encore un passage de l'épître aux Romains:
“J'estime que les souffrances du moment présent ne sont pas dignes d'être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous. De fait, la création attend avec un ardent désir la révélation des fils et des filles de Dieu“ (Rom. 8,18-19).

S'il était en ce dimanche dans le canton de Zurich, Paul aurait sans doute formulé cela un peu différemment. Il y a une semaine, les journaux évoquaient le danger constitué par le fait que de plus en plus de "croyants" issus d' "églises libres évangéliques" se pressent vers la profession d'enseignant. Il existerait parmi les futurs instituteurs une "fraction des poissons" et des tendances fondamentalistes. On ne ressent pourtant guère, du moins dans la société ouest-européenne, un "ardent désir de la révélation des fils et filles de Dieu". Il peut y avoir différentes raisons à cela. Un peu d'autocritique nous conduit à admettre que parmi tous ceux qui témoignent du Christ dans notre société, certains, affligés parfois d'un esprit étroit et d'une âme inquiète, ne sont pas des modèles de "la glorieuse liberté des enfants de Dieu". Cela ne correspond pas à l'espérance dont parle Paul, quand il voit que " la création a l'espérance d'être elle aussi libérée de l'esclavage pour prendre part à la glorieuse  liberté des enfants de Dieu" (Rom. 8, 21). Il faut voir aussi que même le témoignage d'un chrétien joyeux et libéré sera toujours perçu par les autres comme quelque chose de "choquant". Il n'est pas au pouvoir des chrétiens joyeux et libérés de déterminer si cette impulsion, si ce choc peut déclencher une démarche positive vers une vie à la suite du Christ. Mais l'aspect choquant de leur témoignage vécu sera toujours marqué par les signes distinctifs de l'Esprit: "l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la foi, la douceur, la maîtrise de soi" (Gal. 5, 22 & ss). Et il vaut la peine de s'engager dans ce monde, marqué par ces signes distinctifs, et d'y donner des impulsions positives. Qui vit ainsi rencontrera toujours des personnes qui n'attendent que cela et aimeraient marcher à la suite de Jésus Christ.

Nous sommes appelés à vivre cette espérance qui trouve sa source dans la foi en Christ. Paul montre clairement que cela ne signifie précisément pas se réfugier dans un monde intact ou se retirer du monde. Quand Paul est convaincu que "les souffrances du moment présent ne sont pas dignes  d'être comparées à la gloire qui va être révélée pour nous", il s'exprime comme quelqu'un qui a vécu plus de privations, de détresses et de douleurs que nous tous. Luther commente cela ainsi:   "Paul entreprend alors de consoler les chrétiens plongés dans de telles souffrances  en tant que personne qui en a fait l'expérience et les connaît très bien; et il le fait comme s'il voyait cette vie … à travers une vitre colorée, mais avec des yeux très clairs. … De toutes les souffrances du monde, il fait une goutte et une petite étincelle, mais de cette gloire que nous devons espérer, il fait une mer immense et un grand feu".  Ce n'est que sur la base de la résurrection du Christ que l'on peut parler ainsi et vraiment vivre ainsi. Les cultes joyeux que célèbrent les plus pauvres de ce monde en sont un vivant exemple, que ce soit dans nos communautés Roms d'Europe centrale et orientale, en Afrique ou parmi les pauvres d'Amérique latine. Et ce n'est que sur la base de la résurrection du Christ, le crucifié, que ces fêtes ne sont pas une fuite hors du monde, mais une compassion passionnée pour les souffrances des êtres humains et un soupir ardemment partagé avec la faiblesse de nos plus grands efforts pour rendre ce monde plus juste et plus humain. 

Il se peut que vous trouviez les lettres de Paul difficiles à comprendre. Mais lisez-les en gardant à l'esprit l'histoire de la vie de cet homme. Vous découvrirez alors comment la foi en Christ éveille la volonté de participer à la mission de l'Eglise, de servir les autres, de faire le bien, de mettre de temps en temps de côté ses propres besoins et, ce faisant, de rester positif face à la vie, joyeux et plein d'espérance. C'est alors que grandissent les signes d'espérance qu'attendent tant de gens dans le monde. 

Quand, au cours de ce culte, nous envoyons des frères et des sœurs vers des ministères pastoraux dans l'Eglise, nous le faisons dans la  joie pour leur volonté de servir et dans l'espérance que grâce à leur travail, bien d'autres personnes se laisseront appeler au service de toutes les chrétiennes et de tous les chrétiens. C'est ainsi que se construiront les communautés afin qu'elles vivent leur vocation. Et c'est ainsi que des chrétiennes et des chrétiens vont vivre passionnément la glorieuse liberté des enfants de Dieu au milieu des joies et des douleurs de ce monde. C'est à ce service que nous tous, qui suivons Christ, sommes appelés. Rejoignez-nous pour poser tout au long de la nouvelle année de Conférence des signes d'espérance. Amen. 


Original: allemand    Evêque Patrick Streiff

Traduction française Frédy Schmid /  09-06.03

 prédication de l’évêque Patrick Streiff (fichier pdf 82 ko)