Passion destructrice ou constructive, Paul et John

Conférence annuelle Suisse/France/Afrique du Nord du 4 au 7 juin 2009 à Dübendorf et à Zurich (Suisse)

Vendredi 5 juin 2009

« Avec passion » 

Culte du vendredi 5 Juin 2009   

Conférence Annuelle Dübendorf/Zürich  


Ruth Abächerli et Elsi Altorfer



Les pasteur R. Abächerli et E. Altorfer font allusion à la passion faussée d’un Saul persécuteur de l’église jusqu’au jour où il fut foudroyé par la grâce et transformé en apôtre inlassable. Sa passion initiale meurtrière est devenue constructive : il a bâti l’Église. Elles font le parallèle avec John Wesley : animé initialement d’une folle passion pour Dieu et d’une envie de perfection, il est passé par la découverte de la grâce justifiante de Dieu : « l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs, l’amour de Dieu fut répandu dans nos cœurs en sorte que j’ai mis ma confiance en Christ ; je cessai de me préoccuper de ma perfection, j’apprenais à vivre dans la confiance, l’amour du Christ me pousse à la rencontre des autres ; l’amour du Christ me presse, en sorte que je n’ai plus qu’un seul souci : communiquer l’Evangile. Personne n’est dorénavant justifié par ses œuvres, tout et chacun est justifié par la foi seulement ».

Cette approche cesse d’être seulement individuelle. Elle devient communautaire. Pour grandir dans l’amour, le croyant se joint à ses frères et des sœurs ancrés dans la foi au Christ. Tel est le secret de toute passion/compassion constructive.



Une voix d'homme (forte, qui parle lentement, comme de loin): 

« Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » 


Moment de silence 

Une voix d'homme (douce et empreinte de sentiments): 


John

« Une chaleur envahit mon coeur»


Moment de silence



Cher Paul, je veux saisir cette occasion pour te dire  combien tu as influencé ma foi. Plus d'un texte parmi toutes les lettres que tu as adressées aux communautés a joué un rôle dans mon évolution spirituelle. Je sens chez toi la même passion dans la relation à Dieu que chez moi ; pour moi, c’est aussi important. Pourtant chez toi, c’était au début une passion franchement mortelle. Dis-moi, comment en es-tu arrivé à persécuter les premiers chrétiens avec tant de passion? 



Paul

Oui, cher John, je peux te dire quelques mots à ce sujet. Comme tu le sais, je suis Juif de naissance, et de la tribu de Benjamin (Phil 3.5). Je suis le fils d'un pharisien et ai été moi-même pharisien (Ac 23,6). Je suis né citoyen romain dans la grande ville commerciale de Tarse en Cilicie (Ac 22,3). Mes parents étaient très traditionnels. Bien qu’ils aient été de la diaspora, ils ont continué à pratiquer l’hébreu (Phil 3.5) et m’ont élevé dans cette tradition.

J'ai reçu une formation rabbinique et juridique (Gal 4,1). Plus tard, j'ai grandi aux pieds du grand savant Gamaliel et ai été instruit dans la loi paternelle (Ac 22,3). Cette loi fut importante pour moi, et je me suis mis à me battre passionnément pour elle. Sais-tu, je suis un homme passionné. Je suis prêt à m’impliquer totalement pour ce qui me paraît important. Et c'est ainsi que j'ai brûlé de passion pour Dieu et la loi. Quand Étienne  s’est présenté, je n'ai pas pu admettre d'autre enseignement que le mien, j'ai dû lutter contre son enseignement. 

Et c’est ce qui m’a conduit à persécuter la communauté chrétienne avec une folle passion, et à assister à la lapidation d'Etienne (Ac 7,58). C’était là mon chemin, jusqu'à ce que je rencontre Jésus sur la route de Damas, avec ce cri: « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? » Mais toi, John, qu’est-ce qui a provoqué ta passion? 



John

Je constate chez moi quelques parallèles à ta vie. J’ai grandi dans un presbytère. La foi a toujours été un sujet majeur dans ma vie. Les histoires de la Bible, la prière, le culte - m’étaient familiers depuis mon enfance. Nous étions une grande famille et il régnait une éducation stricte chez nous. La vie spirituelle des enfants que nous étions a été un souci majeur pour ma mère, elle a exercé une grande influence sur ma vie. Et puis il y a cette expérience spéciale que j’ai vécue un jour : j’ai été sauvé de justesse du presbytère en flammes. Mes parents l’ont interprétée comme un signe particulier. Comme mes frères, j'ai étudié à Oxford - à côté de mes études, j'ai mené une vie sociale plutôt riche. Deux livres, « Suivre le Christ » et "Les règles et les exercices pour une vie et une mort saintes" ont représenté un défi pour moi et m'ont donné des impulsions, de sorte que je me suis efforcé de plus en plus à vivre pratiquement ma foi - et pas seulement à la penser. Je me suis donné des règles pour ma vie. La règle de base affirmait: en tout, pense  à la façon dont le Christ a agi ou aurait pu agir, et imite son exemple. Grâce à mon frère Charles, j’ai rejoint un petit groupe, qui se réunissait plusieurs fois par semaine et cherchait ainsi à mener une vie spirituelle. Nous formions le Holy Club, un « sacré Club » et nous avons été appelés méthodistes. Choqué par les conditions de vie des détenus de la prison de Oxford, nous avons commencé à les visiter et à leur prêcher régulièrement la Parole en prison. Pour moi, mener une vie qui plaît à Dieu est devenu de plus en plus une obligation sacrée - mais j'ai été « un tison arraché du feu ». Etre pur et saint, atteindre la perfection du Christ - j'ai mis le paquet pour tenter d’atteindre ce but. Et j'ai souhaité que d'autres personnes soient éprises de ce désir. Ce souci m'a finalement conduit à partir comme missionnaire en Géorgie. Toutefois, j’en suis revenu bredouille. De toutes mes forces, je m’étais impliqué pour Dieu, et j’avais échoué. Peux-tu t’imaginer l’état dans lequel je me trouvais? Tu es le grand et célèbre missionnaire. Paul - dis-moi, comment tu t’es mis à voyager partout avec ton message? 


Paul

Oui, comme je l'ai dit, je suis un homme passionné. Et comme tu le vois, l'énergie de la passion peut s’avérer négative, mais elle peut aussi être positive. Avec la passion, soit on détruit, soit on construit. Dans un premier temps, j'ai poursuivi à mort la communauté chrétienne avec une grande passion. Plus tard, j'ai travaillé avec la même passion à fonder et à édifier des communautés chrétiennes. Ma passion est restée intacte, mais elle se fonde dorénavant sur une autre base. Auparavant, j'ai pensé que je devais me battre pour Dieu et la loi. Mais moi, depuis ma rencontre du Christ ressuscité, je m’engage pour l'Evangile. Tous les êtres humains doivent reconnaître que Jésus est le Christ et le Fils de Dieu. Avec passion, je transmets aux autres ce que j’ai reçu: le fait que le Christ soit mort pour nos péchés selon les Écritures, qu'il ait été enseveli, et qu'il soit ressuscité le troisième jour selon les Écritures (1 Co 15, 3.4). Il a été vu par beaucoup. Et j'ai pu le voir dans son éclat et sa gloire. La conséquence fut que durant trois jours, j'ai été aveuglé et j’ai perdu la vue. J'étais plongé dans l'obscurité la plus grande, jusqu’à ce que le cher Ananias  m’impose les mains et me dise: Cher frère Saul, le Seigneur Jésus qui t’est apparu sur le chemin de Damas  m'a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli du Saint Esprit (Ac 9,17).  Alors me sont tombées des yeux comme des écailles et j'ai recouvré la vue. Ce fut le début de ma passion pour le Seigneur Jésus-Christ. Toi aussi, tu as vécu une telle expérience. Qu’est ce qui est devenu important pour toi après ton expérience d’un cœur brûlant ? 


John

Oui, tu parles de cœur brûlant, c’est plutôt à contrecœur que je me suis rendu à cette réunion à la rue Aldersgate, où la préface de l’Épître aux Romains de Luther était lue en public. Mais il s’est alors passé quelque chose d’extraordinaire : il était 20h45, quand l'orateur a décrit le changement que Dieu produit dans le cœur par la foi en Jésus-Christ, j’ai senti monter en moi une sensation de chaleur. J'ai compris que je devais faire confiance à Jésus pour mon salut, au Christ seul, et j'ai reçu en cadeau la certitude qu'il avait enlevé mes péchés et m’avait délivré de la loi du péché et de la mort. Je ne peux le comprendre que comme l'action de l'Esprit Saint. Ce n’est pas moi qui l’ai fait, il s'est produit quelque chose en moi. Ça ne relevait pas de moi. Tu as toi-même écrit, Paul: L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint, qui nous a été donné (Rm 5,5). Cela s'est passé comme ça chez moi. L'amour de Dieu a touché mon coeur. Un cadeau m’a été fait : la grâce de la confiance en Jésus-Christ, désormais je pouvais me confier en lui. En fait, par la suite, je n’ai pas fait plus de choses qu’avant. Mais autre était ma motivation. Je cessais de me préoccuper de ma vie, de mon salut. Ce qui me propulsait de l’avant était dorénavant l'amour de Dieu, que je viens de vivre. L'Esprit Saint a suscité en moi l'amour pour Dieu et pour les autres. Je tenais à leur partager le message libérateur du Christ et en plus à les inviter à placer leur confiance en lui. L'amour de Dieu m’a poussé aussi hors de l'église dans la rue à la rencontre des pauvres, des prisonniers, des alcooliques et des toxicomanes. Les choses se passent comme tu l’as écrit aux Corinthiens: L'amour du Christ nous presse: il est mort pour tous, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mêmes mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux. Comment ça s’est-il passé avec toi, Paul, après l’expérience du Chemin de Damas ? 


Paul

J'ai ressenti une forte pression intérieure pour annoncer l'Évangile. Les gens du monde entier devraient savoir quel cadeau immérité Dieu nous a fait en Jésus-Christ. Avec ma passion pour l'enseignement, j'ai dû aussi faire remarquer que personne ne peut être juste devant Dieu par les oeuvres de la loi, que nous parvenons seulement à la connaissance du péché grâce à la loi (Rm 3.20). Tout le monde devrait connaître les effets d’une vie avec Jésus: « Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature, l'ancien est passé, tout devient nouveau » (2 Co 5,17). J'ai cherché à transmettre ce que j'ai moi-même expérimenté. Mon ardent désir d'évangélisation m’a entraîné sur les routes. J'ai entrepris trois grands voyages missionnaires et fait de multiples expériences. J'ai connu la joie, mais aussi vécu des chagrins. J'étais plein de force, mais j’ai aussi été en grande faiblesse. J’ai vécu l’accueil chaleureux, mais aussi le rejet. J'étais en liberté et en captivité. Une grande partie de mes lettres aux églises, je les ai écrites en prison. Le tout ne fut possible que par la puissance de Dieu et la conduite de l'Esprit Saint. Toutes mes expériences m'ont renforcé moralement et m’ont rapproché de Dieu. Toi, John, tu as aussi beaucoup voyagé. Qu’est-ce qui était important pour toi? 


John

Oui, j'ai beaucoup voyagé, parce que pour moi c'était un besoin urgent d’apporter partout l'Evangile. Et j’ai eu le souci d’insister dans mon enseignement sur les implications pratiques d’une vie de foi. Parce que je suis convaincu que la communauté et la communion fraternelle nous aident à rester dans l'amour de Dieu, j'ai mis en place des groupes à forte valeur communautaire ajoutée. L'aspiration à la perfection ne m'a jamais quitté.  J’avais longtemps l’espoir de parvenir à ne plus jamais pécher dans cette vie, j'ai  dépassé cet objectif. Avec le temps, j'ai réalisé que l’important était de croître dans l'amour. Aujourd'hui, je dis: si tu recherches autre chose que l'amour, alors tu es loin du but. La seule idée qui compte, maintenant que Dieu t’a sauvé de tous tes péchés, c’est d’aimer davantage. L'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné. C'est là, le secret de ma passion.

 Paul et John Wesley (fichier pdf 92 ko)