Le message de l'évêque Patrick Streiff sur les Règles générales

Assemblée Générale de l’UEEMF à Chamaloc les 5/6 avril 2008


 Le message de l’évêque en audio (mp3)

Typiquement méthodiste : Les règles générales

Patrick Streiff, évêque

À l’origine, les méthodistes étaient un mouvement très dynamique. À certains endroits, ils le sont toujours. Dans nos contrées, on entend davantage – avec un ton péjoratif – que les méthodistes ont commencé comme un mouvement, mais qu’ils sont devenus une église bien établie. Quelque chose qui a caractérisé les débuts du mouvement méthodiste était les « règles générales ». Le Conseil des Évêques a décidé de les faire ressortir de l’oubli. Lors de la Conférence Générale, tous les délégués recevront un petit livret qui rappelle les trois grands thèmes sur lesquels les règles générales sont basées : ne pas faire le mal, faire le bien, utiliser les moyens de grâce ou – dans les mots de ce livret : demeurer dans l’amour de Dieu. Lors de la Conférence Annuelle Suisse-France, vous recevrez une édition française de ce petit livret pour étude et discussion dans vos églises locales et vos cercles de maison. Aujourd’hui, dans cette prédication, j’aimerais parler de l’enracinement biblique de ces trois règles et de leur actualité pour nos communautés et, surtout, pour notre mission dans la société.


L’époque de Wesley et la nôtre

Les deux frères Wesley sont nés il y a plus de 300 ans. Ils ont vécu pratiquement durant tout le XVIIIe siècle. Nous sommes au XXIe siècle. À leur époque, en Angleterre, les gens d’influence voulaient former une nouvelle génération de responsables qui soient raisonnés et vivent une vie morale. En même temps, ils craignaient toute vague sectaire et tout dispute dogmatique. – Cela sonne-t-il familier ? Ne connaissez-vous pas beaucoup de gens autour de vous, surtout dans la tranche d’âge au-dessus de 50 ans qui diraient la même chose ? Qui veulent vivre une vie paisible, raisonnable et dans une bonne morale générale ? « Je suis honnête » ; « Je vis une vie correcte » ; « Je n’ai rien à me reprocher ». Ils vivent dans une bonne tradition humaniste. Wesley capte leur attention en insistant sur une vie morale à travers les deux premiers préceptes : ne pas faire le mal et faire le bien. Mais il y ajoute un troisième qui va au-delà de la seule morale et y introduit l’orientation à Dieu : rester dans l’amour de Dieu.


L’hédonisme

Aujourd’hui, nous rencontrons encore un autre défi, surtout parmi une tranche d’âge plus jeune : l’hédonisme. Il faut profiter de la vie, disent-ils. « Fun, sun and nothing to do » comme une chanson le disait. Cela n’existait pratiquement pas à l’époque de Wesley, sauf parmi une certaine noblesse riche. Les autres n’avaient simplement pas assez à vivre pour jouir autant de la vie. La vie était essentiellement une lutte pour survivre, surtout pour la couche basse de la population. Les ouvriers qui commençaient à recevoir des salaires trop souvent allaient se soûler au lieu d’apporter l’argent à la maison. La vie était un cauchemar et l’alcool une drogue bon marché pour l’oublier. – Aujourd’hui, ne connaissez-vous pas ces jeunes qui ne savent plus quoi faire de leur vie ? Qui veulent en profiter au maximum, mais gâchent tout avec des excès de fêtes, bourrés d’alcools ? Les extrêmes se touchent. Wesley rappelait aux ouvriers de son temps leur dignité d’être créés à l’image de Dieu, mais également leur responsabilité de mener une vie selon la volonté de Dieu pour ne pas aller droit en enfer. Et il leur donna comme orientation pour leur vie les trois règles simples : ne pas faire le mal, faire le bien, rester dans l’amour de Dieu. Et il leur citait les Écritures.


Les trois règles – fondées dans la Bible

Pour les trois règles, on ne peut pas citer un simple verset biblique où on les retrouverait tous ensemble. Mais les trois règles sont comme un condensé de beaucoup de textes bibliques.

En Deutéronome, chapitre 6, il y a un rappel des données essentielles de la loi. Le peuple de Dieu est exhorté « (6.12) Lorsque tu mangeras à satiété, fais bien attention de ne pas oublier l’Éternel, qui t’a fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage.… (6.17) Vous respecterez les commandements de l’Éternel, votre Dieu.… (6.18) Tu feras ce qui est droit et ce qui est bien aux yeux de l’Éternel, afin d’être heureux. » La sanctification va de pair avec le bonheur. Wesley souvent citait les deux ensemble : « holiness and happiness », sanctification et bonheur.

Et les prophètes en toujours à nouveau rappeler les préceptes fondamentaux. Esaïe dit (1.17) : « Apprenez à faire le bien » et il explique ce que cela veut dire en continuant : « recherchez la justice, protégez l’opprimé, faites droit à l’orphelin, défendez la veuve ! ». Et dans l’annonce de la naissance d’Emmanuel, le prophète dit comme signe de qualité de lui (7,15) : «… Qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. » Michée donne le résumé suivant des conseils pour une vie selon la volonté de Dieu (6.8) : « On t’a fait connaître, homme, ce qui est bien et ce que l’Éternel demande de toi : c’est que tu mettes en pratique le droit, que tu aimes la bonté et que tu marches humblement avec ton Dieu. » Amos de son côté critique violemment le style de vie du peuple de Dieu et dit (5.14-15) : « Recherchez-le bien et non le mal, afin que vous viviez, et ainsi l’Éternel, le Dieu de l’univers, sera avec vous, comme vous le dites. Détestez le mal et aimez le bien, faites régner la justice à la porte de la ville ! » Et il inscrit cette exhortation des deux premières règles wesleyennes dans le contexte de la troisième en disant (5.6) : « Cherchez l’Éternel, et vous vivrez ! » D’ailleurs, ces appels d’Amos nous serviront de base biblique pour nous focaliser sur les trois règles de vie wesleyennes, lors de la conférence centrale de l’année prochaine.

Dans le Psaume 34, la promesse que l’Éternel entend les cris des justes (34.16) est liée à l’exhortation (34.15) : « détourne-toi du mal et fais le bien ». La première épître de Pierre reprend ces versets (1P 3.10-12). L’apôtre Paul, dans la lettre aux Romains, les exhorte (12.9) : « Que l’amour soit sans hypocrisie. Ayez le mal en horreur, attachez-vous au bien. » C’est pour lui « le culte raisonnable » auquel nous sommes appelés « par les compassions de Dieu » (12.1). On pourrait ajouter d’autres textes bibliques qui résument l’essence d’une vie avec Dieu d’une manière évoquée par les trois règles wesleyennes : ne pas faire le mal – faire le bien – vivre dans l’amour de Dieu.


Faire le bien

Le premier précepte seul ne suffit pas. Ne pas faire le mal, ne veut pas encore dire qu’on agit positivement. Il faut y ajouter le deuxième : faire le bien. Et les deux premiers semblent évidents et simples. Mais les appliquer dans la vie de tous les jours est le défi. Ce n’est ainsi que peut naître et s’enraciner une bonne habitude et un style de vie. Les deux premiers préceptes peuvent faire un bon humaniste ou, négativement, un homme légaliste. Wesley voulait aller au-delà et faire des disciples du Christ. C’est pourquoi il a ajouté le troisième précepte.


Les trois règles – plus qu’une « bonne morale »

Wesley a donné les règles générales aux gens qui se sont réunis dans ses « sociétés » et qui ont été subdivisés en petits groupes de douze, les « classes ». Il dit de ces réunions : « Ce sont tout simplement des associations de personnes qui ont eu les formes de la piété et qui se sont préoccupées d’y trouver la force renouvelante. Elles se sont groupées pour prier, entendre une parole d’exhortation, veiller avec affection les unes sur les autres et s’entraider dans l’œuvre de leur salut. » Le souci de Wesley était que ces personnes ne trouvent pas seulement « les formes de la piété », c’est-à-dire une bonne éthique de vie, mais qu’ils trouvent la force renouvelante. La découverte du salut par la grâce, par le moyen de la foi fut tellement dynamisante pour Wesley, qu’il tenait absolument à lier la recherche d’une vie bonne et heureuse à la recherche de l’amour qui nous vient de Dieu en Christ. Et la troisième règle, demeurer dans l’amour de Dieu, fut alors capitale. Wesley a énuméré des choses très concrètes sur chaque règle. Et ainsi, pour la troisième, qu’il nomme textuellement « Faire usage de tous les moyens de grâce institués par Dieu », il énumère sept moyens qui nous font découvrir et jouir de la grâce de Dieu : « le culte public ; l’écoute de la Parole, lue ou commentée ; la Sainte cène ; le culte personnel et le culte de famille ; l’étude des Écritures ; le jeûne et l’abstinence. » Par moments, il peut encore énumérer d’autres comme la rencontre et discussion chrétienne (Christian Conferencing), d’où l’importance des forums de dialogue et de décision que nous appelons nos « conférences ».

Cette recherche de la grâce de Dieu – à travers les moyens que Dieu nous a donnés – est devenue le moteur pour le réveil parmi les méthodistes. Il nous ferait du bien en tant que méthodistes de redécouvrir les règles générales. Il y a 15 ou 20 ans, nous avons publié une version moderne qui prolonge les exhortations concrètes de chaque règle vers les nouveaux défis dans notre société moderne : « Principes pour un mode de vie responsable (dans le prolongement des règles générales de John Wesley). Ces règles donnent une orientation à la vie. Elles sont plus que simplement une morale. Elles nous font découvrir la puissance de la grâce de Dieu. Cela fait leur dynamique.

Le petit livret que vous recevrez à la prochaine conférence annuelle se concentre sur les trois grandes règles sans les exhortations concrètes. Comme chez Wesley, le petit livret ne met l’accent pas sur une confession de foi mais sur la dynamique d’une vie de disciple du Christ. Il veut promouvoir l’essentiel d’une pratique de vie qui deviendra une bonne habitude d’une vie transformée par l’Évangile. Par la suite, vous pouvez en discuter dans vos cercles de maison comment vous appliquez les règles de base au quotidien. Peut-être, vous apporterez des jugements différents sur des pratiques concrètes. Il y a des choses où les chrétiens diffèrent dans leurs opinions. Et en discutez avec des non-chrétiens, autant ceux avec un idéal humaniste que ceux avec un idéal hédoniste. Les trois règles veulent nous amener sur un chemin de vie avec le Christ. Et au-delà des différences dans certaines questions éthiques concrètes, les trois règles exhortent chacun et chacune à les appliquer, selon sa connaissance actuelle. Ainsi, vous serez sur un chemin qui s’oriente vers Dieu et qui transformera votre vie. Et si vous continuez à appliquer la troisième règle, vous ne tomberez pas dans un légalisme, mais vous serez entraînés dans une dynamique de vie avec le Christ. Que ce petit livret serve à redécouvrir ces règles de base d’une vie de disciple du Christ et surtout à les mettre en pratique dans nos vies de tous les jours.

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